05202026Headline:

En Côte d’Ivoire, les religieux s’unissent activement pour protéger le vivre-ensemble face à la prolifération des fausses informations

À Abidjan, responsables religieux, diplomates, chercheurs et acteurs politiques mettent en garde contre les effets de la désinformation sur la cohésion sociale. Réunis ce 19 mai 2026 pour la 9e édition du colloque sur le dialogue interreligieux, ils ont insisté sur le rôle des religions dans la prévention des discours de haine et des manipulations à l’ère numérique.

Organisée par la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS), l’Ambassade d’Israël en Côte d’Ivoire et le Centre de Recherche Politique d’Abidjan (CRPA), la rencontre a réuni pendant deux jours des représentants des communautés chrétienne, musulmane, juive et des religions traditionnelles autour du thème : « Religion et Désinformation ».

Dans son intervention, la représentante résidente de la KAS, Dre Stefanie Brinkel, a rappelé que la révolution numérique a profondément transformé l’accès à l’information, mais aussi favorisé la propagation massive de contenus trompeurs.

« Aujourd’hui, les fausses informations circulent à une vitesse inédite, traversent les frontières et influencent les perceptions, les comportements et parfois même des décisions vitales », a-t-elle déclaré devant les participants venus de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo et de la Guinée.

Pour elle, lorsque la manipulation touche au fait religieux, les conséquences deviennent plus sensibles encore. « La manipulation du fait religieux peut nourrir l’intolérance, fragiliser le vivre-ensemble et favoriser les discours extrémistes », a-t-elle averti.

La Côte d’Ivoire, un modèle de coexistence
Plusieurs intervenants ont toutefois salué le climat de coexistence religieuse en Côte d’Ivoire. L’ambassadeur d’Israël, Simon Seroussi, a estimé que le pays offre « une leçon précieuse » dans un contexte mondial marqué par les tensions identitaires et confessionnelles.

« Ici, musulmans et chrétiens vivent ensemble dans les mêmes quartiers, parfois même au sein des mêmes familles », a-t-il souligné. Le diplomate israélien a également relevé que la petite communauté juive installée dans le pays évolue « dans un climat de respect et d’acceptation ».

Même tonalité du côté de l’ambassadeur d’Allemagne, Matthias Veltin, qui a encouragé les acteurs religieux à poursuivre leurs efforts en faveur du dialogue. Selon lui, la société ivoirienne présente une capacité de cohabitation religieuse parfois plus solide que dans certains espaces politiques.

« Le dialogue est au cœur de chaque vie politique, mais il devrait aussi être au cœur de chaque vie religieuse », a-t-il affirmé.

IA et réseaux sociaux dans le viseur
Le représentant de la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Myss Belmonde Dogo, a lui aussi insisté sur les dangers liés à la manipulation de l’information religieuse.

Dans un discours marqué par des références bibliques, il a estimé que la désinformation ne date pas de l’époque contemporaine, même si les outils technologiques actuels amplifient désormais sa portée.

« Avec l’intelligence artificielle qui se développe, détournée et mise au service de la désinformation, le danger devient plus grand pour le dialogue interreligieux », a-t-il déclaré.

Le représentant de la ministre a également dénoncé l’usage des réseaux sociaux pour diffuser des « paroles contrefaites des livres saints », susceptibles d’alimenter les divisions et les tensions communautaires.

Des chefs religieux appelés à devenir des remparts
Au-delà du constat, les organisateurs souhaitent faire émerger des pistes concrètes. Les différents panels ont porté sur les manifestations de la désinformation dans les textes religieux, les mutations liées à l’ère numérique et le rôle des leaders spirituels dans la prévention des conflits.

Pasteurs, Imams, rabbins, universitaires et spécialistes des sciences de la communication ont échangé avec le public sur les moyens de renforcer l’esprit critique des populations face aux contenus manipulés.

Pour l’ambassadeur israélien, le défi dépasse largement la technologie. « La désinformation se développe là où il n’y a pas de dialogue », a-t-il insisté, appelant les responsables religieux à jouer pleinement leur rôle dans la préservation de la paix sociale.

Dans un contexte régional marqué par la progression des discours extrémistes dans le Sahel, les participants ont voulu faire de cette rencontre un espace de prévention, mais aussi un signal adressé à la sous-région : celui d’un dialogue interreligieux présenté comme un rempart contre la haine et les manipulations numériques.

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