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Diplomatie malgache : Premier tête-à-tête entre Randrianirina et Macron à l’Élysée

Michaël Randrianirina est à Paris pour une visite de travail, 6 jours après son entrevue avec Vladimir poutine à Moscou. Le chef de l’État malgache multiplie les déplacements sur la scène internationale. À peine rentré de Russie, où il a été reçu par Vladimir Poutine au Kremlin, le colonel Michaël Randrianirina a pris l’avion pour Paris. Ce mardi 24 février, le président de la Refondation sera reçu par Emmanuel Macron au Palais de l’Élysée pour un déjeuner de travail.

Avant son départ de l’aéroport d’Ivato, le chef de l’État a tenu à préciser le sens de ce voyage. Ce déplacement en France, a-t-il souligné, n’a aucun lien avec la récente visite effectuée en Russie quelques jours plus tôt. « Madagascar ouvre ses relations avec les pays du monde entier pour l’intérêt de la population », a-t-il lancé, résumant ainsi sa doctrine diplomatique.

Une diplomatie (tous azimuts) revendiquée
Depuis son accession au pouvoir en octobre dernier, le colonel Randrianirina ne cesse de prôner une diplomatie ouverte, sans exclusive. « Madagascar est un pays hospitalier qui ne pratique aucune discrimination », a-t-il rappelé avant son départ. Une manière de répondre à ceux qui pourraient s’interroger sur ce ballet diplomatique entre Moscou et Paris. Pour le chef de l’État, il s’agit simplement de répondre à des invitations. « Les deux pays nous ont invités et nous allons répondre à leurs invitations », a-t-il expliqué, évoquant ces deux visites qui se suivent à quelques jours d’intervalle. La philosophie est simple : entretenir des relations avec les nations qui apportent des bénéfices concrets au peuple malgache. Le président n’a pas fait le voyage seul. Il est accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, dont la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, et le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko. Une délégation étoffée qui témoigne de l’importance accordée à cette rencontre.

Au menu des discussions, plusieurs sujets d’intérêt commun. Selon la présidence malgache, ce voyage s’effectue dans une stratégie plus large : diversifier les partenariats, renforcer la présence de Madagascar sur la scène internationale et rechercher des opportunités concrètes pour la population. Du côté de l’Élysée, on précise que les échanges porteront sur « l’accompagnement de la transition malgache et l’aide humanitaire après le passage sur l’île de cyclones dévastateurs ». Le dernier en date a fait au moins 62 morts, et la situation reste préoccupante dans plusieurs régions. Les deux chefs d’État « échangeront également sur le renouvellement du partenariat bilatéral », ajoute la présidence française. C’est la première fois que les deux hommes se rencontrent en personne. Quelques jours après son intronisation, le colonel Randrianirina avait déjà eu un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron. Mais ce déjeuner de travail, prévu à 14 heures, heure de Paris, marque un nouveau step dans leurs relations. Pour Madagascar, cette visite est aussi l’occasion de montrer aux Français que la Grande Île est une terre d’accueil. Le chef de l’État l’a répété avant son départ : il veut « montrer aux Français que Madagascar est une terre d’accueil ». Un message qui résonne particulièrement dans un contexte où les relations entre les deux pays ont connu des hauts et des bas.

La nouvelle diplomatie de Madagascar, c’est l’ouverture à tous, pourvu que cela profite au peuple malgache
Jeudi 19 février, à Moscou, il officialisait une nouvelle ère de coopération avec la Russie, axée sur la défense et l’énergie. Deux domaines stratégiques pour Madagascar, qui cherche à renforcer sa souveraineté et à diversifier ses sources d’approvisionnement. Le chef de l’État assume pleinement cette stratégie de diversification. Avant de s’envoler pour Paris, il a justifié cette approche par la recherche de « bénéfices concrets » pour le peuple malgache, sans « discrimination » entre les partenaires. Une manière de rassurer ceux qui pourraient voir dans le rapprochement avec Moscou une mise à distance de Paris. Car à Antananarivo, cette politique de diversification n’est pas sans susciter des interrogations. Hony Radert, secrétaire générale du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes, exprime des réserves. Elle regrette un manque de transparence sur les enjeux réels de ces voyages et demande une « redevabilité » au retour du chef de l’État.

Du côté de la Génération Z, mouvement citoyen actif à Madagascar, on observe avec attention ces déplacements. « Si on observe la diversification des alliances, on s’interroge quand même sur les contreparties de cette visite à Paris », confient ses membres. Une préoccupation légitime dans un pays où la société civile est de plus en plus vigilante sur l’usage des deniers publics et les engagements internationaux. Ce tête-à-tête entre les deux présidents intervient dans un climat encore marqué par certains contentieux. L’exfiltration par la France de l’ancien président Andry Rajoelina avait ravivé les tensions entre les deux capitales. Un épisode que les observateurs n’ont pas oublié, même si les deux parties semblent aujourd’hui vouloir tourner la page. La visite du colonel Randrianirina à Paris devrait permettre de consolider les bases d’une relation rénovée. Madagascar cherche sa voie. Une voie que le chef de l’État résume par une formule : l’ouverture à tous, pourvu que cela profite au peuple malgache.

 

 

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