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42 ans après le Discours d’Orientation Politique de Thomas Sankara : Les paroles encore vivantes (P4)

Le 02 octobre 1983, Thomas Sankara parlait à haute et intelligible voix au monde, à l’Afrique et au peuple voltaique. Dans son discours d’orientation politique (DOP), le chef de la révolution burkinabè posait les jalons d’une souveraineté sans condition à travers une vision détaillée d’un nouveau contrat social. Ce 15 octobre 2025, An 38 de son assassinat, le DOP retentit encore comme cet appel anonyme à résister contre l’oppression d’où qu’elle vienne… En voici un extrait du DOP !

Les rapports marchands dissolvent de plus en plus les liens communautaires, et à leur place s’instaure la propriété privée des moyens de production. Dans cette nouvelle situation ainsi créée par la pénétration du capitalisme dans nos campagnes, le paysan voltaïque qui se trouve lié à la petite production, incarne les rapports bourgeois de production. Aussi, au vu de toutes ces considérations, la paysannerie voltaïque est partie intégrante de la catégorie de la petite bourgeoisie. De par le passé et de par sa situation présente, elle est la couche sociale qui a payé le plus de tribut à la domination et à l’exploitation impérialistes.

Les grands fossés dans la société

La situation d’arriération économique et culturelle qui caractérise nos campagnes l’a tenue longtemps à l’écart des grands courants de progrès et de modernisation, et contenue dans le rôle de réservoir des partis politiques réactionnaires. Cependant elle a intérêt à la révolution et en est, du point de vue du nombre, la force principale. 4°) Le lumpen-prolétariat : C’est cette catégorie d’éléments déclassés qui, du fait de leur situation de sans-travail, sont prédisposés à être à la solde des forces réactionnaires et contre-révolutionnaires pour l’exécution de leurs sales besognes.

Dans la mesure où la révolution saura les convertir en les occupant utilement, ils pourront être ses fervents défenseurs. Le caractère et la portée de la révolution d’août Les révolutions qui surviennent de par le monde ne se ressemblent point.

Chaque révolution apporte son originalité qui la distingue des autres. Notre révolution, la révolution d’août, n’échappe pas à cette constatation. Elle tient compte des particularités de notre pays, de son degré de développement et d’assujettissement au système capitaliste impérialiste mondial. Notre révolution est une révolution qui se déroule dans un pays agricole arriéré, où le poids des traditions et de l’idéologie sécrétées par une organisation sociale de type féodal, pèse énormément sur les masses populaires. Elle est une révolution dans un pays qui, à cause de la domination et de l’exploitation que l’impérialisme exerce sur notre peuple, a évolué de la situation de colonie qu’était ce pays, à celle de néocoloniale. Elle est une révolution qui se produit dans un pays caractérisé encore par l’inexistence d’une classe ouvrière consciente de sa mission historique et organisée et par conséquent, ne possédant aucune tradition de lutte révolutionnaire.

C’est une révolution qui se produit dans un petit pays continental, au moment où, sur le plan international, le mouvement révolutionnaire s’effrite de jour en jour sans l’espoir visible de voir se constituer un bloc homogène à même d’impulser et de soutenir pratiquement les mouvements révolutionnaires naissants. Cet ensemble de circonstances historiques, géographiques et sociologiques donne une certaine empreinte singulière à notre révolution. La révolution d’août est une révolution qui présente un double caractère : elle est une révolution démocratique et populaire. Elle a pour tâches primordiales la liquidation de la domination et de l’exploitation impérialistes, l’épuration de la campagne de toutes les entraves sociales, économiques et culturelles qui la maintiennent dans un état d’arriération.

Une révolution à caractère populaire

De là découle son caractère démocratique. De ce que les masses populaires voltaïques sont partie prenante à part entière dans cette révolution et se mobilisent conséquemment autour de mots d’ordre démocratiques et révolutionnaires qui traduisent dans les faits leurs intérêts propres opposés à ceux des classes réactionnaires alliées à l’impérialisme, elle tire son caractère populaire. Ce caractère populaire de la révolution d’août réside aussi dans le fait qu’en lieu et place de l’ancienne machine d’État s’édifie une nouvelle machine à même de garantir l’exercice démocratique du pouvoir par le peuple et pour le peuple. Notre révolution présente, ainsi caractérisée, tout en étant une révolution anti-impérialiste, s’effectue encore dans le cadre des limites du régime économique et social bourgeois.

