Longtemps donnée perdante après un arrêt de la Cour suprême reconnu comme favorable à Martine Coffi‑Studer dans le conflit autour du terrain abritant la gare principale de la STL à Treichville, l’entreprise liée au groupe d’Adama Bictogo a renversé la tendance judiciaire. En toile de fond, le bras de fer oppose la SCI OCEANOR, structure immobilière de Mme Coffi‑Studer, à la STL, filiale du groupe Snedai, autour de la propriété et de l’occupation d’une parcelle stratégique du domaine lagunaire d’Abidjan.
Le contexte d’un litige emblématique
Depuis plusieurs années, la SCI OCEANOR accuse la STL d’avoir occupé illégalement une parcelle sur laquelle est construite la gare lagunaire de Treichville, réclamant des indemnisations chiffrées à plusieurs milliards de francs CFA. Ce contentieux est rapidement devenu politique et médiatique, la figure d’Adama Bictogo cristallisant les critiques d’une partie de l’opinion et d’adversaires qui y voyaient le symbole d’une supposée toute‑puissance politico‑économique.
Dans un premier temps, la justice commerciale avait condamné la STL à payer à la SCI OCEANOR une indemnité d’occupation de 2 milliards de francs CFA, décision fortement commentée et présentée, dans certains médias, comme une défaite cinglante pour le camp Bictogo. La société de transport avait toutefois immédiatement contesté ce jugement, rappelant disposer de conventions régulièrement signées avec l’État et d’un bail sur le lot litigieux, et annonçant des voies de recours.
Les nouveaux verdicts qui rebattent les cartes
Les dernières décisions de justice viennent profondément modifier l’équilibre du dossier en faveur de la STL. D’une part, le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative, a annulé le certificat de propriété qui attribuait à la SCI OCEANOR des droits de propriété sur une parcelle de 12 249 m² à Treichville, ordonnant la radiation des droits issus de ce certificat au livre foncier.
D’autre part, la Cour d’appel de commerce d’Abidjan a infirmé le jugement du Tribunal de commerce qui condamnait la STL à verser 2 milliards de francs CFA à la SCI OCEANOR au titre d’indemnités d’occupation de la parcelle litigieuse. En pratique, cette double décision neutralise à la fois l’argument foncier de propriété brandi par la SCI OCEANOR et la condamnation financière la plus lourde qui pesait sur la STL.
Un revers politique pour Martine Coffi‑Studer
Pour Martine Coffi‑Studer, ces verdicts constituent un sérieux revers après les décisions antérieures qui avaient consacré ses droits sur le terrain abritant la gare STL, alimentant l’image d’une victoire de la « petite » propriétaire face à l’homme d’affaires puissant. La remise en cause du titre foncier de la SCI OCEANOR par le Conseil d’État et l’annulation de la condamnation de la STL en appel fragilisent son narratif de victime d’une expropriation déguisée et redonnent un avantage moral et juridique au camp Bictogo.
Cette évolution intervient alors que la STL dénonçait depuis 2025 une « manipulation » autour des montants réclamés et un emballement médiatique fondé sur des chiffres qu’elle jugeait grossis, notamment des demandes chiffrées à plus de 6 milliards de francs CFA. En se plaçant sous le sceau de la légalité administrative (bail, conventions avec l’État, domaine public lagunaire), la communication de l’entreprise trouve un appui solide dans ces nouvelles décisions, qui valident son argumentaire central: STL n’a procédé ni à une expropriation illégale, ni à une occupation sauvage du terrain.
Ce que cela signifie pour Bictogo et la STL
Politiquement, ces jugements permettent à Adama Bictogo de retourner une affaire présentée pendant des années comme l’exemple type d’un abus de position dominante, en symbole d’un bras de fer judiciaire finalement gagné contre une adversaire réputée proche de certains cercles d’influence. Dans un contexte où la question de l’État de droit et de la sécurité juridique des investissements occupe une place centrale, le fait que les plus hautes juridictions administratives et commerciales se prononcent désormais en faveur de la STL renforce la posture de l’homme d’affaires devenu figure majeure de la scène politique ivoirienne.
Pour la STL, l’enjeu est désormais d’exploiter cette clarification judiciaire pour stabiliser ses investissements, rassurer ses partenaires et usagers, et tourner la page d’un contentieux qui aura durablement entaché son image. La publication d’un communiqué officiel prenant acte des décisions et rappelant que ces verdicts sont rendus « en faveur de la STL » participe de cette stratégie de repositionnement, en installant l’idée qu’après des années de polémique, c’est bien l’entreprise de transport lagunaire et, derrière elle, Bictogo qui sort gagnante de son procès face à Martine Coffi‑Studer.




