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14e Biennale d’art contemporain africain à Dakar: premières visites, premières émotions artistiques

La 14e Biennale d’art contemporain africain de Dakar s’est ouverte jeudi 19 mai sur une multitude de sites, dont le nouveau musée des Civilisations noires. C’est là que sont regroupés les pavillons nationaux de Chine, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal
Avec notre envoyé spécial à Dakar, Sébastien Jédor

Le Sénégal joue à domicile dans le bâtiment du musée des Civilisations noires, construit sur le modèle des cases à impluvium de Casamance.

Le commissaire Massamba Mbaye a choisi un élément important du patrimoine, le « fagot de bois », « loositoo » en mandingue, comme base de réflexion pour les artistes, explique-t-il : « Le fagot de bois renvoie à quelque chose de naturel parce que c’est du bois mort qui est recyclé pour régénérer la vie par la cuisson. Donc, en fait, traditionnellement, les gens ne choisissaient pas du bois vert. Ils prenaient du bois rejeté par l’arbre. Et donc, par ce système-là, on renouvelle également le cycle de la vie. »

Fer de lance de la créativité africaine, la Biennale de Dakar fait son reto

Abdarahmane N’Gaidé, lui, travaille le bois au sens propre. Jardinier et professeur d’histoire à l’université, il sculpte du bougainvillier pour en faire des formes modulables à l’infini : « L’exceptionnalité du bougainvillier, c’est qu’il est venu avec la colonisation, affirme l’artiste. Il vient du Brésil. Il était venu pour embellir les petites maisons des anciens colons. Tout à coup, après l’indépendance, le bougainvillier s’est développé dans les maisons des classes moyennes. Le bougainvillier peut être planté n’importe où. Il est très beau et il embellit un peu partout. »

Intarissable, Abdarahmane N’Gaidé ne révèle pas, toutefois, le lieu où il coupe du bois. Il avoue seulement s’introduire, discrètement, dans des concessions.
« C’est le chasseur qui raconte l’histoire du lion et il est temps que le lion reprenne son histoire en main »

Parmi les artistes incontournables de l’exposition internationale de la Biennale, il y a également le Béninois Roméo Mivekannin, né en 1986. Sur de grands draps, il réinterprète les peintures des maîtres occidentaux, comme Titien ou Géricault en s’interrogeant sur la place des Noirs à leur époque. Comme d’autres artistes de sa génération, il interroge le passé pour penser l’avenir.

« Moi, j’aime bien dire qu’on est tous le produit d’une histoire, d’un chaos qui dure depuis 2 000 ans, commence Roméo Mivekannin. En même temps, cette génération dont vous parlez, ce sont des gens qui sont nés après les années 1960. Nous, on est complètement décomplexés avec l’histoire, nous on parle du temps d’après. Mais on ne peut pas interroger le temps d’après sans rejouer le rituel du trauma, de là où, quelque part, ça a flanché. Donc, c’est tout à fait normal qu’on soit toute cette génération qui prend toutes les histoires. C’est une manière de raconter de nouveaux récits, puisque, jusque-là, ceux qui racontaient les récits officiels ou en tout cas les histoires qui étaient racontées dans les livres officiels n’étaient pas écrites par nous. Et comme on dit souvent en Afrique, c’est le chasseur qui raconte l’histoire du lion et il est temps que le lion reprenne son histoire en main. »

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