A 43 ans, l’homme veut devenir le prochain président de la République du Congo. Uphrem Dave Mafoula, fondateur et président du parti Les Souverainistes, est vraisemblablement candidat à l’élection présidentielle des 12 et 15 mars 2026. C’est la deuxième fois qu’il tente sa chance après un premier essai en 2021 où il avait obtenu moins de 1 % des voix. Cette fois, il compte bien faire mieux.
Né le 29 septembre 1982 à Brazzaville, Dave Mafoula s’est engagé en politique par le biais des mouvements de jeunesse et d’initiatives citoyennes. En 2016, il fonde Les Souverainistes, un parti d’opposition qui développe un discours axé sur la souveraineté nationale, la réforme de l’État et la gouvernance. Depuis, il multiplie les activités politiques, notamment à travers le « Mbongui Tour », des rencontres citoyennes organisées dans différentes localités du pays.
Un parcours jalonné de candidatures et de recours
Pour la présidentielle du 15 mars 2026 , Dave Mafoula n’en est pas à son premier test électoral. En 2017, il se présente aux législatives dans la circonscription de Loukoléla. À l’issue du contrôle, il a saisi la Cour constitutionnelle pour contester les résultats. Même scénario en 2022, lors des législatives dans la première circonscription de Mossaka, où il affronte Oscar Otoka avant de déposer un recours en annulation. En 2021, il est candidat à la présidentielle, attirant l’attention des médias en raison de son jeune âge parmi les prétendants. Quatre ans plus tard, en 2025, il se déclare à nouveau candidat pour l’échéance de 2026, bien décidé à peser dans le débat politique national. Son positionnement ? Une orientation de droite, favorable à l’économie de marché et à l’initiative privée. Son discours porte principalement sur la souveraineté nationale, la réforme des institutions et les questions économiques. Un discours qu’il décline désormais dans un projet de société intitulé « Pacte républicain pour le nouveau départ ».
Comment accepter qu’au XXIe siècle, des Congolais soient ainsi isolés de leur propre pays, comme s’ils réussissent sur un territoire étranger ?
Pour cette deuxième campagne, Dave Mafoula a choisi une stratégie de terrain. Parti de Brazzaville, il a mis le cap sur Impfondo, dans le département de la Likouala, au nord du pays. Près de trente heures de route sur des voies difficilement praticables. Un choix symbolique : montrer qu’il n’oublie personne, et surtout pas les populations isolées. « Le départ nouveau que je propose, c’est justement cela : réparer les injustices territoriales, reconstruire l’État, et redonner à chaque Congolais le même respect, la même dignité, où qu’il vive sur notre sol », a-t-il expliqué aux habitants d’Impfondo. Le candidat s’est dit atterré par l’état des routes empruntées pour débuter sa campagne. « Comment accepter qu’au XXIe siècle, des Congolais soient ainsi isolés de leur propre pays, comme s’ils réussissent sur un territoire étranger ? » at-il impliqué, promettant de faire de l’aménagement des axes routiers son cheval de bataille en cas de victoire. Après Impfondo, le candidat des Souverainistes s’est rendu à Ouesso et à Pokolo, dans le département de la Sangha. Partout, il a mobilisé les foules autour de son projet de société.
