04222026Headline:

Guinée-Bissau: « assassinat politique » Vigario Luis Balanta retrouvé mort dans les rizières de Ndam Lero


Le militant Vigario Luis Balanta, coordinateur du mouvement citoyen Po di Terra, a été retrouvé mort mardi dans les rizières de Ndam Lero, à une trentaine de kilomètres de Bissau. Son corps portait de multiples blessures à l’arme blanche et deux impacts de balle à la tête, laissant peu de doute sur le caractère exécutif de sa mort. Pour la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’homme (LGDH), il s’agit d’un « assassinat politique » dans un climat déjà marqué par la répression et la peur.

Depuis le coup d’État militaire de novembre 2025, qui a interrompu le processus électoral et placé le général Horta N’Tam à la tête du pays, les tensions n’ont cessé de s’aggraver. Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. Le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a dénoncé un « meurtre brutal » et exigé une enquête « approfondie et impartiale ». Il a par ailleurs alerté sur « la réduction progressive de l’espace civique et démocratique », évoquant détentions arbitraires, intimidations et suspension de médias indépendants.

Jeudi, lors des funérailles du militant, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Bissau pour réclamer justice. Les manifestants, vêtus de tee-shirts à l’effigie du défunt, ont scandé des slogans dénonçant la « dérive militaire » du régime. Mais la marche a rapidement tourné à l’affrontement : les forces de l’ordre ont dispersé la foule à coups de gaz lacrymogène et de matraques, procédant à plusieurs arrestations.

Pour de nombreux observateurs, cette réaction musclée des autorités illustre la dérive autoritaire du pouvoir en place. Depuis la prise du pouvoir par les militaires, la junte a restreint les activités de la société civile et accentué la pression sur les médias indépendants. Vigario Luis Balanta était l’une des rares voix à dénoncer ouvertement ces abus. Quelques jours avant son assassinat, il avait alerté sur des menaces visant sa personne et son entourage, sans qu’aucune mesure de protection ne soit décidée.

« Nous demandons des explications claires sur cet assassinat », a déclaré Abubacar Turé, président de la LGDH, lors d’un forum consacré aux droits humains. L’organisation prévoit de saisir le parquet pour exiger une enquête judiciaire, estimant que « l’impunité ne peut pas devenir la norme ».

Si aucune preuve ne relie directement la junte au meurtre du militant, plusieurs analystes soulignent la responsabilité morale et politique du régime. « Lorsque les défenseurs des droits humains sont menacés sans protection, cela envoie un signal dangereux », estime un analyste basé en Casamance.

Petit État d’Afrique de l’Ouest, la Guinée-Bissau reste prisonnière d’une instabilité chronique : depuis son indépendance en 1974, le pays a connu une succession de coups d’État et de régimes militaires. La junte, qui affirme vouloir restaurer l’ordre constitutionnel, a promis la tenue d’élections présidentielle et législatives le 6 décembre prochain. Mais à en croire nombre d’acteurs de la société civile, les conditions d’un scrutin libre et transparent sont loin d’être réunies.

La mort de Vigario Luis Balanta s’impose désormais comme un symbole tragique des périls encourus par les opposants au pouvoir militaire. Dans un pays où la contestation est réduite au silence, cet assassinat marque une nouvelle étape dans la régression démocratique de la Guinée-Bissau.

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