Une mesure judiciaire suspend, pour 30 jours, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), sur fond de durcissement des rapports entre pouvoir et société civile.
La justice tunisienne a décidé, le 24 avril 2026, de suspendre pour une durée d’un mois les activités de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), l’une des plus anciennes organisations de défense des libertés dans le monde arabe, selon un communiqué de l’organisation.
Fondée en 1976, la Ligue, qui célèbre cette année ses 48 ans d’existence, occupe une place centrale dans le paysage associatif tunisien, notamment depuis sa participation au Quartet du dialogue national, récompensé par le prix Nobel de la paix en 2015.
Prolongeant cette décision, les dirigeants de la LTDH ont dénoncé une mesure « dangereuse et arbitraire », estimant qu’elle constitue une atteinte directe à la liberté d’association.
L’organisation affirme avoir été informée sans justification détaillée et annonce son intention de contester la suspension devant les juridictions compétentes, alors que les autorités évoquent, selon ses responsables, des irrégularités administratives liées notamment aux financements étrangers.
Ce recours à l’argument administratif s’inscrit dans un usage plus large relevé par plusieurs observateurs, qui y voient un levier juridique mobilisé pour encadrer l’activité des organisations critiques. Concrètement, la suspension empêche la Ligue de mener certaines missions sensibles, notamment les visites dans les établissements pénitentiaires, un point jugé crucial alors que les conditions de détention et les poursuites liées à l’expression publique suscitent des préoccupations récurrentes.
L’évolution s’insère dans un climat institutionnel plus tendu depuis 2021, marqué par une concentration des pouvoirs exécutifs et législatifs au niveau de la présidence. Plusieurs organisations de la société civile, allant d’associations féministes à des structures de défense des migrants, ont récemment fait l’objet de mesures similaires, tandis que des journalistes et opposants ont été poursuivis ou interpellés en lien avec leurs prises de position.
Dans le prolongement de cette dynamique, l’arrestation du journaliste Zied Heni le même jour que la suspension de la LTDH illustre la crispation actuelle.
Les autorités tunisiennes rejettent toutefois toute dérive autoritaire et mettent en avant la nécessité de préserver la souveraineté nationale face aux financements étrangers des ONG. Une position qui continue de susciter des interrogations au sein de la communauté internationale, attentive à l’issue de cette suspension judiciaire à l’issue des 30 jours annoncés.



