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Port-Bouët aéroport: Adjahui-Coubé: Le village oublié où la pluie révèle la détresse sociale

À quelques minutes seulement de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny et des infrastructures modernes qui symbolisent le dynamisme économique d’Abidjan, un autre visage de la capitale économique ivoirienne se dévoile. À Adjahui-Coubé, village ébrié situé dans la commune de Port-Bouët, les habitants vivent quotidiennement dans des conditions précaires aggravées par les récentes pluies diluviennes qui frappent le district d’Abidjan.

Dès l’entrée du village, le constat est saisissant. La principale voie d’accès est devenue un véritable parcours du combattant. Défoncée par les intempéries, elle s’est transformée en un immense bourbier où véhicules, tricycles et piétons peinent à circuler. Les flaques d’eau stagnante, les eaux usées et les amas d’ordures composent un décor qui contraste fortement avec les grands projets de modernisation visibles dans d’autres quartiers de la ville.

Sous une pluie persistante, plusieurs automobilistes tentent péniblement de sortir leurs véhicules embourbés. Pour les habitants, ces scènes sont devenues monnaie courante. À chaque averse, le village semble davantage coupé du reste d’Abidjan.

Refuge des déguerpis, victime de la pression démographique

Adjahui-Coubé accueille depuis plusieurs années de nombreuses familles déplacées à la suite des opérations de déguerpissement menées dans différents quartiers du district d’Abidjan. Chassées de leurs anciens lieux de résidence, ces populations ont trouvé refuge dans ce village déjà confronté à de nombreuses difficultés.

Cette arrivée massive de nouveaux habitants a accentué la pression sur des infrastructures insuffisantes. Dans les ruelles étroites, les habitations précaires se multiplient. Baraques en bois, constructions de fortune recouvertes de tôles et logements édifiés sur des terrains inondables témoignent de la vulnérabilité des populations.

« Quand il pleut la nuit, nous ne dormons pas. Nous avons peur que les murs s’effondrent ou que l’eau envahisse totalement la maison », confie une mère de famille, son nourrisson dans les bras.

Une pauvreté visible à chaque coin de rue

À Adjahui-Coubé, la précarité est omniprésente. Les difficultés économiques se lisent sur les visages marqués par les privations. De nombreux jeunes sont sans emploi, tandis que plusieurs familles peinent à assurer un repas quotidien à leurs enfants.

Pour certains ménages, manger une fois par jour constitue déjà un défi. Les habitants dénoncent un manque d’opportunités économiques et l’absence d’infrastructures capables de soutenir un développement local durable.

Face à cette situation, les solidarités communautaires tentent de combler les insuffisances. L’église catholique du village est devenue un lieu d’assistance pour les plus vulnérables.

Le curé de la paroisse, le Père Basile Diané, récemment affecté dans la localité, dit avoir été profondément marqué par la détresse des populations.

« Grâce à quelques bonnes volontés, nous arrivons à offrir un repas à certaines personnes le dimanche. Mais les besoins sont immenses et dépassent largement nos capacités », explique-t-il.

Une urgence sanitaire préoccupante

Au-delà des difficultés économiques, les conditions sanitaires inquiètent fortement. Dans plusieurs concessions, l’absence de toilettes oblige certains habitants à pratiquer la défécation à l’air libre.

Cette situation, combinée à la stagnation des eaux de pluie et à l’accumulation des déchets, accroît les risques de maladies hydriques, de paludisme et d’autres infections susceptibles de toucher particulièrement les enfants.

Les habitants craignent que les fortes précipitations enregistrées ces dernières semaines aggravent davantage la situation sanitaire du village.

Un cri de détresse lancé aux autorités

Malgré les difficultés, les habitants continuent de se battre pour survivre. Chaque matin, des femmes traversent les zones boueuses pour vendre quelques marchandises sur les marchés environnants. Des tricycles assurent tant bien que mal le transport des populations vers Port-Bouët et les zones d’activité économique.

De nombreux pères de famille parcourent quotidiennement plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre leur lieu de travail ou rechercher des activités génératrices de revenus.

Mais l’inquiétude grandit. Avec la saison des pluies qui s’intensifie, les populations redoutent des inondations plus importantes, l’effondrement d’habitations précaires et une aggravation des risques sanitaires.

Les habitants d’Adjahui-Coubé lancent aujourd’hui un appel pressant à la mairie de Port-Bouët, au District autonome d’Abidjan ainsi qu’aux autorités gouvernementales. Ils réclament des actions urgentes pour réhabiliter les voies d’accès, améliorer l’assainissement et renforcer les infrastructures de base.

Pour eux, derrière les routes impraticables, les maisons inondées et la pauvreté persistante, ce sont avant tout des vies humaines qui sont en danger.

Alors qu’Abidjan poursuit sa modernisation et ambitionne de devenir une métropole africaine de référence, les habitants d’Adjahui-Coubé espèrent ne plus être les oubliés du développement.

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