En procédant à l’analyse des classes sociales de la société voltaïque, nous avons soutenu l’idée selon laquelle la bourgeoisie voltaïque ne constitue pas une seule masse homogène réactionnaire et antirévolutionnaire. En effet, ce qui caractérise la bourgeoisie des pays sous-développés sous le rapport capitaliste, c’est leur incapacité congénitale de révolutionner la société à l’instar de la bourgeoisie des pays européens des années 1780, c’est-à-dire à l’époque où celle-ci constituait encore une classe ascendante. Tels sont les caractères et les limites de la présente révolution déclenchée en Haute-Volta depuis le 4 août 1983.

En avoir une claire perception et une définition exacte de son contenu nous prémunit des dangers de déviation et des excès qui pourraient porter préjudice à la marche victorieuse de la révolution. Que tous ceux qui ont pris fait et cause pour la révolution d’août se pénètrent de la ligne directrice ainsi dégagée en vue de pouvoir assumer leur rôle de révolutionnaires conscients et, en véritables propagandistes intrépides et infatigables, en fassent une diffusion au sein des masses. Il ne suffit plus de se dire révolutionnaire, il faut en plus se pénétrer de la signification profonde de la révolution dont on est le fervent défenseur.

Les Comités de défense de la révolution

C’est le meilleur moyen de mieux la défendre contre les attaques et les défigurations que les contre-révolutionnaires ne manqueront pas de lui opposer. Savoir lier la théorie révolutionnaire à la pratique révolutionnaire sera le critère décisif permettant désormais de distinguer les révolutionnaires conséquents de tous ceux qui accourent à la révolution mus par des mobiles étrangers à la cause révolutionnaire. De la souveraineté du peuple dans l’exercice du pouvoir révolutionnaire Un des traits distinctifs de la révolution d’août, avons-nous dit, et qui lui confère son caractère populaire, c’est qu’elle est le mouvement de l’immense majorité au profit de l’immense majorité.

C’est une révolution faite par les masses populaires voltaïques elles-mêmes avec leurs mots d’ordre et leurs aspirations. L’objectif de cette révolution consiste à faire assumer le pouvoir par le peuple.

C’est la raison pour laquelle le premier acte de la révolution, après la Proclamation du 4 août, fut l’appel adressé au peuple pour la création des Comités de défense de la révolution (CDR). Le CNR a la conviction que pour que cette révolution soit véritablement populaire, elle devra procéder à la destruction de la machine d’État néocoloniale et organiser une nouvelle machine capable de garantir la souveraineté du peuple. La question de savoir comment ce pouvoir populaire sera exercé, comment ce pouvoir devra s’organiser, est une question essentielle pour le devenir de notre révolution.

L’histoire de notre pays jusqu’à nos jours a été essentiellement dominée par les classes exploiteuses et conservatrices qui ont exercé leur dictature anti-démocratique et antipopulaire, par leur mainmise sur la politique, l’économie, l’idéologie, la culture, l’administration et la justice. La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature antidémocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire.

Un Paradis perdu

Ce pouvoir démocratique et populaire sera le fondement, la base solide du pouvoir révolutionnaire en Haute-Volta. Elle aura pour tâche primordiale la reconversion totale de toute la machine d’État avec ses lois, son administration, ses tribunaux, sa police, son armée qui avaient été façonnés pour servir et défendre les intérêts égoïstes des classes et couches sociales réactionnaires. Elle aura pour tâche d’organiser la lutte contre les menées contrerévolutionnaires de reconquête du « paradis perdu » en vue d’écraser complètement la résistance des réactionnaires nostalgiques du passé.

Et c’est là que résident la nécessité et le rôle des CDR, comme point d’appui des masses populaires à l’assaut des citadelles réactionnaires et contrerévolutionnaires. Pour une juste compréhension de la nature, du rôle et du fonctionnement des CDR L’édification de d’État de démocratie populaire qui est l’objectif final de la révolution d’août n’est pas et ne sera pas l’oeuvre d’un seul jour. C’est une tâche ardue qui exigera de nous des sacrifices énormes. Le caractère démocratique de cette révolution nous impose une décentralisation et une déconcentration du pouvoir administratif afin de rapprocher l’administration du peuple, afin de faire de la chose publique une affaire qui intéresse tout un chacun.

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