Faisant référence à la récente mission d’une délégation gouvernementale ivoirienne à Ouagadougou. « Lorsque les plus hautes autorités des deux pays se rencontrent, ce sont des pourparlers pour des intérêts communs », explique le diplomate depuis Abidjan. Le caractère « séculaire » des relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire est le soutien de la relance diplomatique. Des relations qu’il qualifie de « relations d’amitié et de coopération », et qui, selon lui, permettent ce type d’échanges stratégiques.
Le diplomate burkinabè appelle à une mobilisation renforcée des communautés établies en Côte d’Ivoire. Lors d’un récent entretien accordé en marge d’une cérémonie organisée par la diaspora, Raphaël Kambou, chargé d’affaires à l’ambassade du Burkina Faso à Abidjan, a évoqué les attentes des autorités burkinabè envers leurs compatriotes établis en Côte d’Ivoire. Pour le diplomate, la mobilisation de la communauté ne doit pas se limiter aux seuls projets de développement. Elle doit également s’étendre à des domaines jugés prioritaires par Ouagadougou, notamment la défense et la sécurité nationale.
Abidjan et Ouagadougou renouent le dialogue bilatéral
Le samedi 6 décembre 2025, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a reçu à Ouagadougou son homologue ivoirien, Adama Dosso. A l’initiative d’Abidjan, cette rencontre marque une volonté commune de rouvrir le canal du dialogue direct, dans un contexte régional marqué par des tensions politiques et sécuritaires. Entre les deux capitales, les liens historiques, humains et économiques sont profonds. Des millions de Burkinabè vivent en Côte d’Ivoire , où ils participent à la vie économique tout en maintenant d’étroites attaches transfrontalières. Ces dernières années, la relation bilatérale a cependant connu des périodes de refroidissement, liées à des divergences politiques et à un climat sécuritaire dégradé.
La rencontre de ce week-end constitue une tentative explicite de réapaiser les échanges. Selon la communication officielle burkinabè, les discussions se déroulent dans un climat « sincère et ouvert ». Les deux parties ont passé en revue l’état de leurs relations, sans éluder les sujets sensibles, en insistant sur la nécessité de restaurer la confiance au bénéfice des populations. Le ministre ivoirien, Adama Dosso, a souligné le caractère inextricable des liens unissant les deux pays. Il a rappelé la réalité sociologique des familles réparties de part et d’autre de la frontière et de flux économiques anciens, plaidant pour que les différends soient résolus par le dialogue et pour un retour à un niveau de coopération qui fut longtemps un modèle régional.
La structuration de la diaspora, une priorité diplomatique
Interrogé sur l’action de l’ambassade pour fédérer les millions de burkinabè établis en Côte d’Ivoire, Raphaël Kambou a détaillé le dispositif en place. « Au niveau de la juridiction d’Abidjan, nous travaillons à fédérer les différentes associations au sein du Haut Conseil de base des Burkinabè de l’extérieur », at-il indiqué. Le Haut Conseil, dont les instances de base ont été installées en Côte d’Ivoire, a pour mission de coordonner les initiatives et de servir d’interlocuteur structuré pour les autorités burkinabè. « Nous comptons sur les membres du bureau du Haut Conseil de base pour fédérer l’ensemble des forces », a précisé le chargé d’affaires.
La représentation diplomatique entend mieux organiser la communauté pour, in fine, mieux défendre ses intérêts et faciliter sa contribution aux efforts nationaux, notamment via les consulats généraux d’Abidjan, de Bouaké et de Soubré.
« Compter sur la diaspora » pour la sécurité nationale ! Comment les Burkinabè de l’extérieur peuvent-ils accompagner leur pays d’origine dans un tel contexte sécuritaire ? Pour Raphaël Kambou, « nous comptons sur la diaspora burkinabè pour pouvoir contribuer dans ce sens ». Les actions menées en matière de défense et de sécurité au Burkina nécessitent un soutien large, y compris de la part des communautés résidant à l’étranger. Le diplomate n’a pas détaillé la nature des contributions attendues, pour lui, la solidarité nationale dépasse les frontières burkinabè quand on sait que plus de 16 millions de Burkinabè vivent dans la diaspora dont près de 5 millions en terre ivoirienne.
L’ADES-Nord-CI, une association « modèle » en sept mois
Raphaël Kambou a également salué le dynamisme de l’ association ADES-Nord , section Côte d’Ivoire, qui organisait la cérémonie au cours de laquelle il s’exprimait. « On a une association comme l’ADES-Nord qui, en sept mois, est devenue un modèle », at-il constaté, visiblement satisfait de son développement rapide et de son impact fédérateur. Il a rappelé les quatre conditions qu’il avait lui-même posées à sa création : le respect des lois ivoiriennes, la collaboration avec les associations burkinabè déjà existantes, le travail en lien étroit avec les trois consulats, et la promotion de la cohésion sociale au sein de la communauté . « Ces quatre critères ont été respectés, c’est un sentiment de joie qui m’anime », a-t-il confié. La preuve de ce succès, selon lui, était visible dans la salle : autorités coutumières et religieuses, responsables associatifs, opérateurs économiques et simples membres de la communauté, tous réunis en journée d’hommage et de reconnaissance. « C’est vraiment un signe de satisfaction. C’est un rassemblement des compatriotes burkinabè ici en République de Côte d’Ivoire. »
À l’approche de la nouvelle année, le chargé d’affaires a formulé des vœux chers pour la diaspora. « Mon vœu, c’est que 2026 soit une année de paix, une année de cohésion entre les membres de la communauté burkinabè, et une année d’action. » Il a appelé à « poser des actions » qui aillent dans le sens du développement, mais aussi dans celui du soutien aux initiatives nationales. Un appel à l’engagement concret qui résonne comme une feuille de route pour les mois à venir. Par ses propositions, Raphaël Kambou a ainsi dessiné les contours du rôle qu’entend jouer la diplomatie burkinabè en Côte d’Ivoire : encadrer, fédérer et orienter l’énergie de la diaspora vers des objectifs à la fois communautaires et nationaux. Dans un contexte où le Burkina Faso fait face à d’importants défis, la mobilisation de ses fils et filles établies chez le voisin ivoirien apparaît plus que jamais comme un levier attendu par les autorités de Ouagadougou.



