Emmanuel Macron assiste à la confirmation officielle de la réélection d’Alassane Ouattara pour le féliciter par téléphone. Une posture prudente face à la situation politique en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.
Le président ivoirien Alassane Ouattara, réélu pour un quatrième mandat avec 89,77 % des voix selon les résultats confirmés par le Conseil constitutionnel ce 4 novembre, s’envolera pour la France ce mercredi 6 novembre. Un déplacement annoncé comme « privé », selon Africa Intelligence, qui précise que le chef de l’État ivoirien partagera son temps entre Paris et sa résidence de Mougins, dans le Sud-Est de la France.
Les présidents ivoirien et français s’étaient rencontrés pour un déjeuner le 16 juillet au palais de l’Élysée. Cette fois, aucune rencontre officielle n’est prévue avec Emmanuel Macron. Toujours selon le média spécialisé, le président français attendra l’annonce officielle de la victoire d’Alassane Ouattara pour le féliciter — sans grande effusion — par téléphone.
Double jeu
Cette retenue s’inscrit dans un contexte régional marqué par un renforcement du sentiment anti-français, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, où la France a vu ses liens militaires se distendre au profit de nouvelles alliances. Dans ce climat, Emmanuel Macron semble vouloir éviter toute prise de position susceptible d’alimenter la polémique.
Ainsi, depuis le début du processus électoral ivoirien, pas un mot n’a été prononcé sur la candidature à un quatrième mandat du président Ouattara ni sur l’exclusion des deux principaux dirigeants de l’opposition.
« Il y a un mot pour cela, c’est le silence stratégique », analysait pour Le Figaro le 26 octobre dernier Rinaldo Depagne, directeur adjoint d’International Crisis Group pour l’Afrique.
Selon lui, « la France adopte une position en recul parce qu’elle redoute que tout signe d’immixtion dans l’élection ivoirienne soit interprétée comme un parrainage et exploité contre elle. » . Dans une région où les discours antifrançais ont pris de l’ampleur, Paris préfère donc observer, quitte à être accusée d’hypocrisie ou de double jeu.
“Rompre le silence complice”
À Abidjan, cette prudence suscite des critiques . Le 23 août, le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par Laurent Gbagbo, a interpellé la France, estimant que le silence de Paris après la participation de ses troupes à la chute de l’ancien président équivalait à une « complicité passive ».
Même au sein de la classe politique française, le silence officiel suscite des interrogations. Le 4 novembre, le Parti communiste français (PCF) a déclaré dans un communiqué un quatrième mandat « contraire à la Constitution ivoirienne » . Le PCF appelle Paris et l’Union européenne à « rompre le silence complice » et à condamner « les violations des droits humains en Côte d’Ivoire » , estimant que « le respect du peuple ivoirien exige une rupture nette avec les logiques d’ingérence et de clientélisme » .
L’investiture d’Alassane Ouattara est prévue le 8 novembre à Abidjan. En novembre 2020, Emmanuel Macron avait félicité son homologue ivoirien pour sa réélection à un troisième mandat controversé, quelques semaines avant l’investiture, tout en l’invitant à poursuivre le dialogue avec l’opposition. Compte tenu des similitudes du contexte actuel, le président français pourrait adopter une démarche similaire cette année.



