Un groupe de militaires béninois a annoncé dimanche 7 décembre 2025 avoir « pris ses responsabilités » face aux « multiples dérives » attribuées au gouvernement du président Patrice Talon, dans une déclaration lue à la télévision nationale. Cette annonce intervient dans un contexte politique tendu à quelques mois d’un cycle électoral déterminant pour le pays.
« En ce jour dimanche 7 décembre 2025, nous Forces de défense et de sécurité, après une réflexion bien nourrie et pour donner un repère à notre pays, avons décidé de prendre nos responsabilités suite aux multiples dérives du gouvernement de M. Patrice Talon », a déclaré le porte-parole du groupe.
Ce dernier a annoncé la suspension de la constitution nouvellement adoptée en novembre dernier et la fermeture des frontières jusqu’à nouvel ordre. Un Comité militaire de la Refondation (CMR), dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, prend désormais la direction des affaires, a-t-il ajouté.
Aucune autre information n’a été donnée sur la situation exacte du chef de l’État Patrice Talon.
Une rupture annoncée dans un climat déjà fragilisé
Cette intervention militaire survient alors que la scène politique béninoise était marquée depuis plusieurs mois par une montée des tensions. À l’horizon 2026, le pays doit organiser successivement des élections communales, législatives en janvier, puis la présidentielle en avril, un calendrier qui fait de l’année prochaine l’une des plus sensibles de la décennie.
Depuis la révision constitutionnelle adoptée récemment, la durée des mandats présidentiels et législatifs est passée de cinq à sept ans. Le texte a également entériné la création d’un Sénat, présenté par le gouvernement comme une réforme de « rationalisation » institutionnelle. Mais l’opposition et plusieurs organisations de la société civile y voient une manœuvre pour consolider le pouvoir en place.
Les critiques se sont intensifiées au sein du parti Les Démocrates, dirigé par l’ancien président Boni Yayi. Ce dernier accuse le camp présidentiel d’avoir verrouillé le jeu électoral après le rejet, jugé arbitraire par ses partisans, de candidatures pour la présidentielle. Si le parti est finalement autorisé à participer aux législatives de janvier 2026, le climat politique n’a cessé de se dégrader.
Opposition sous pression, institutions contestées
Les tensions entre pouvoir et opposition avaient atteint un niveau élevé ces dernières semaines. Les Démocrates affirmaient être la cible d’un « resserrement institutionnel » destiné à empêcher une compétition politique équitable. Le gouvernement, pour sa part, défendait ses réformes au nom de la stabilité et de la transparence, notamment budgétaire, l’un des marqueurs du mandat de Patrice Talon.
Plusieurs observateurs soulignaient que le modèle partisan béninois, revu en profondeur lors des précédentes réformes, restait restrictif et constituait un frein supplémentaire au pluralisme politique. La perspective des élections de 2026 n’était donc envisagée qu’à travers un climat de méfiance accrue.
À ces tensions politiques s’ajoutait une détérioration sécuritaire progressive dans le nord du pays, les zones frontalières avec le Burkina Faso, le Niger et le Nigeria étant depuis plusieurs années exposées à la menace des groupes jihadistes opérant dans le Sahel.
Une transition incertaine
L’annonce de ce dimanche marque une étape majeure dans un pays souvent cité pour sa stabilité institutionnelle depuis les années 1990. Jusqu’à présent, le Bénin avait résisté, contrairement à plusieurs voisins de la sous-région, à la vague de coups d’État survenue en Afrique de l’Ouest.
Aucun détail n’était disponible au moment où nous mettions en ligne sur la réaction des autorités légales, l’état des communications gouvernementales ou la situation à Cotonou et dans les grandes villes. Les partenaires régionaux et internationaux n’avaient pas encore officiellement réagi.



