Devant le tribunal de Rabat, le parquet réclame des peines allant jusqu’à deux ans ferme contre les prévenus sénégalais. Poursuivis pour hooliganisme après la finale CAN Maroc-Sénégal, 18 supporters risquent la prison et de lourdes amendes. Invasion de pelouse, jets de projectiles, violences, le pays organisateur requiert le maximum de la peine encourue.
L’audience qui s’est tenue ce jeudi 19 février 2026 au tribunal de première instance de Rabat. Devant le juge, le représentant du ministère public a requis des peines de prison ferme allant jusqu’à deux ans contre les 18 supporters sénégalais toujours détenus au Maroc depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations, disputée le 18 janvier. Les faits remontent à ce soir-là. Au stade Moulay Abdellah de Rabat, le Maroc et le Sénégal s’affrontent en finale. Le match, tendu, bascule dans le temps additionnel. Un penalty est accordé au Maroc, juste après un but refusé aux Sénégalais. C’est l’étincelle. Des supporters sénégalais tentent d’envahir la pelouse. Pendant près d’un quart d’heure, la confusion règne. Des projectiles sont lancés, dont au moins une chaise. Les images font le tour du monde, diffusées en direct.
Des accusations de hooliganisme
Le parquet a fondé ses réquisitions sur ces images, mais aussi sur les certificats médicaux des forces de l’ordre et des stadiers blessés, et sur l’évaluation des dégâts matériels. Le stade, entièrement reconstruit pour la CAN 2025, aurait subi pour plus de 370 000 euros de détériorations. Les 18 prévenus sont poursuivis pour « hooliganisme », une qualification qui englobe des actes de violence contre les forces de l’ordre, la dégradation d’équipements sportifs, l’invasion de la pelouse et les jets de projectiles. La peine maximale encourue pour ces faits est de deux ans de prison ferme, ce que le parquet a requis. « Ils ont délibérément voulu perturber le bon déroulement du match et commis des violences diffusées en direct sur des chaînes de télévision », a martelé le représentant du ministère public à la barre, selon un journaliste de l’AFP présent sur place. Face à ces accusations, les supporters sénégalais ont nié toute infraction.
Leurs avocats plaident que leurs clients n’ont pas participé aux violences, ou qu’ils ont été pris dans un mouvement de foule sans intention délictueuse.
L’affaire a suscité une vive émotion au Sénégal, où familles et associations suivent avec anxiété le déroulement du procès. Plusieurs voix se sont élevées pour demander la clémence du tribunal, évoquant des jeunes venus supporter leur équipe et qui se retrouvent derrière les barreaux depuis plus d’un mois. Le Maroc, qui a accueilli la 35e édition de la CAN du 21 décembre au 18 janvier, avait mis un point d’honneur à organiser une compétition exemplaire. Les autorités avaient déployé d’importants moyens de sécurité pour prévenir les débordements, dans un pays où le football suscite des passions immenses. La finale, qui opposait le pays hôte au champion en titre sénégalais, était particulièrement sensible. La victoire du Maroc (1-0) sur un penalty controversé dans le temps additionnel a exacerbé les tensions. Les images d’envahissement de terrain et de jets de projectiles ont terni l’image de la compétition. Le Maroc doit coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Un tel événement implique des standards de sécurité encore plus élevés, et les autorités entendent montrer qu’elles savent traiter fermement les débordements.
Délibéré à venir
À l’issue des réquisitions, la défense a plaidé. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré. La date du jugement n’a pas encore été communiquée. En attendant, les 18 supporters restent en détention. Le parquet a également requis des amendes et des dommages et intérêts pour couvrir les préjudices matériels et moraux. Le montant total des réparations pourrait être conséquent, au-delà même des peines de prison. Au Sénégal, on suit l’évolution du dossier avec attention. Les autorités diplomatiques sont mobilisées pour accompagner les familles et assurer une défense digne de leurs ressortissants. Mais sur le fond, Dakar n’a pas contesté la légitimité de la procédure judiciaire marocaine. L’affaire des 18 supporters est devenue un test de la coopération judiciaire entre les deux pays, et de la capacité du Maroc à gérer les séquelles d’une compétition sportive internationale. Le verdict, attendu dans les prochains jours, dira si la clémence ou la fermeté l’emporte.



