05252022Headline:

Face à la crise, la jeunesse libanaise en quête d’un avenir meilleur à l’étranger

Alors que leur pays s’enlise depuis près de trois ans dans une profonde crise économique, sociale et politique, les jeunes libanais cherchent désespérément à partir à l’étranger pour y faire carrière. Un exode qui laisse peu d’espoir quant à l’avènement d’un réel changement de gouvernance dans le pays.

Le 15 mai se dérouleront au Liban des élections législatives alors que le pays continue de s’enfoncer dans une grave crise économique, sociale et politique. En octobre 2019, le mouvement de protestation populaire contre les élites et la corruption avait suscité une vague d’espoir au sein de la jeunesse du pays. Mais cette mobilisation historique n’a pas permis d’endiguer la lente descente aux enfers du Liban, dont l’effondrement de la monnaie a généré une inflation record.

À l’approche du scrutin, les citoyens ne croient guère à l’avènement d’un réel changement. Désabusés, nombre de jeunes libanais ont tourné le dos à la politique et cherchent désormais avant tout à quitter le pays.
Partir pour fuir “l’inconnu”

Il ne restait qu’une année d’études à Perla pour obtenir sa licence de chimie à l’Université américaine de Beyrouth lorsqu’elle a été acceptée dans une université américaine. Aux États-Unis, le même cursus dure une année de plus. Pourtant, la décision de partir n’a pas été difficile à prendre. En août 2021, Perla a fait ses valises et réservé un billet.

“J’étais prête à faire une année supplémentaire d’études à l’étranger plutôt que de prendre le risque de rester au Liban et d’affronter l’inconnu”, explique-t-elle. “Je retournerais au Liban sans hésiter si je le pouvais, mais j’ai l’intention de faire des études de médecine et le chemin est long. Je préfère commencer le voyage là où mon avenir est plus clair.”

Le cas de Perla n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Une étude dirigée par Suzanne Menhem, professeure adjointe et chercheuse à l’Institut des sciences sociales de l’Université libanaise, et conduite auprès de 1 023 jeunes libanais âgés de 18 à 29 ans, révèle que 75,6 % des sondés espèrent quitter le Liban. Parmi eux, 26,7 % ont préparé, ou sont en train de préparer, leurs papiers d’immigration.

Les données de l’étude, qui devrait être publiée dans une revue universitaire lors des prochaines semaines, ont été recueillies en mars et avril 2021. Suzanne Menhem estime qu’il est très probable que cette tendance se soit encore accentuée depuis, au vu de la détérioration continue de la situation dans le pays.

Pour Joseph Bahout, directeur de l’Institut Issam Fares pour la politique publique et les affaires internationales à l’Université américaine de Beyrouth, l’exode des jeunes diplômés libanais est loin d’être un phénomène nouveau. Mais le mouvement s’est accentué ces dernières années, couplé à un renoncement plus profond envers le Liban. Selon lui, beaucoup de ceux qui partent aujourd’hui “ne veulent pas regarder en arrière”.

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