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Appel de Daoukro: Alphonse Djédjé Mady donne sa position

djedje monique

Djédjé Mady, ex-secrétaire général du Pdci-Rda, est l’actuel président du Conseil régional du Haut-sassandra. Dans le cadre d’une mission de sensibilisation sur la prochaine visite du président de l’Assemblée nationale dans sa région, nous lui avons tendu notre micro. Il se prononce sur les questions brûlantes de l’actualité, notamment l’appel de Daoukro et de la vie au sein de son parti, le Pdci.

Le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, vient en tournée dans votre région du 03 au 08 mars 2015. Comment appréciez-vous cette visite et quels sont vos sentiments au terme de la mission de sensibilisation que viennent d’effectuer ses collaborateurs ?

C’est une visite attendue par toute la région. A la demande de nos parents, le président du Parlement a accepté de venir nous rendre visite, au plan républicain et au plan familial. C’est un événement qui ne se produit pas tous les ans. Et quand des collaborateurs viennent pour voir dans quelle condition nous préparons cette visite, ça ne peut que nous être utile et je pense que ça l’a été. Pendant qu’ils retournent faire nos propositions au chef du Parlement pour arrêter le programme définitif, il y a une chose qui ne changera pas. C’est la mobilisation que nous continuerons dans tous les coins et hameaux de la région. Nous allons continuer de nous préparer à l’accueillir. Que ce soit aujourd’hui, dans deux jours ou dans un mois, nous devons être prêts à lever tous les obstacles qui ne manquent toujours pas dans la vie. L’essentiel est qu’il faut être prêt à les lever et nous serons prêts à lever tous ceux qui se dresseront devant nous.

Un fait saute aux yeux, cependant, c’est l’absence des cadres de l’ex-parti au pouvoir (le Fpi) pendant cette tournée. Vous qui ne cessez de lancer des appels à la cohésion entre les cadres du Haut-sassandra, n’avez-vous pas le sentiment de prêcher dans un désert ?

Non, je ne le pense pas. Je le dis parce qu’il n’y a pas de conflit ouvert entre nous les cadres. Quels que soient les blocs politiques, nous nous voyons, nous nous rencontrons. Nous nous parlons quelles que soient les tendances. Quand il y a une activité majeure dans la région ou une session du Conseil régional, il y a certains qui viennent, il y en a d’autres qui ne viennent pas. Il est toujours difficile d’avoir tout le monde. Vous savez, la cohésion, tout comme la réconciliation, est un domaine où il ne faut pas aller au plus pressé. Il faut compter avec le temps et laisser le temps, qui sait parfois bien le faire, arranger les choses.

 

A l’échelle nationale, comment appréciez-vous le processus de réconciliation ?

Vous dites bien le processus. Il est beaucoup plus difficile. De par les coups reçus ou subis, dans la classe politique et dans les différentes régions, le processus est retardé. Mais, cela se comprend aisément. En effet, la réconciliation est une œuvre de longue haleine. Les choses sont en bonne voie et je pense que nous n’avons pas d’autres choix que d’aller dans ce sens. Nous devons nous réconcilier. C’est un devoir de tous les Ivoiriens. Nous avons un seul bien commun, c’est notre pays. E, Afrique, on donne le proverbe suivant : ” La langue et les dents occupent le même habitacle. Les dents arrivent à mordre la langue, mais on n’a jamais vu la langue sortir de la bouche ”. On doit avaler son sang et demeurer ensemble. Beaucoup de choses vont aujourd’hui dans ce sens. Nous devons nous entendre et marcher ensemble. Nous n’avons pas d’autres choix que de demeurer ensemble. Passer un moment de mésentente est humain, mais rester dans la mésentente est diabolique. Il faut qu’on se comprenne, qu’on s’accepte dans nos différences et qu’on vive ensemble comme Dieu l’a voulu en nous mettant sur le même sol.

 

Le président de la Commission dialogue-vVérité-réconciliation, Charles Konan Banny, a rendu son rapport récemment. Quel regard portez-vous sur sa gestion de la réconciliation des Ivoiriens ?

Je ne connais pas le contenu de son rapport, il m’est donc difficile de me prononcer là-dessus. Ce que je pourrais dire, par contre, c’est que la réconciliation est un travail qui n’est pas encore terminé, et qui n’allait pas s’arrêter une fois les activités de la Cdvr terminées. Ce serait utopique de croire qu’une fois que Banny a fini son mandat, les Ivoiriens seraient aussitôt réconciliés et qu’il n’y aurait plus de problème, plus de division. Je dois dire que Banny a fait ce qu’il a pu, dans le contexte qui était le sien. Nous devons le féliciter pour ce qu’il a fait et continuer le travail qu’il a commencé. Il y a toujours un effort à faire pour retrouver et maintenir un certain état d’esprit d’entente et de tolérance les uns vis-à-vis des autres. La paix n’est jamais donnée, elle se construit. La réconciliation n’est jamais une œuvre achevée. A mon avis, Charles Konan Banny a fait de son mieux. Il a fait beaucoup de choses, il faut lui être reconnaissant et maintenir le cap. Même s’il n’y a plus de conflits ouverts, il y a toujours des efforts à faire pour guérir, soulager les cœurs blessés et meurtris, et récréer la confiance. Le procès lié aux événements de la crise postélectorale, qui a lieu actuellement, montre bien que la réconciliation est un travail qu’on fait perpétuellement.

