Les résultats des tests de dépistage du VIH pratiqués sur Dabakh, employé de la tiktokeuse Mame Ndiaye Savon, et sur le tailleur Zo Baldé sont revenus positifs, d’après des sources médicales citées par Seneweb.
Ces analyses ont été effectuées dans le cadre d’une délégation judiciaire émise par le juge d’instruction du premier cabinet du Tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye et exécutée par la Brigade de recherches de Keur Massar.
Des tests décisifs pour l’enquête
Les enquêteurs avaient adressé une réquisition à une structure sanitaire afin de faire examiner les deux mis en cause, déjà placés en garde à vue dans le cadre d’une vaste enquête sur la transmission volontaire du VIH. Les résultats, confirmant leur séropositivité, constituent désormais une pièce centrale du dossier judiciaire ouvert contre eux.
L’étau s’est ainsi resserré autour de Dabakh et de Zo Baldé, tous deux cités dans un dossier plus large qui a déjà conduit à l’interpellation de plusieurs personnes soupçonnées d’avoir sciemment exposé leurs partenaires au virus, notamment dans la zone de Keur Massar.
Requalification des charges : la lourde infraction de transmission volontaire
À la suite de ces résultats, les deux suspects sont désormais poursuivis pour transmission volontaire du VIH/sida, une incrimination prévue par la loi sénégalaise. La loi n° 2010‑03 du 9 avril 2010 relative au VIH/sida prévoit, en son article 36, des peines de cinq à dix ans d’emprisonnement, assorties d’une amende de deux à cinq millions de francs CFA, contre toute personne qui, connaissant son statut sérologique positif, a volontairement des rapports non protégés dans l’intention de transmettre le virus.
Ce cadre est complété par les dispositions du Code pénal sur les atteintes à l’intégrité physique, qui peuvent être mobilisées lorsque la mise en danger d’autrui est constituée par imprudence ou négligence. Dans l’affaire de Keur Massar, les enquêteurs cherchent à établir si les mis en cause avaient conscience de leur séropositivité et s’ils ont poursuivi des relations sexuelles non protégées sans informer leurs partenaires.
Un dossier emblématique d’un phénomène plus large
Cette affaire intervient dans un contexte où la Brigade de recherches de Keur Massar a déjà démantelé un réseau impliqué dans la transmission volontaire du VIH, avec l’interpellation d’au moins douze personnes entre le 4 et le 6 février 2026. Certaines d’entre elles auraient utilisé les réseaux sociaux pour attirer des partenaires, tout en sachant qu’elles étaient séropositives.
Les autorités judiciaires et sécuritaires poursuivent leurs investigations pour mesurer l’ampleur du phénomène, identifier d’éventuels autres complices et établir le nombre de victimes potentielles exposées au virus. Le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS) a d’ailleurs rappelé, dans une note récente, que le dépistage en milieu carcéral repose sur le volontariat, le counseling et la confidentialité, en insistant sur la nécessité d’éviter toute stigmatisation des personnes vivant avec le VIH.
Enjeux de santé publique et prudence médiatique
Au‑delà du retentissement médiatique de l’affaire, ce dossier remet au premier plan les enjeux de santé publique liés à la prévention, au dépistage et au respect des droits des personnes vivant avec le VIH au Sénégal. Les autorités sanitaires et les acteurs de la lutte contre le sida alertent régulièrement sur le risque de stigmatisation, qui peut freiner le recours au dépistage volontaire et compliquer la prise en charge.
Dans le même temps, les faits reprochés à Dabakh et à Zo Baldé relancent le débat sur la responsabilité pénale de ceux qui exposent délibérément autrui au virus, et sur la manière de concilier protection des victimes, secret médical et droits fondamentaux des personnes séropositives. Les suites judiciaires de cette affaire, suivie de près par l’opinion publique, pourraient ainsi faire jurisprudence et influencer la manière dont la justice sénégalaise interprète et applique la loi sur la transmission volontaire du VIH.



