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Cameroun: Ange Kayifa, l’art de dire non aux violences contre les femmes

Comment aborder les violences faites aux femmes par le biais de l’art ? Ange Kayifa, 25 ans, livre des œuvres coup de poing, dans des musées, des galeries ou sur les réseaux sociaux. L’artiste camerounaise fait partie des lauréats du programme « Trames » qui permet à des artistes francophones de bénéficier d’une résidence à la Cité internationale des arts à Paris.

Pour Ange Kayifa, l’art est une thérapie. La violence, elle l’a éprouvée dans sa chair, victime, il y a quelques années, des agissements de son compagnon : « Il y a beaucoup de cultures ou de tribus, notamment ou Cameroun, où on te dit que si un homme ne te frappe pas, c’est qu’il ne t’aime pas. ».

La police, les associations d’aide aux victimes, n’ont pas été d’un grand secours pour Ange Kayifa : « La société est tellement pourrie et patriarcale que ces mêmes personnes qui sont censées nous protéger sont en fait ancrées dans cette violence. »

Pour Ange Kayifa, qui expose à Brazzaville, Canton, ou Marseille, les artistes peuvent changer les choses. Sa première performance s’intitulait « Marionnette » : « Marionnette c’est une femme qui se retrouve dans une cage, qui est reliée à des fils qui sortent de cette cage. Pendant la performance justement, il y a des personnes dans le public qui tirent sur ces cordes. »

Ange Kayifa s’intéresse en ce moment au buto, danse japonaise qualifiée de « danse de l’obscur ». L’artiste camerounaise reste persuadée que la beauté peut jaillir des ténèbres.
Au Cameroun, une femme sur deux est victime de violences

Les lois pour protéger les femmes et les défendre existent, mais elles ne sont pas appliquées, explique Aissa Doumara. Elle est présidente de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes : une association qui offre un appui médical, juridique et social aux femmes et aux filles battues ou violentées.

« Environ 52 % des femmes camerounaises vivent des violences. Il y a beaucoup d’organisations qui travaillent au côté de l’État pour que ce fléau puisse finir. Si on arrive à mettre en application les lois de notre pays qui sont très bonnes, nous avons l’espoir que les choses vont s’apaiser. Les lois ne peuvent pas s’exécuter toutes seules, les efforts doivent être faits au niveau de ceux qui disent la loi, au niveau des politiques également, mais également au niveau des autorités traditionnelles religieuses, des hommes et des garçons ainsi que des femmes et des filles aussi. Cette idéologie patriarcale doit pouvoir cesser, également les pratiques culturelles néfastes qui contribuent fortement à ce que les violences soient pérennisées et qu’elles subsistent malgré le fait qu’il y ait des lois. »

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