 

Après avoir rendu son rapport de fin d’activité, Charles Konan Banny a annoncé sa candidature à la prochaine élection présidentielle. L’on vous annonce même dans son ‘’écurie’’, au poste de directeur de campagne…

Je ne roule pour personne. Djédjé Mady roule pour lui-même et parle pour lui-même.

 

Est-ce à dire que vous serez vous aussi candidat en octobre 2015 ?

En politique, rien n’est à écarter.

 

Outre Banny, l’ex-ministre d’Etat Essy Amara et Kouadio Konan Bertin (KKB) sont candidats à l’investiture du Pdci. Quelles sont vos relations avec ces candidats ?

Il n’y a pas de relation personnelle particulière. Il n’y a aucun rapport personnel entre nous. Ce sont juste des rapports humains et non politiques.

 

Il semblerait qu’ils vous aient approché…

A supposer que c’était le cas, ce n’est pas le lieu d’en parler. Non, ce n’est ni le lieu, ni l’opportunité pour en parler. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’ai aucun rapport de candidature avec qui que ce soit. Je n’ai aucun projet politique avec aucun candidat, qu’il soit déclaré ou non déclaré, pour le moment.

 

Vous avez pris du recul vis-à-vis du Pdci depuis votre échec pour le contrôle de votre parti. Certaines personnes pensent même que vous avez rallié le camp des ‘’irréductibles’’ opposés à l’appel de Daoukro. Que répondez-vous à ceux qui disent que c’est désormais le divorce entre le Pdci et Djédjé Mady?

Premièrement, je voudrais dire qu’il est tout à fait normal qu’on ne me voie pas là où on me cherche, c’est-à-dire en première ligne. Tout le monde le sait, je ne suis plus en première ligne. Pour me voir, il faut chercher donc dans la masse. Si on me cherche là-bas, on me verra. Deuxièmement, il n’y a ni divorce, ni ralliement de quelque camp que ce soit au Pdci. Je l’ai dit tantôt, moi Djédjé Mady, je parle pour moi-même et non pour quelqu’un. Pourquoi divorcer du Pdci ? Si moi j’avais été élu, est-ce que j’aurais accepté que les autres démissionnent et divorcent d’avec le Pdci ? Je ne suis pas venu au Pdci à cause de quelqu’un et je ne quitterai pas le Pdci à cause de quelqu’un. Personne ne peut me chasser du Pdci. J’y suis par conviction et je reste, je laisse bavarder ceux qui le veulent bien.

 

C’est une lapalissade que de dire que l’appel de Daoukro divise le Pdci. Depuis lors, vous vous êtes muré dans un silence, et on n’a pas votre avis sur la question. Etes-vous favorable à la candidature unique pour la réélection d’Alassane Ouattara?

Ceux qui dirigent le Pdci ont, à propos, convoqué un congrès pour trancher la question de la candidature unique du président Ouattara. La question étant soumise au congrès, il convient de ne pas me prononcer. Ce n’est pas le moment de parler de la réélection du président Alassane Ouattara. On ira au congrès et on verra. Vous connaissez l’appréciation du Pdci, pour le moment, je m’aligne sur cet appel et le congrès décidera de la suite.

 

En attendant, dans quel camp roule Djédjé Mady ? Le camp des ‘’pro-appel de Daoukro’’ ou celui des ‘’irréductibles’’ ?

Pour le moment, le Pr Djédjé Mady n’a pas de position personnelle. L’appel de Daoukro est la position du président Bédié, qui sous réserve des résolutions du congrès, appelle les instances du parti à le suivre. C’est, pour l’heure, la position du Pdci, puisque celui qui l’a lancée en est le président. A partir de ce moment, la candidature unique du président Alassane Ouattara n’est pas celle d’un individu, mais d’un parti dont les délégués doivent d’ailleurs se prononcer là-dessus. Le congrès décidera. On ne fera pas le congrès ici. C’est un débat qui va être ouvert au congrès, et je ne veux pas le faire avant le congrès.

 

La réélection du président Ouattara, on peut le dire, va être au centre des enjeux du congrès du Pdci. Avec la candidature unique ou non, comment entrevoyez-vous ses chances en octobre 2015?

Avec la gouvernance Ouattara, la Côte d’Ivoire s’est remise debout. Le pays avance. Je n’ai rien à redire sur l’action du gouvernement pendant ce mandat. Personnellement, je suis satisfait du travail accompli par le président Alassane Ouattara. Mais, ce n’est pas le moment pour moi de parler de sa réélection. Ce n’est pas le lieu de mener ce débat.

