On apprend, le lundi 18 mai, la mort à 93 ans de l’homme d’État belge, Étienne Davignon. Diplomate, politicien et dirigeant d’entreprises, il était revenu sous les feux des projecteurs, bien malgré lui, depuis que son nom figurait parmi les suspects de la plainte pour l’assassinat, au Katanga, le 17 janvier 1961, de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo, à son indépendance de la Belgique. Etienne Davignon était alors diplomate stagiaire pour le ministère des Affaires étrangères belge.
Le tribunal de Bruxelles venait justement de décider, en mars dernier, de permettre la tenue d’un procès et de renvoyer Étienne Davignon en correctionnelle. Il était accusé de crimes de guerre, en particulier pour le « transfèrement illégal d’une personne protégée durant un conflit armé ».
Étienne Davignon avait interjeté appel mais sa mort vient mettre un terme à la procédure pénale dans ce qui promettait d’être aussi un procès pour l’Histoire du fait colonial.
Étienne Davignon était le dernier survivant des dix personnes citées en 2011 dans l’acte d’accusation pour l’assassinat de Patrice Lumumba, mais aussi de Maurice Mpolo, ministre de la Jeunesse et des Sports, et du sénateur Joseph Okito.
La justice belge avait retenu contre Étienne Davignon, jeune diplomate au moment des faits, les chefs d’accusation de crimes contre l’humanité, détention et transfert illicites d’un prisonnier, privation du droit à un procès équitable et traitements dégradants. Le chef de meurtre n’avait, en revanche, pas été retenu à son encontre et il avait toujours nié toute responsabilité.
Dans les milliers de documents d’une commission parlementaire à huis clos, il y a 25 ans, se trouvent des télex diplomatiques dans lesquels figurerait son nom. Ils pointeraient le fait qu’Étienne Davignon aurait encouragé le transfèrement de Patrice Lumumba vers le Katanga. L’un d’eux demandait au président katangais, Moïse Tshombe, s’il souhaitait recevoir « le colis » en provenance de Léopoldville (nom colonial de Kinshasa).
Avec sa mort, de nombreuses questions restent en suspens et le procès de la Belgique post-coloniale n’aura donc pas lieu.
Maître Christophe Marchand, avocat de la famille Lumumba, au micro de Tom Schneider, annonce qu’une nouvelle procédure est envisagée contre l’État belge.
Le décès d’une personne accusée dans un procès pénal a pour conséquence l’extinction de l’action publique, comme on dit, c’est-à-dire que l’affaire est terminée au pénal. Mais ça ne veut pas dire pour ça que l’affaire se termine là. La famille est toujours en quête de vérité, de justice. Et donc on avait déjà envisagé depuis pas mal de temps de pouvoir faire une autre procédure, à savoir une demande au civil, c’est-à-dire une requête devant le tribunal de première instance de Bruxelles contre l’État belge pour sa responsabilité dans l’assassinat de Patrice Lumumba. Donc là, on finalise la nouvelle requête qui sera introduite très prochainement.