Un « Pacte républicain » en soixante engagements
Le programme de Dave Mafoula repose sur vingt-deux axes stratégiques déclinés en soixante engagements. Il a été conçu après trois années de concertations citoyennes à travers le « Mbongui Tour ». L’ambition est de placer l’homme et la dignité humaine au cœur de l’action publique. Le « Pacte républicain » se présente comme une refondation en profondeur de l’État congolais, privilégiant la démocratie, la justice sociale, le développement économique et la cohésion nationale. Le candidat souligne les immenses potentialités du pays, qui manquent selon lui « d’un homme politique capable de le transformer correctement ». Sur le plan institutionnel, Dave Mafoula propose une grande réforme constitutionnelle prenant en compte les réalités socio-culturelles et politiques. Il veut rééquilibrer les pouvoirs, moraliser la vie publique et garantir l’effectivité des droits fondamentaux . Il s’engage également à revoir la durée et le nombre de mandats du président de la République, en proposant un mandat unique de sept ans non renouvelable pour promouvoir l’alternance politique. Le candidat des Souverainistes avance plusieurs mesures concrètes : la création d’un Conseil national de dialogue politique chargé de prévenir et gérer les conflits, la relecture du code électoral, la révision du montant de la caution de candidature à la présidentielle, jugée trop élevée. Il promet aussi de refuser la marchandisation de l’éducation, de la culture et de la santé, de protéger les biens collectifs comme l’eau, la biodiversité et l’énergie, et de reconnaître le service public comme élément essentiel de la citoyenneté.
Des péréquations sociales et territoriales sont prévues pour garantir l’égalité de traitement des usagers et la fourniture des services publics à moindre coût. « Ma candidature est celle du nouveau départ, de l’unité, du travail et du progrès », a lancé Dave Mafoula à Pokolo. « Une fois élu, ma première promesse est d’organiser un dialogue avec tous les Congolais, afin de se pardonner les uns et les autres ». Le 15 mars, Dave Mafoula affrontera six autres candidats, dont le président sortant Denis Sassou-Nguesso . Âgé de 82 ans, cumulant plus de quarante années au pouvoir, ce dernier, brigue probablement son dernier mandat, si l’on s’en tient à la Constitution de 2015. Le défi est de taille pour l’opposant de 43 ans, benjamin des candidats à la présidentielle 2021. Mais Dave Mafoula veut y croire. Son discours de rupture, axé sur la justice territoriale et la refondation de l’État, trouve un écho dans certaines régions, notamment dans le nord où il poursuit actuellement sa campagne. Après la Sangha, le candidat doit se rendre dans le département de la Cuvette, dont il est originaire, pour continuer à porter son message . Le périple est long, les routes mauvaises, mais l’opposant tient à aller au contact des populations, convaincu que la présidentielle se gagnera aussi sur le terrain.
Un opposant qui a marqué des points par ses prises de position
En janvier 2023, Dave Mafoula s’était fait remarquer en appelant à la libération de deux opposants politiques, André Okombi Salissa et Jean-Marie Michel Mokoko, alors incarcérés. Il avait présenté cette demande comme une mesure susceptible de contribuer à l’apaisement du climat politique national. Depuis, il n’a supprimé de multiplicateur les déclarations et les conférences de presse, intervenant régulièrement dans le débat public sur les questions de gouvernance, d’organisation des institutions et de participation citoyenne. Il s’est également exprimé sur des sujets sociaux, notamment l’inclusion des personnes vivantes avec un handicap. Cette visibilité médiatique, combinée à un travail de terrain à travers le « Mbongui Tour », lui a permis de se constituer une base militante, même si son influence électorale reste à prouver.
Avec son « Pacte républicain », Dave Mafoula propose une vision globale pour le Congo. Reste à savoir s’il parviendra à convaincre au-delà de son cercle de sympathisants. La présidentielle de 2026 s’annonce serrée, et l’opposition reste fragmentée face à un président sortant qui a déjà démontré sa capacité à mobiliser son électorat. L’ancien Benjamin des candidats met sur la lassitude des Congolais après des décennies de pouvoir quasi ininterrompu du même homme. Il mise aussi sur la jeunesse, qui représente une part importante de la population, pour porter son message de renouveau. Reste à savoir si les électeurs se déplacent pour voter, et s’ils font le choix de la rupture plutôt que de la continuité. La réponse tombera dans les urnes, les 12 et 15 mars. En attendant, Dave Mafoula continue de sillonner les routes du Congo, inlassablement, pour tenter de convaincre.



