C’est une page noire qui se tourne dans le monde des affaires ouest-africain. Apollinaire Compaoré, opérateur économique burkinabè, est décédé ce jeudi 14 mai 2026. L’homme d’affaires, autodidacte, était âgé de 72 ans.
Plusieurs médias ont salué la mémoire de ce bâtisseur discret mais influent, dont l’empire s’étendait des télécommunications à la banque, en passant par les transports et les assurances. Retour sur un parcours qui force l’admiration.
Du coq de Koassa à l’empire Planor, un parcours hors du commun
Né le 19 juillet 1953 à Koassa, dans une famille paysanne modeste, Apollinaire Timpiga Compaoré n’a rien reçu sur un plateau. À 13 ans, il quitte son village natal pour Ouagadougou. La légende raconte qu’il ne possédait alors qu’un seul coq. Il obtient son premier emploi comme employé de maison, payé 1.500 francs CFA par mois. Deux ans plus tard, il plaque tout et rejoint la rue, vivant de petits boulots, dont celui de collecteur de pneus pour charrettes et vélos. Il devient vendeur de billets de loterie, une activité qui lui permet de gagner jusqu’à 30.000 francs CFA par mois. Il économise patiemment et, au début de l’année 1973, dispose d’un capital d’environ 750.000 francs CFA. De quoi se lancer dans l’achat et la revente de motos. En 1978, il fonde Volta Moto, qui deviendra plus tard Burkina Moto. Il représente les marques Kawasaki et Yamaha ainsi que les pneus Bridgestone. Le succès est immédiat. Il crée ensuite Burkina Transport en 1986, une société dédiée à l’approvisionnement en carburant. L’entreprise compte bientôt une flotte d’une trentaine de camions. Pendant dix ans, Apollinaire Compaoré diversifie ses activités. En 1996, il fonde SODICOM, une société de distribution de produits de grande consommation, et SOBUREX. En 2001, il se lance dans le crédit à la consommation en rachetant la Société burkinabè d’équipement.
Son empire, estimé à près de 151 milliards de francs CFA, génère plus de 30 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires annuel et crée plus de 2.000 emplois directs et indirects.
Télécoms, , assurances, les multiples facettes d’un investisseur
En 2002, il crée le groupe Planor, une holding qui regroupe aujourd’hui une quinzaine de sociétés présentes au Burkina Faso, au Mali et en Côte d’Ivoire. Parmi elles, Wendkuni Bank International (WBI), UAB Assurances, Burkina Moto, Faso Crédit, Burkina Transport, SODICOM, ou encore Garage Madelaine. Les activités bancaires de WBI ont été lancées en juin 2018 et celles de Faso Crédit, société de microfinance, en juin 2023. Apollinaire Compaoré a également été un acteur majeur du secteur des assurances, avec des participations dans la Société nationale d’assurance (SONAR) et UAB Assurances. Vice-président de la Chambre de commerce du Burkina en 1986 et 2002, il a présidé le Conseil national du patronat burkinabè (CNPB) en 2018. Le président actuel de la Confédération générale des entreprises du Burkina (COGEF), Idrissa Nassa, lui a d’ailleurs adressé ses profondes condoléances, saluant la mémoire d’un prédécesseur respecté.
Un actionnaire minoritaire historique de MTN Côte d’Ivoire
C’est dans le secteur des télécommunications que l’empreinte d’Apollinaire Compaoré restera la plus visible. En 2004, il devient actionnaire minoritaire de MTN Côte d’Ivoire, détenant 26 % des parts. Cette participation, acquise via son holding Planor, lui confère une influence discrète mais réelle dans l’un des plus grands opérateurs de téléphonie mobile d’Afrique de l’Ouest. Parallèlement, il se lance dans l’aventure Telecel. Après un partenariat conflictuel avec Atlantic Télécom, il remporte un procès en 2008 et devient l’unique propriétaire de Telecel Faso, troisième opérateur mobile du Burkina Faso. En 2013, il obtient une licence de téléphonie mobile au Mali, créant Atel SA sous la marque Telecel, pour une durée de quinze ans. En 2024, Telecel Faso a lancé son service Mobile Money, concurrençant directement les géants français et marocain. Commandeur de l’Ordre national burkinabè depuis 2015, Apollinaire Compaoré a été élevé à la dignité de Grand Officier de l’Ordre de l’Étalon en 2019. Il était également président du conseil d’administration du groupe Planor et président d’honneur de la COGEF. Son empire, estimé à près de 151 milliards de francs CFA, génère plus de 30 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires annuel et crée plus de 2.000 emplois directs et indirects. Apollinaire Compaoré laisse derrière lui une leçon d’humilité et de ténacité. Parti de rien, il a su transformer chaque défi en opportunité. La communauté des affaires ouest-africaine perd l’un de ses bâtisseurs les plus discrets, mais aussi l’un des plus inspirants.



