05012026Headline:

Guinée équatoriale : La capitale politique n’est plus Malabo, les raisons

La Guinée équatoriale ouvre une nouvelle page de son organisation territoriale. Par une décision officialisée le 2 janvier 2026, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a entériné le transfert de la capitale politique du pays de Malabo vers Djibloho, une localité située au cœur du territoire continental. La loi signée ce jour-là confère à « Ciudad de la Paz », ou Ville de la Paix, le statut de nouvelle capitale, ce qui va entraîner le déplacement progressif du siège du gouvernement et des principales institutions de l’État.

Présentée comme une mesure nationale, cette décision répond, selon les autorités, à la nécessité de désengorger Malabo, confrontée depuis plusieurs années à une forte pression démographique et urbaine. Le pouvoir équato-guinéen met en avant une volonté de redistribution plus équitable des fonctions administratives et politiques, dans un pays où l’activité étatique reste largement concentrée sur quelques pôles.

Une capitale sur un territoire continental
Djibloho, anciennement connue sous le nom d’Oyala, se situe à environ 140 kilomètres de Bata, la capitale économique du pays. Implantée dans une zone forestière longtemps conservée en marge des grands centres urbains, la localité fait partie des nouvelles provinces créées dans le cadre des projets de modernisation lancés grâce aux revenus pétroliers accumulés au cours des deux dernières décennies. La future capitale s’étend sur une superficie de plus de 30 000 hectares et abrite déjà près de 70 000 habitants. Pensée dès l’origine comme une ville administrative, Djibloho dispose d’infrastructures de grande capacité, dont le Grand Hôtel Djibloho, présenté comme l’un des plus vastes établissements hôteliers du continent. À cela s’ajoutent des complexes gouvernementaux, des axes routiers modernes et des équipements en cours de finalisation, notamment l’Université d’Oyala, appelée à devenir un pôle académique majeur. Pour les autorités, la position centrale de Djibloho constitue un atout déterminant. Elle permettrait une meilleure accessibilité depuis l’ensemble des provinces et offrirait des perspectives d’extension urbaine difficiles à envisager à Malabo, située sur l’île de Bioko.

Malabo et Bata face à une croissance rapide
Depuis les années 2000, Malabo et Bata ont connu une croissance urbaine soutenue, alimentée par un afflux constant de populations issues des zones rurales et de petites localités. Cette dynamique s’explique par la concentration des administrations, des services publics, des infrastructures sanitaires et éducatives, mais aussi des opportunités d’emploi, dans ces deux villes. Cette situation a progressivement accentué les déséquilibres territoriaux. Les autorités évoquent une saturation des services de base, des difficultés croissantes en matière de logement, ainsi qu’une pression croissante sur les réseaux de transport et de communication. À Malabo, l’insularité limite par ailleurs les possibilités d’expansion, renforçant les contraintes liées à l’aménagement urbain. Face à ces constats, le transfert de la capitale apparaît, aux yeux du pouvoir, comme un moyen de desserrer l’étau autour de la ville historique, tout en impliquant les disparités entre le continent et l’île de Bioko.

Décentraliser pour l’équité dans le pays
Dans son discours accompagnant la promulgation de la loi, Teodoro Obiang Nguema a insisté sur la nécessité de « déconcentrer et décentraliser les fonctions étatiques ». Selon lui, le déplacement de la capitale vise à favoriser un développement socioéconomique plus harmonieux, en redistribuant les flux administratifs, humains et financiers vers l’intérieur du pays. Le gouvernement estime que la présence des institutions centrales à Djibloho entraînera, par effet d’entraînement, l’implantation de nouvelles activités économiques, la création d’emplois et l’amélioration des infrastructures locales. Cette stratégie s’appuie sur l’idée que l’administration publique reste l’un des principaux moteurs de l’économie nationale. À terme, les autorités entendent ainsi réduire la dépendance excessive à l’égard de Malabo et Bata, tout en renforçant la cohésion territoriale dans un pays marqué par de fortes disparités régionales.

Une ville conçue pour durer
Djibloho n’est pas une création improvisée. Depuis son lancement sous le nom d’Oyala, le projet a suscité des débats, tant sur son coût que sur sa pertinence. Les autorités assurent aujourd’hui que les investissements consentis répondent à une vision de long terme, adaptée aux contraintes démographiques et urbaines futures. La Ville de la Paix a été pensée pour accueillir des institutions étatiques, des résidences administratives, des zones universitaires et des équipements collectifs, dans un cadre présenté comme plus fonctionnel et mieux planifié. Le gouvernement met également en avant des normes de construction modernes et une organisation urbaine censée éviter les désordres observés dans les grandes villes du pays. La capacité de l’État à assurer un déplacement efficace et progressif des institutions, sans rupture dans le fonctionnement administratif, constitue l’un des principaux défis à venir. Par ailleurs, l’impact réel de cette mesure sur la réduction des inégalités régionales dépendra de la mise en œuvre concrète des politiques d’accompagnement, notamment en matière de services publics, d’infrastructures sociales et de mobilité.

What Next?

Related Articles