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Cap-Vert: Les électeurs appelés aux urnes pour les Législatives ce Dimanche

Abidjan, 17 mai 2026 – L’archipel du Cap-Vert vote ce dimanche. Les électeurs sont appelés aux urnes pour renouveler les 72 sièges de l’Assemblée nationale, sur les dix îles que compte le pays et au sein de l’importante diaspora. Près de 416 000 inscrits sont attendus dans les bureaux de vote. Si le président de la République est élu au suffrage universel direct, c’est bien le Premier ministre, désigné par l’Assemblée nationale, qui détient l’essentiel du pouvoir exécutif et met en œuvre la politique du pays. Pour ces législatives, il y a enjeux.

Cinq partis participent au scrutin, mais deux d’entre eux dominent traditionnellement la vie politique cap-verdienne. D’un côté, le Mouvement pour la démocratie (MPD), centre droit, du Premier ministre sortant Ulisses Correia e Silva, qui brigue un nouveau mandat. De l’autre, le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), de gauche, mené par Francisco Carvalho, maire de la capitale Praia. Le MPD, qui avait remporté les précédentes législatives en avril 2021 avec 50,04 % des voix et 38 sièges, espère conserver sa majorité absolue. Le PAICV, crédité de 39,57 % et 30 sièges il y a cinq ans, entend bien reprendre la main.

Deux partis, deux visions diamétralement opposées
La campagne a été marquée par des programmes politiques radicalement différents. Ulisses Correia e Silva, tête de liste sous la bannière « Cap-Vert en avant », a mené campagne sur le terrain de la continuité. Son argument principal : les bons résultats économiques enregistrés durant son mandat. Le tourisme, qui représente 20 % du PIB, a retrouvé son niveau d’avant la pandémie de Covid-19. Le chômage a baissé. La croissance a atteint 7,2 % en 2025, et le revenu annuel par habitant, 4 475 dollars, est l’un des plus élevés d’Afrique. « Nous voulons continuer à gouverner le Cap-Vert, faire en sorte que le pays poursuive sa croissance, réduire la pauvreté, accroître l’emploi des jeunes et augmenter les revenus de la population », a martelé le chef du gouvernement. Le MPD a fait plusieurs promesses phares : augmenter de 30 % le salaire moyen, fixer à 230 euros le salaire minimum, et renforcer la sécurité intérieure. Un discours de stabilité et de progrès mesuré. Face à lui, Francisco Carvalho et le PAICV ont développé une critique plus acerbe du bilan du pouvoir sortant. Le maire de Praia a dénoncé une croissance qui ne profite pas suffisamment aux classes populaires, et un chômage des jeunes encore trop élevé malgré les chiffres officiels. Le PAICV propose une réorientation de la politique économique vers davantage de justice sociale, avec des investissements massifs dans la santé, l’éducation et le logement social. Le parti historique de l’indépendance (fondé en 1956, il a mené la lutte contre le colonialisme portugais) mise sur sa légitimité historique pour convaincre les électeurs en quête d’alternance.

La croissance de 7,2 % en 2025 témoigne d’une dynamique positive aux côtés d’inégalités qui demeurent, et le coût de la vie qui a augmenté
Si le Cap-Vert est salué par la communauté internationale pour sa stabilité démocratique et la régularité de ses scrutins, la campagne n’en a pas moins été tendue. Le PAICV a refusé de participer à l’un des débats télévisés organisés par la télévision nationale, accusant le MPD d’utiliser les moyens de l’État à des fins électorales. Les partis d’opposition dénoncent régulièrement le mélange des genres entre campagne et communication gouvernementale, une critique classique dans les régimes parlementaires où le Premier ministre est à la fois chef de la majorité et chef de l’exécutif. Le MPD a, de son côté, attaqué directement Francisco Carvalho sur un point juridique sensible. Au Cap-Vert, le code électoral interdit aux élus locaux d’être candidats aux législatives sans démissionner préalablement de leur mandat. Or, le maire de Praia a refusé de démissionner, se contentant de nommer un remplaçant provisoire à la tête de la mairie. Le camp présidentiel y a vu une « tentative de contournement de la loi », et a multiplié les déclarations pour dénoncer ce qu’il considère comme une irrégularité. Le PAICV a balayé ces critiques, affirmant agir dans le cadre strict de la législation. La polémique a occupé une partie de la campagne, au détriment des débats de fond.

L’enjeu économique, le sujet phare de la campagne électorale
Les deux camps se font des passes d’armes juridiques et médiatiques, mais c’est bien la question économique qui domine les préoccupations des électeurs. L’archipel, qui a subi de plein fouet la crise du Covid-19 en raison de sa dépendance au tourisme, a su rebondir. La croissance de 7,2 % en 2025 témoigne d’une dynamique positive aux côtés d’inégalités qui demeurent, et le coût de la vie qui a augmenté, comme ailleurs dans le monde. Le chômage des jeunes (environ 25 %) reste un point noir que le PAICV a martelé pendant toute la campagne. Le taux de participation de 2021 (57,41 %) était en recul par rapport aux scrutins antérieurs. Les observateurs attendent de voir si la mobilisation sera plus forte cette année, la campagne ayant été plus animée et plus disputée. L’opposition espère que son électorat, peut-être moins mobilisé il y a cinq ans, se rendra massivement aux urnes. La majorité, elle, compte sur la satisfaction des résultats économiques pour l’emporter. En cas de victoire du MPD, Ulisses Correia e Silva serait reconduit pour un nouveau mandat. Si le PAICV l’emporte, Francisco Carvalho deviendrait Premier ministre, laissant la mairie de Praia, un symbole fort. Les deux scénarios sont possibles, les sondages étant interdits dans les jours précédant le scrutin. Le Cap-Vert, petite démocratie exemplaire de l’Afrique lusophone, renouvelle sa longue traditiondu dialogue politique. Les résultats devraient être connus dans les prochaines 48 heures mais le duel entre les deux éternels rivards (MPD et PAICV) continuera de rythmer la vie politique cap-verdienne.

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