 

S’il vous est difficile de vous prononcer sur la réélection de Ouattara, quelles sont, selon vous, les chances de ses adversaires déclarés, notamment Essy Amara, Banny et autres… pour lui ravir le fauteuil présidentiel ?

C’est celui qui se fait candidat lui-même qui apprécie ses chances de gagner. Je n’ai pas fait de sondage auprès des Ivoiriens pour savoir qui est bien placé pour battre Ouattara. Donc, je n’en sais rien. Je ne suis pas les Ivoiriens. C’est un vote national.

 

Une crise interne de leadership secoue le Fpi. Etait-ce prévisible, et que vous inspire-t-elle ?

Tout parti politique connait des moments de crise. Maintenant, il appartient aux acteurs de surpasser leurs égos et autres ressentiments pour éviter que la crise n’emporte le parti. C’est clair, dans les bagarres, on n’avance pas, on recule. C’est même pour cela que chaque Ivoirien doit s’impliquer pour recoudre le tissu social. N’attendons pas tout de l’Etat. La réconciliation est l’œuvre de chaque Ivoirien. La paix, dans un parti et dans un pays, est celle que ses membres, ses enfants, lui donnent. Ce n’est pas facile, mais on doit construire la cohésion et la paix.

 

Francis Wodié, à la surprise générale, a démissionné de la tête du Conseil constitutionnel et a été remplacé par Koné Mamadou, qui est vu dans l’opinion comme un homme du camp Ouattara. Cette proximité est-elle pour vous un obstacle à la tenue d’élections crédibles et paisibles ?

Les gens parlent de proximité, mais le Professeur Wodié était aussi un très proche de Ouattara. Je ne connais pas les raisons pour lesquelles il a démissionné de son poste ; je dirai que c’est dommage qu’il ait démissionné et je ne peux faire d’analyse à ce niveau. Pour ce qui est de son successeur, je ne voudrais pas hypothéquer la bonne foi d’un haut citoyen de la Côte d’Ivoire. L’actuel président du Conseil constitutionnel, Koné Mamadou, tout le monde connait son parcours, donc je ne vais pas m’arrêter là-dessus. Je voudrais seulement dire qu’il est un citoyen et en tant qu’un haut magistrat, je souhaite qu’il fasse son travail en âme et conscience. Rien ne me permet d’en douter. Il fera son travail en toute âme et conscience. Pour ce qui est de l’élection, on ne peut que souhaiter qu’elle soit la plus paisible possible. On n’a pas à en douter et avoir peur. En tout cas, moi, je souhaite que les élections soient paisibles, démocratiques et fraternelles et que les Ivoiriens choisissent librement celui qu’ils veulent. On doit faire en sorte, en tout cas que, ces élections le soient.

 

Le Conseil constitutionnel a été cité en 2010 comme étant aussi à l’origine de la crise postélectorale. Les craintes que le passé douloureux se répète avec des présidents d’institutions en charge des élections proches des présidents-candidats, ne sont-elles pas, dès lors, fondées ?

Beaucoup de choses se sont passées en 2010 et je ne peux même pas les résumer ici. C’est donc dire qu’on doit se faire confiance. Le manque de confiance les uns dans les autres peut nous conduire également sur de mauvais chemins.

 

Vous êtes le président du Conseil régional du Haut-sassandra, quelles sont les perspectives pour 2015 ?

Nous sommes sur la même lancée que 2014 où nous avons beaucoup travaillé. Je n’ai pas de satisfaction béate à avoir, surtout que les tâches sont énormes. Notre premier objectif, ce sont les infrastructures économiques pour améliorer le quotidien des populations. Pour ce faire, la priorité, c’est la route. Le président Houphouët-Boigny disait que toutes les activités économiques sont subordonnées à la route. Donc, nous mettrons l’accent sur ce point. A côté, il y a l’école, la santé et la sécurité. C’est à cœur vaillant que je veux répondre aux problèmes socio-économiques de nos populations.

 

Si vous aviez un appel à lancer, lequel serait-il ?

Ce serait un appel à la paix et à la réconciliation. Construisons notre paix. Faisons en sorte que la Côte d’Ivoire soit celle que le président Houphouët-Boigny nous a laissée. C’est-à-dire une Côte d’Ivoire terre d’espérance, d’accueil et de fraternité. Tout cela est dans notre hymne national. Chantons cet hymne, réfléchissons à cet hymne. Que les Ivoiriens fassent la paix et travaillent dans l’union comme les Eléphants viennent de nous le démontrer. Ce n’est que dans une équipe cohérente, soudée, unie que l’on peut gagner. L’exemple du football est bien à propos que tous les Ivoiriens ont exprimé leur joie. Si nous voulons gagner comme les Eléphants, alors ensemble, soyons unis. Allons ensemble, main dans la main, vers le mieux-être et le développement.

L’inter

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