09282021Headline:

CPI/Compte rendu du procès de Gbagbo du 13 février 2016/ Témoin -Un chef de police qui en savait très peu

L’interrogatoire du témoin P-560, actuellement en service au sein de la direction générale de la police ivoirienne, se poursuivait ce lundi 13 février à la Cour pénale internationale (CPI). Accusation et défense ayant procédé à leur interrogatoire plus rapidement que prévu, sa déposition s’est achevée en milieu de journée.

Par Anne Leray

Adamo Bonaventure Guillaume Séverin, témoin actuellement en fonction au sein de la direction générale de la police ivoirienne, a bénéficié d’une mesure de protection spéciale lors de sa déposition. Il était ainsi accompagné d’un avocat pour éviter l’auto-incrimination (à savoir ne pas s’accuser soi-même d’un crime). Après l’interrogatoire de l’accusation mené par le substitut du procureur Lucio Garcia vendredi dernier, il était aujourd’hui questionné par la défense de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Du 17 septembre 2010 au 9 mars 2011, le témoin P-560, chef du district d’Adjamé au nord d’Abidjan, est au service d’une police nationale encore sous les ordres de Laurent Gbagbo. Il est alors chargé du maintien de l’ordre et a sous sa responsabilité les commissariats de sept arrondissements. Questionné à ce sujet, il décrira son service comme « peu reluisant » concernant les équipements et le nombre de personnels en service, et se présentera comme quelqu’un de pacifique, préférant « l’échange » au recours à la force face aux troubles de l’ordre public.

« Une certaine difficulté à dire les choses »

Le 10 mars 2011, après sept mois à la tête de son district, il prend son service à la direction de la police criminelle en tant que chargé d’enquêtes. Un service au sein duquel il se trouve lors du changement de présidence, Alassane Ouattara ayant été investi en mai 2011. Il dit alors avoir poursuivi ses fonctions normalement au sein d’un service dont le personnel serait quasiment resté inchangé. « Vous êtes resté à ce même poste et c’est tout ? » interroge, surpris, Me Altit. « Oui » affirme le témoin. « Avez-vous été chargé d’enquêtes concernant des viols, des exactions ou des meurtres commis par des rebelles ? » poursuit l’avocat de Laurent Gbagbo. « Non car pour cela il fallait une certaine expérience ».

Les fonctions du témoin pendant la crise postélectorale laissent penser à son arrivée dans le prétoire de la CPI, qu’il est peut-être en possession d’informations significatives. Mais lorsque la défense revisite son expérience et sonde ses connaissances, les réponses restent vagues ; et à mesure que cette dernière cherche à savoir comment fonctionnaient les services de police, leur organisation, leur façon de communiquer, leur hiérarchie, la nature et la fiabilité des rapports transmis à la direction générale…, les renseignements sont peu explicites. « Avez-vous eu des contacts avec l’Hôtel du Golf ou avec des rebelles, avez-vous été approché par le camp Ouattara ou par des personnels civils ou militaires français… ? » questionne Me Altit. « Non » répond le policier. Dans une chaîne allant du préfet de police aux hommes sur le terrain, les informations semblent rarement l’atteindre. « Le témoin a une certaine difficulté à dire les choses » lance la défense à la Chambre.

Lorsque Adamo Bonaventure Guillaume Séverin mentionne une maladie qui l’aurait affecté pendant et après la crise, la défense creuse. Atteint d’arthrose, ce dernier aurait souvent été obligé de quitter son travail pour se rendre à des rendez-vous médicaux, et aurait pris un congé maladie d’un mois, peu après sa nouvelle affectation à la direction de la police criminelle. « Pendant la crise ou à partir du 11 avril, les forces de police ont-elles été attaquées par l’armée française » demande Me Altit. « A ma connaissance non. Mais je n’ai pas mis les pieds au bureau à cette période, je me soignais et je n’étais pas informé. Je ne sais pas qui a tué qui ».

« Je n’étais pas informé »

Beaucoup de réponses se feront sur ce même mode. Mentionnant un rapport remontant du district d’Abobo et mentionnant des affrontements entre le Rassemblement des républicains (RDR) et les Forces de défense et de sécurité ivoiriennes (FDS) qui auraient fait trois morts et deux enlèvements côté police, Emmanuel Altit demande au témoin s’il a des informations sur le sujet. « Vous êtes l’un des responsables de la police à ce moment-là, avec beaucoup de policiers sous vos ordres mais vous ne savez pas qui a tué ces policiers ? ». « Non je n’étais pas informé, ce n’était pas mon district et chacun gérait son district ».

Quittant les sphères de la police pour aller sur un terrain plus personnel, la défense évoque « l’attaque d’Anonkoua Kouté », l’un des deux villages d’où est originaire le témoin et où il a encore de la famille. « Oui les villageois ont dit que c’était des rebelles qui avaient attaqué le village mais je ne sais pas car beaucoup des membres de ma famille ont fui et moi je n’y étais pas ».

Durant une déposition bouclée avant l’heure prévue, Adamo Bonaventure Guillaume Séverin a prononcé les noms Ouattara et Gbagbo du bout des lèvres, seulement lorsqu’il y était obligé. Il a souvent répété « je ne sais pas » ou « je n’avais pas ces informations ». Ne faisant pas montre d’une curiosité brûlante pour les événements au cœur desquels il a été plongé en tant que policier, le témoin P-560 est resté à distance et semble avoir opté pour la prudence lors de sa déposition. Dans le sens de l’accusation et de la défense, la récolte d’informations s’est révélée assez maigre. Le témoin en savait-il plus que ce qu’il a voulu dire ?

ivoirejustice

Comments

comments

What Next?

Related Articles