
A Dakar, le président du Parlement quitte son poste 48 heures après le limogeage de Sonko. C’est le nouveau rebondissement que connait la vie politique sénégalaise. Ce dimanche 24 mai 2026 en fin de journée, Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a annoncé sur les réseaux sociaux sa démission.
Une décision intervenue deux jours après que le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko. Dans un climat déjà tendu, ce départ précipité ouvre la voie à une recomposition des postes clés.
« Une décision mûrie dans le silence »
Dans un message publié sur sa page Facebook, Malick Ndiaye a expliqué son choix. « Après une profonde réflexion, mûrie dans le silence, la responsabilité et le sens de l’État, j’ai décidé de démissionner de mes fonctions de président de l’Assemblée nationale du Sénégal », écrit celui qui est également porte-parole du parti Pastef. Il précise qu’il s’agit d’un « choix personnel, guidé avant tout par ma conception des institutions, de la responsabilité publique et de l’intérêt supérieur de la Nation ». Aucune autre justification n’a été fournie. L’intéressé affirme vouloir poursuivre son engagement au service du pays, sans toutefois dévoiler ses prochaines orientations. Élu le 2 décembre 2024 à la tête de la 15e législature avec 134 voix sur 163 votants, Malick Ndiaye, âgé de 41 ans, était devenu le plus jeune président de l’histoire de l’Assemblée nationale sénégalaise. Il avait auparavant occupé le poste de ministre des Transports. Son départ, aussi soudain que solennel, laisse l’hémicycle sans chef.
La démission de Malick Ndiaye est indissociable de l’événement qui l’a précédée.
Vendredi 22 mai au soir, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre. L’ensemble du gouvernement a été renvoyé. Les relations entre les deux hommes, longtemps présentés comme des compagnons de lutte inséparables, s’étaient progressivement dégradées. Ameth Dieng, membre de la coalition Diomaye Président, confie : « On a essayé de pousser au maximum une collaboration qui s’est avérée difficile dès les premiers jours. Le président a été calme pendant peut-être 18 mois, et même plus. Il y avait une tension dans l’air. Le Premier ministre a assumé qu’il y avait des divergences. Il n’y a pas eu une seule sortie où il n’a pas dit clairement qu’il n’était pas d’accord avec le président. » Désormais, chacun trace sa propre route. Le limogeage de Sonko accélère une recomposition du paysage politique sénégalais, avec en ligne de mire les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029. La coalition Diomaye Président reconnaît que les divergences étaient profondes et que gouverner ensemble était devenu impossible.
Sonko à l’Assemblée ? Une hypothèse qui prend corps
La démission de Malick Ndiaye porte en elle une question : qui va lui succéder ? Une réunion d’urgence du bureau de la chambre basse avait été convoquée plus tôt dans l’après-midi du 24 mai, selon notre correspondante à Dakar. Tout porte à croire que ce départ volontaire laisse la place à Ousmane Sonko. L’ancien Premier ministre, dont le parti Pastef est majoritaire à l’Assemblée, pourrait ainsi prendre la tête de l’hémicycle. Encore lui faudrait-il regagner son siège de député, obtenu lors des élections législatives de 2024 mais suspendu au moment de son entrée au gouvernement. Rien ne l’en empêche désormais. Cette hypothèse, largement commentée dans les cercles politiques dakarois, donnerait une tout autre dimension à la crise actuelle. Plutôt qu’une simple rupture, on assisterait à une redistribution des cartes : le président Faye à la tête de l’exécutif, Sonko au perchoir. Deux pôles, une même majorité, mais des ambitions qui pourraient s’affronter à nouveau.
Qui va lui succéder ? Le président Faye à la tête de l’exécutif, Sonko au perchoir
Les signes avant-coureurs ne manquaient pas. Dès les premiers mois de la cohabitation entre Faye et Sonko, des désaccords ont filtré sur la gestion des affaires courantes, les nominations et la stratégie politique. Le président, élu sur une promesse de rupture, a parfois semblé freiner les ardeurs de son turbulent Premier ministre. Ce dernier, figure charismatique et tribun populaire, n’a jamais caché ses vues sur l’avenir. La démission de Malick Ndiaye, fidèle parmi les fidèles de Sonko, apparaît comme une pièce de plus sur l’échiquier. En libérant le perchoir, il offre à son mentor une tribune de premier ordre. Reste à savoir si les députés Pastef, disciplinés, joueront le jeu jusqu’au bout. « Le jeu politique va être redéfini », résume Ameth Dieng. Les prochains jours diront si Ousmane Sonko accepte de troquer la primature contre la présidence de l’Assemblée nationale. Le paysage politique sénégalais, que l’on croyait stabilisé après l’alternance de 2024, entre dans une phase d’incertitude. Et ce n’est peut-être que le début. La balle est désormais dans le camp des députés, qui devront élire un nouveau président.


