En 2024, les exportations africaines de cacao biologique ont chuté de plus de 22 %, mais le continent conserve sa suprématie mondiale sur ce marché de niche en pleine mutation réglementaire. L’Afrique, pilier de l’offre mondiale de cacao, continue de dominer la filière biologique, bien que le secteur ait traversé une année difficile. D’après le dernier rapport The World of Organic Agriculture publié par l’Institut de recherche sur l’agriculture biologique (FiBL), les pays africains ont exporté 22 467 tonnes de cacao bio en 2024, contre plus de 29 000 tonnes l’année précédente — une baisse de 22,65 %.
Cette contraction coïncide avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement biologique de l’Union européenne, qui impose désormais aux producteurs des pays tiers de se conformer aux mêmes standards que leurs homologues européens. La disparition progressive du système d’équivalence, qui facilitait auparavant les exportations vers l’UE, a mis à l’épreuve nombre d’acteurs africains, confrontés à des coûts de certification et de mise en conformité plus élevés.
La Sierra Leone en tête du peloton africain
Dans ce contexte difficile, la Sierra Leone tire son épingle du jeu, s’ordonnant comme le principal exportateur africain de cacao bio avec 9 177 tonnes de fèves expédiées vers le marché européen, soit près de 46 % des surfaces cultivées bio du continent. Le pays ouest-africain devient ainsi le deuxième exportateur mondial, derrière la République dominicaine (9 980 tonnes).
Derrière elle, la République démocratique du Congo (4 609 tonnes) et l’Ouganda (4 580 tonnes) réalisent le podium. Ces volumes, quasiment équivalents, traduisent la montée en puissance progressive de l’Afrique de l’Est sur le segment bio, soutenue par des initiatives locales de certification et de commercialisation durable.
Plus loin dans le classement, Sao Tomé-et-Principe et Madagascar confirment leur vocation ancienne de producteurs de cacao qualitatif, dépassant chacune le seuil symbolique des 1 000 tonnes exportées. À l’inverse, le Cameroun ferme la marche d’un marché africain où une dizaine de pays restent actifs.
Un marché mondial en recomposition
Malgré la baisse de ses volumes, l’Afrique reste la première région exportatrice mondiale de cacao biologique, représentant 53,3 % des expéditions mondiales, soit plus que le double des exportations d’Amérique latine (19 560 tonnes). Ce leadership, toutefois, pourrait être mis à l’épreuve si la mise à niveau réglementaire européenne n’est pas rapidement maîtrisée.
Les experts estiment que l’adaptation aux nouvelles normes européennes pourrait également ouvrir des opportunités d’accès à des marchés à plus forte valeur ajoutée, à condition d’investir dans la traçabilité, la certification et la formation des producteurs.
« La transition imposée par Bruxelles est coûteuse, mais elle peut devenir un levier de compétitivité à long terme pour les filières africaines », commentent des acteurs du secteur, rappelant que la demande mondiale de cacao bio continue de croître, notamment en Europe et en Amérique du Nord.



