A Dakar, Guy Marius Sagna, député connu pour ses positions et son activisme au sein de la mouvance politique, a annoncé avoir reçu une convocation de la section de recherches de la gendarmerie.
Dans la foulée de l’annonce de sa convocation, il a décrété avec force ce qu’il considère comme un traitement de faveur inversé. « La justice sénégalaise , accuse-t-il, semble davantage prompte à s’occuper des patriotes » que des auteurs présupposent d’exactions passées. De plus loin, il pourrait s’agir de l’affaire de la tentative d’enlèvement visant un autre parlementaire, Cheikh Bara Ndiaye, survenue, il ya quelques jours devant l’Assemblée nationale. Un événement que Guy Marius Sagna qualifie de « rapt », et dont il veut profiter pour dénoncer ce qu’il perçoit comme une continuité des méthodes répressives.
Un député convoqué, une procédure biaisée
Politiquement, Marius Sagna est un coup sûr sur l’échiquier sénégalais. Figure remuante, il s’est montré par de nombreuses interpellations musclées et une présence assidue dans les médias. Sa convocation par la gendarmerie intervient dans un climat déjà chargé. L’intérêt a immédiatement fait le parallèle avec l’ère Macky Sall. « Sous Macky Sall, nous dénoncions les non-convocations, les rapts dans la rue, ainsi que d’autres violences inutiles exercées sur les citoyens », a-t-il rappelé. Selon lui, le combat pour mettre fin au « manque de respect des citoyens » n’est pas achevé. Il réclame des convocations dans les délais et dénonce l’usage de la force publique à des fins d’humiliation. La force de l’État, martèle-t-il, doit servir à « relever les citoyens et non à les abaisser ». Cette sortie, aussi vigoureuse soit-elle, traduit la défiance persistante d’une partie de la classe politique à l’égard de l’appareil judiciaire. Le député se dit prêt à aviser, sans préciser s’il déférera à la convocation ou s’il choisira une autre forme de réponse. Ses alliés n’ont pas tardé à relayer son indignation, et voient une tentative d’intimidation à la rencontre d’un élu critique.
L’incident qui sert de toile de fond à cette convocation est, à lui seul, lourd de signification. Cheikh Bara Ndiaye, député influent du parti PASTEF, élu le 17 novembre 2024, aurait fait l’objet d’une tentative d’enlèvement le 27 mai 2026, aux abords de l’Assemblée nationale. L’information, d’abord relayée par des proches de la victime, a ensuite été largement diffusée sur les plateformes numériques, notamment par Moustapha Sarré, un allié politique. Ce dernier a qualifié l’acte d’« injustice » et appelé à la mobilisation. Le député Cheikh Bara Ndiaye est connu pour ses prises de position tranchées et ses révélations sur les coulisses du pouvoir. Certains médias le décrivaient, avant cet incident, comme une figure « quasi intouchable » en raison de son statut parlementaire et de sa popularité. Mais voilà que cette immunité, supposée ou réelle, a été mise à rude épreuve. L’enlèvement, bien qu’avorté, a suffi à semer le trouble. La question est désormais sur toutes les lèvres : qui en voulait à ce député ? Pourquoi devant l’Assemblée nationale, lieu symbolique de la souveraineté populaire ? Les autorités n’ont pas encore apporté de réponse publique circonstanciée. Dans le camp de l’opposition, sur la pointe du doigt des « forces obscures » qui voudraient réduire au silence les voix gênantes.
De Macky Sall à Diomaye : La justice toujours bouillonnante
Le Sénégal a connu une transition démocratique à la suite de l’élection de Bassirou Diomaye Faye, après des années de pouvoir marquées par la contestation sociale et des affrontements parfois meurtriers. Le nouveau président avait promis une rupture, une justice plus indépendante, une gouvernance plus respectueuse des droits. Pourtant, les événements récents ( convocation d’un député critique et tentative d’enlèvement d’un autre ) ravivent des souvenirs douloureux. Guy Marius Sagna a d’ailleurs pris soin de rappeler que la lutte pour la reddition des comptes et contre l’impunité des « assassins de nos martyrs » et des « tortionnaires de nos camarades » reste ouverte. Un avertissement au pouvoir en place.
Il ne s’agit pas seulement d’une affaire personnelle, mais de tout un système que l’on soupçonne de n’avoir pas totalement modifié de logiciel.
La justice sénégalaise se trouve ainsi prise entre deux feux. Elle doit à la fois répondre aux exigences de sécurité et d’ordre public, et ne pas donner l’impression de servir de bras séculier à une quelconque entreprise de muscellement de l’opposition. Les convocations et les enquêtes suivront-elles leur cours régulier, ou si elles alimenteront une nouvelle crise politique. Guy Marius Sagna a prévenu : « Nous aviserons. » Une formule qui laisse entendre que la riposte pourrait être aussi politique que judiciaire. Le député Cheikh Bara Ndiaye, lui, n’a pas encore fait connaître ses intentions. L’affaire ne manquera pas de nourrir les débats à l’Assemblée, où la tension est déjà palpable. Au Sénégal, les fantômes du passé ne sont jamais très loin. Et chaque incident, chaque convocation, chaque tentative d’enlèvement rappelle que la démocratie, si solide soit-elle en apparence, reste une construction fragile. Elle exige de tous les acteurs (majorité, opposition, forces de l’ordre, magistrats) une délicatesse.



