06132026Headline:

Guinée-Bissau : Double votes, les élections législatives et présidentielles prévues le 23 novembre 2025

En Guinée-Bissau, l’élection présidentielle a lieu ce dimanche 23 novembre 2025 et plus de 860 000 électeurs sont inscrits, dont près de 50 000 au sein de la diaspora, sont appelés aux urnes. Dans ce cours, Umaro Sissoco Embaló se confronte à Fernando Dias, leader d’une alliance indépendante alors que l’opposition se réorganise.

Le vote présidentiel se tiendra en parallèle des législatives. Le président est élu au suffrage universel direct selon un système à deux tours, tandis que les députés sont choisis à la proportionnelle dans 27 circonscriptions. Les partis sont assujettis à intégrer au moins 36 % de femmes sur leurs listes, et la diaspora dispose de deux sièges attribués au scrutin majoritaire simple. Le Premier ministre est issue du parti ou de la coalition majoritaire à l’Assemblée nationale, tandis que le président, malgré ses pouvoirs importants, doit composer avec un régime semi-présidentiel propice aux cohabitations fréquentes.

Une histoire politique qui ne rassure pas
Pour comprendre la tension actuelle, il faut revenir sur plusieurs décennies de crises institutionnelles. Depuis 1980, la Guinée-Bissau a été le théâtre de coups d’État, d’assassinats politiques et de dissolutions parlementaires. L’assassinat de l’ancien président João Bernardo Vieira en 2009 reste l’un des épisodes les plus douloureux et jamais élucidés. Les années suivantes ont été rythmées par des changements fréquents de gouvernement et des rivalités entre chefs d’État et Premiers ministres. En 2020, Umaro Sissoco Embaló s’est proclamé vainqueur d’une présidentielle encore contestée sur le plan judiciaire, renforçant les critiques sur sa prise de pouvoir. L’armée avait alors été déployée autour des institutions, avant que la reconnaissance régionale de son mandat ne rétablisse une partie de la légitimité. Depuis, les dissolutions de l’Assemblée nationale et les rapports électoraux ont contribué à maintenir un climat de méfiance.

Le double vote
Les élections législatives et présidentielles, prévues le 23 novembre, interviennent après près de deux ans de paralysie politique. Umaro Sissoco Embaló brigue un deuxième mandat. Son principal adversaire de 2019, Domingos Simões Pereira (DSP), a été écarté de la course par la Cour suprême, qui a jugé sa candidature déposée hors délai. Le PAIGC, parti dirigé par DSP, également exclu du contrôle législatif, se trouve dans une position délicate. Pour le président sortant, le terrain semble dégagé. Son camp bénéficie d’une coalition de 16 partis et se montre confiant pour le 23 novembre. « Nous sommes très confiants de l’emporter », affirme Soares Sambu, ministre de l’Économie et directeur de campagne. La campagne officielle avait débuté le 1er novembre et s’est close ce vendredi 21.

Face-à-face avec Fernando Dias
Onze candidatures ont été validées par la Cour suprême. Parmi elles , Fernando Dias, issu d’une branche dissidente du Parti pour la rénovation sociale (PRS), se présente en indépendant. La formation de l’ancien président Kumba Yala s’est scindée entre partisans du président et soutiens de Dias. D’autres candidats comme José Mário Vaz, ancien président, et João Bernardo Vieira, neveu de l’ex-chef de l’État Nino Vieira, complètent le tableau. Nuno Gomes Nabiam, troisième homme de la présidentielle de 2019, s’est retiré de dernière minute et soutient désormais le président sortant. La Cour suprême a rejeté la candidature de DSP, ce que le leader du PAIGC conteste vigoureusement. « La Cour suprême est instrumentalisée », affirme DSP, dénonçant un traitement inéquitable. Pour son camp, l’exclusion est un obstacle majeur, mais pas insurmontable. Hélas, le PAIGC et ses alliés espéraient encore un revirement judiciaire, malgré la publication des listes définitives. L’émergence de Fernando Dias offre à l’opposition une possibilité de se recomposer et de proposer une alternative crédible. Issu du PRS et soutenu par certains groupes de la diaspora et de l’armée, Dias bénéficie d’une image d’outsider capable de rivaliser avec Embaló.

Des législatives qui se téléchargent au même moment
Le double contrôle ne se limite pas à la présidentielle. Le PAIGC, exclu des législatives, aurait pu jouer un rôle central dans la recomposition de l’Assemblée nationale. Lors des dernières élections de juin 2023, la coalition Pai-Terra Ranka, dirigée par le PAIGC, avait remporté 54 des 102 sièges. Six mois plus tard, le président Embaló avait dissous le Parlement. Cette fois, l’absence du PAIGC ouvre la voie à une majorité parlementaire plus favorable au président sortant. La Constitution prévoit que le Premier ministre émane du bloc majoritaire, donnant au Parlement un rôle stratégique dans la gouvernance. Un front uni pourrait encore se constituer autour de Fernando Dias, mais tout dépendra des décisions du PAIGC et de ses alliés. « L’histoire de la Guinée-Bissau montre que des surprises sont toujours possibles », note Paulin Maurice Toupane, chercheur à l’Institut d’études de sécurité.

Si l’alliance se concrétise, Dias pourrait constituer un réel contrepoids à Embaló, obligeant le président à mobiliser davantage son électorat et à s’appuyer sur les résultats du premier tour.
Le soutien du PAIGC à Dias reste incertain, mais symboliquement, il serait déterminant. L’ethnie Balante, largement représentée dans l’armée et parmi les électeurs de Dias, pourrait influencer le vote, tandis que le président Embaló, de l’ethnie Peul, concentre son soutien dans d’autres régions du pays. Les manifestations sont rares, et l’armée, longtemps garante d’une influence directe sur le pouvoir, reste prudente. Biaguê Nan Tan, chef d’état-major, a indiqué que les forces armées ne souhaitaient pas intervenir directement, préférant maintenir un rôle de surveillance. Cependant, des arrestations récentes de hauts grades soupçonnés de vouloir déstabiliser le président traduisent une vigilance accrue. Les alliances ethniques et politiques, parfois fragiles, restent un facteur déterminant de la stabilité du pays.

Fernando Dias : Un outsider qui peut bouleverser la course
La candidature de Fernando Dias, 47 ans, a pris de l’ampleur grâce au soutien indirect du PAIGC et à son profil indépendant. Ses rencontres mêlent symboles rouges du PRS et bonnets noirs et blancs liés à l’histoire du PAIGC, montrant une tentative de rassemblement autour d’un discours unificateur. Si l’alliance se concrétise, Dias pourrait constituer un réel contrepoids à Embaló, obligeant le président à mobiliser davantage son électorat et à s’appuyer sur les résultats du premier tour. Ce face-à-face s’inscrit dans un contexte où la stabilité institutionnelle est cruciale. L’enjeu du contrôle présidentiel et législatif influencera le fonctionnement des institutions et la capacité du pays à éviter de nouvelles crises. Le 23 novembre, plus que jamais, la Guinée-Bissau se prépare à un examen sous haute surveillance, avec un président sortant confiant et un outsider capable de surprendre.

What Next?

Recent Articles