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Centrafrique: Un policier tué par un élément de Wagner à Bangui

La mort d’un policier ravive les tensions autour de la présence russe. A Bangui, la colère gronde dans les rangs nationaux. Un témoignage accuse Wagner et interroge le silence officiel. La mort d’un policier de l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB) provoque une vive émotion au sein de la Police nationale centrafricaine.

Selon le témoignage d’un gardien de la paix recueilli sous couvert d’anonymat par Corbeau News Centrafrique (CNC), le fonctionnaire aurait été assassiné après avoir été enlevé par des éléments du groupe paramilitaire russe Wagner. Depuis plusieurs jours, la tension est palpable dans les commissariats de la capitale. Les collègues du policier évoquent un climat lourd, fait d’indignation et d’incompréhension.

Un enlèvement suivi de silence
D’après le récit livré par ce policier, les faits remontent au 15 décembre dernier. Des agents détachés à l’OCRB auraient été interpellés par des hommes présentés comme appartenant au groupe Wagner. Emmenés vers un site décrit comme contrôlé par ces derniers, ils seraient restés injoignables pendant plus d’un mois. « Les familles n’avaient aucune nouvelle », confie le témoin. Les proches multiplient alors les démarches auprès de la hiérarchie policière pour obtenir des informations. Sans réponse claire, selon lui. Le 30 janvier, la direction générale de la police aurait contacté la famille de l’un des agents pour lui annoncer son décès. Toujours selon ce témoignage, une somme d’un million de francs CFA aurait été remise afin de préparer les obsèques. Le corps, en revanche, n’aurait pas été immédiatement restitué. « Si un policier est mort, la moindre des choses est d’expliquer les circonstances et de remettre le corps à la famille », insiste le gardien de la paix. Pour lui, la manière dont l’annonce a été faite a accentué la colère dans les rangs.

Si un policier est mort, la moindre des choses est d’expliquer les circonstances et de remettre le corps à la famille
Au sein de la police, l’affaire suscite un malaise profond. Le témoin évoque une exaspération grandissante face à ce qu’il présente comme des abus répétés imputés aux mercenaires russes. Il affirme que des militaires auraient déjà été victimes de violences dans certaines villes de province. À Bangui, dit-il, des civils et des membres des forces de sécurité auraient été interpellés puis conduits dans des lieux considérés comme hors du contrôle des autorités nationales. Le quartier PK5, dans le 3ᵉ arrondissement, est cité comme exemple. Selon lui, plusieurs anciens miliciens intégrés à l’armée y auraient perdu la vie dans des circonstances similaires. Ces accusations n’ont pas fait l’objet de confirmation officielle indépendante au moment de la publication du témoignage. Mais elles traduisent un sentiment d’impuissance partagé par certains membres des forces nationales.

« Nos institutions sont à la botte de Wagner »
Le policier interrogé ne mâche pas ses mots. « Nos institutions sont toutes à la botte de Wagner », affirme-t-il. Il décrit des services incapables, selon lui, de demander des comptes ou d’assurer la protection de leurs propres agents. À l’entendre, les familles des policiers enlevés auraient sollicité à plusieurs reprises la direction générale pour connaître le lieu de détention et les raisons de l’arrestation. Elles se seraient heurtées à un silence prolongé. « Aucune institution n’est indépendante », poursuit-il, estimant que la présence russe s’accompagne d’une influence qui dépasse le cadre sécuritaire. Ces propos traduisent un malaise plus large dans un pays où les autorités ont fait appel, ces dernières années, à des instructeurs et partenaires russes pour soutenir l’armée face aux groupes armés.

Le rôle du ministère en question
Le témoignage pointe également la responsabilité du ministère de la Sécurité publique, censé veiller à la protection des forces de police. « Si un policier est en danger dans l’exercice de sa fonction, l’institution doit intervenir », estime le gardien de la paix. Il rappelle que la République centrafricaine se définit comme un État de droit et que les forces nationales devraient bénéficier de garanties claires. Dans son propos, il qualifie les éléments de Wagner de « rebelles », considérant qu’ils n’appartiennent pas aux forces régulières du pays. Il reproche aux autorités de leur avoir laissé une liberté d’action excessive. Ces déclarations reflètent un climat de défiance, mais elles ne constituent pas en elles-mêmes une preuve des faits allégués. Les autorités centrafricaines n’ont pas, à ce stade, réagi publiquement aux accusations précises contenues dans cette interview. Le témoin en appelle directement au président Faustin-Archange Touadéra. Selon lui, c’est au chef de l’État qu’il revient de clarifier les responsabilités et d’apporter des réponses. « Le président doit prendre sa responsabilité », dit-il, estimant que la situation devient difficilement supportable pour les forces de sécurité.

Dans un contexte où la Centrafrique demeure confrontée à des défis sécuritaires majeurs, la coopération avec la Russie a été présentée par le pouvoir comme un levier pour restaurer l’autorité de l’État. Mais ce témoignage met en lumière des interrogations persistantes sur les modalités de cette collaboration. L’assassinat présumé de ce policier intervient dans un climat politique et sécuritaire déjà fragile. À Bangui, la rumeur circule vite et alimente les tensions. Au sein de la Police nationale, plusieurs agents redoutent que l’absence d’explications précises ne fragilise davantage la cohésion des forces. Pour certains, il devient urgent d’établir les faits et de faire toute la lumière sur les circonstances du décès. En attendant, la parole de ce gardien de la paix, relayée par la presse locale, trouve un écho au-delà des casernes. Elle traduit une inquiétude réelle quant à l’équilibre des pouvoirs et à la capacité des institutions à protéger leurs propres agents. Dans un pays où la stabilité demeure précaire, chaque incident de ce type pèse lourdement sur la confiance entre les forces de sécurité et ceux qui les dirigent.

 

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