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Liban: Le Hezbollah dénonce des « concessions gratuites » et une réédition du passé

À peine les délégations libanaise et israélienne avaient‑elles quitté Washington, après deux jours de pourparlers ayant abouti à une prolongation de 45 jours de la trêve, que les critiques pleuvaient à Beyrouth. Le Hezbollah a vivement dénoncé samedi 16 mai ces discussions qualifiées de « complot », appelant les autorités à renoncer à tout accord de paix avec l’État hébreu. Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du parti chiite, a pour sa part évoqué le spectre de « conflits intérieurs » et de guerre civile.

C’est par un communiqué que la formation pro‑iranienne a réagi aux négociations menées jeudi et vendredi sous l’égide américaine. « Nous appelons les autorités libanaises à ne pas aller trop loin dans des choix déviants avec l’ennemi », a écrit le parti, en référence à Israël. Il leur a demandé de « mettre fin à la série de concessions gratuites » et de « renoncer à l’illusion de parvenir à un accord de paix avec cet ennemi usurpateur, avide et occupant ». Le Hezbollah rejette « catégoriquement de tout diktat, toute pression ou toute tutelle extérieure, qu’elle soit américaine ou autre ». Selon lui, ces pourparlers visent à reproduire, en pire, l’accord du 17 mai 1983, une tentative de paix parrainée par les États-Unis sous le mandat du président Amine Gemayel, jamais ratifiée par le Parlement libanais et finalement annulée. « Les autorités libanaises ignorent les leçons et enseignements de l’histoire », a prévenu le communiqué, dénonçant une « violation explicite et flagrante de la Constitution libanaise et des lois ». La délégation officielle, conduite par l’ancien ambassadeur Simon Karam, s’était pourtant félicitée à l’issue des discussions de « progrès diplomatiques tangibles en faveur du Liban ». Outre la prolongation du cessez‑le‑feu qui devait expirer le dimanche 17 mai, les prochaines séances de négociations comporteront un volet politique prévu en juin et un volet sécuritaire qui démarrera le 29 mai. C’est ce dernier axe que le Hezbollah redoute le plus, y voyant une main tendue à la coordination militaire avec l’ennemi.

Le parti chiite dresse le bilan
Dans sa diatribe, le Hezbollah a dressé une série de questions rhétoriques : « Qu’est-ce que l’implication des autorités libanaises dans les concessions depuis l’accord de cessez‑le‑feu du 27 novembre 2024 a apporté au Liban ? » Puis : « Quels ont été les résultats des décisions impies des 5 et 7 août, notamment l’acceptation de la participation civile au “mécanisme” puis le lancement de négociations directes ? » Pour le parti chiite, l’exécutif a adopté cette approche « sous prétexte qu’il s’agissait du seul moyen d’obtenir un cessez‑le‑feu et de mettre fin aux attaques israéliennes, malgré les violations constitutionnelles et l’absence de consensus national ». Or, un mois après, le bilan serait désastreux : loin d’abandonner cette voie, les autorités s’apprêteraient à emprunter une « voie politique et sécuritaire » ajoutant « une nouvelle concession gratuite ». Le Hezbollah affirme que, « après chaque cycle de négociations, l’ennemi réagit en intensifiant ses attaques, en ciblant davantage les villages et les villes libanaises, en continuant de tuer des Libanais, de détruire leurs maisons et de violer la souveraineté du pays ». Le parti a par ailleurs appelé les autorités à exiger le retrait complet de l’armée israélienne du Liban‑Sud, la cessation « définitive et totale » de l’agression, la libération des prisonniers, le retour « immédiat et digne » des déplacés, ainsi que « la reconstruction sans aucune restriction ». Il a dénoncé les « projets d’implantation » d’Israël visant à priver le pays de ses ressources naturelles.

Le mufti Kabalan agite le spectre confessionnel
Le dignitaire religieux Ahmad Kabalan, réputé proche du Hezbollah, a emboîté le pas avec une charge encore plus alarmiste. Il a accusé les autorités de s’aligner sur Washington contre la « résistance » et de pousser le Liban vers des tensions confessionnelles. « Indépendamment de notre manque de confiance envers l’autorité actuelle mise en place par le parrain américain, il est certain que celle-ci ne se soucie du Liban que pour assoir son pouvoir », a‑t‑il lancé. Selon lui, « l’État libanais achète la sécurité auprès d’Israël au prix d’une atteinte à la paix civile ». Le danger le plus grand résiderait dans l’accord tacite donné à Washington pour « ouvrir une voie sécuritaire entre l’armée sioniste et l’armée libanaise, afin de coordonner le désarmement de la résistance ». Kabalan a conclu que le Liban fait face « à une crise confessionnelle qui nous rappelle les crises les plus dangereuses du pays et ce qu’elles signifient en termes de conflits intérieurs et de projets de guerre civile ». Une mise en garde qui, dans un pays toujours marqué par la guerre civile de 1975‑1990, résonne comme un avertissement solennel.

À Gaza, l’élimination d’un chef militaire du Hamas
Pendant que ces tensions montaient au Liban, l’armée israélienne a confirmé avoir tué, vendredi 15 mai dans le quartier de Rima à Gaza, Ezzedine Haddad, haut responsable de la branche armée du Hamas. Surnommé « le fantôme de Gaza », cet homme d’une cinquantaine d’années avait survécu à de multiples tentatives d’assassinat en changeant constamment d’apparence. Il était considéré comme le chef de facto de l’aile militaire du mouvement depuis la mort de Mohammed Sinwar en mai 2015. Figure clé des attaques du 7‑Octobre, il avait directement géré la détention de plusieurs otages, dont les jeunes observatrices militaires capturées à Nahal Oz. Le Hamas a confirmé sa mort, dénonçant un assassinat « lâche et perfide » ayant également coûté la vie à son épouse, à sa fille et à d’autres civils. Le mouvement palestinien a accusé Israël de violer une nouvelle fois l’accord de cessez‑le‑feu à Gaza. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a salué une victoire symbolique, mais les observateurs notent que ce succès tactique ne lève pas l’impasse stratégique : le Hamas refuse toujours le désarmement exigé dans le plan Trump. Au sein de l’appareil de sécurité israélien, le scepticisme grandit. Tous les regards sont désormais tournés vers Washington, dans l’attente de savoir si une offensive plus large contre Téhéran sera autorisée pour débloquer, par la force, l’ensemble des fronts régionaux.

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