Va-t-on vers une paix à l’africaine sous l’égide du président Conseil Togolais ? Peu ou prou, Lomé s’active ce samedi 17 janvier sur le front des Grands Lacs. Le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur désigné par l’Union africaine (UA), reçoit une délégation de poids pour discuter de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Les regards se tournent vers la capitale togolaise, où l’agression rwandaise contre son voisin fait les gros titres des médias internationaux. La RDC subit des attaques répétées, et l’UA espère enfin faire entendre sa voix dans ce dossier épineux.
Un casting de médiateurs au complet
Depuis le retrait de l’Angolais João Lourenço en mars 2025, Faure Gnassingbé porte le fardeau du dossier pour l’organisation continentale. Ce sommet de haut niveau prolonge les efforts déjà lancés à Washington et Doha. Il fait écho à la conférence humanitaire de Paris en octobre 2025, copilotée par Gnassingbé, Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron. À l’époque, le Togolais avait poussé pour une réponse africaine centrée sur le développement et le renforcement des aides régionales. En amont, Tshisekedi et Gnassingbé se sont entretenus en tête-à-tête à Lomé. Ils ont passé en revue le conflit RDC-Rwanda, sans langue de bois. Du côté de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL), une réunion des ministres de la Défense à Livingstone, en Zambie, avait sonné l’alarme. Guy Kabongo, vice-Premier ministre congolais et président du comité Défense de la CIRGL, n’y était pas allé par quatre chemins : « La paix ne se regarde pas les bras croisés au nom de calculs politiques ». Il s’est appesanti sur le mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE+), pilier de crédibilité pour la région.
La capitale togolaise bourdonne déjà. Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, est sur place. Avec lui, le panel des facilitateurs : Olusegun Obasanjo (Nigeria), Uhuru Kenyatta (Kenya), Sahle-Work Zewde (Éthiopie), Mokgweetsi Masisi (Botswana) et Catherine Samba-Panza (Centrafrique). Ces figures chevronnées doivent aider Gnassingbé à harmoniser les initiatives internationales. L’enjeu ? Poser les bases d’un calendrier de paix tangible, loin des promesses en l’air. La RDC vit sous tension depuis des années. L’est du pays, riche en minerais, attire les convoitises. Le M23, soutenu par Kigali selon Kinshasa, sème le chaos au Nord-Kivu et Sud-Kivu. Des millions de déplacés fuient les combats. L’UA, souvent reléguée au second plan face à l’ONU ou à l’Union européenne, cherche ici à reprendre la main. Gnassingbé, habitué des coulisses diplomatiques, joue sa partition avec méthode.
Gnassingbé table sur le dialogue franc. Pas de miracles attendus, mais un pas vers la désescalade
Ce rendez-vous tombe à pic. Après Paris, les acteurs veulent passer aux actes. Le Togo, discret mais efficace, offre un terrain neutre. Lomé a l’habitude des sommets délicats. La CIRGL et l’UA misent sur une coordination renforcée. Kabongo l’a rappelé : sans MCVE+ opérationnel, les efforts patinent. Les facilitateurs de l’UA apportent leur expérience. Obasanjo connaît les crises ouest-africaines sur le bout des doigts. Kenyatta a géré les tensions est-africaines. Zewde et Samba-Panza incarnent une voix féminine forte dans la diplomatie. Masisi apporte le regard sud-africain. Ensemble, ils doivent convaincre les parties de lâcher du lest. La RDC accuse le Rwanda d’ingérence directe. Kigali dément, parle de rumeurs. Les faits sur le terrain parlent d’eux-mêmes : villages rasés, populations en fuite. Gnassingbé table sur le dialogue franc. Pas de miracles attendus, mais un pas vers la désescalade. Ce sommet togolais pourrait changer la donne. L’UA veut prouver qu’elle compte. Faure Gnassingbé, en homme de terrain, sait que la paix se bâtit brique par brique. Lomé attend les annonces concrètes. La région des Grands Lacs, elle, guette avec espoir.
Le Togo à la médiation congolaise
L’Union africaine a officiellement désigné, samedi, le président togolais Faure Essozimna Gnassingbé comme médiateur dans la crise opposant la République démocratique du Congo (RDC) au Rwanda. Il succède à l’Angolais João Lourenço, qui pilotait jusqu’ici les efforts de dialogue. Cette décision de la Commission de l’UA reconnaît l’expertise du chef de l’État togolais en diplomatie préventive et résolution de conflits, déjà saluée dans plusieurs processus de paix en Afrique de l’Ouest. La crise entre la RDC et le Rwanda plonge ses racines dans une histoire longue et complexe, marquée par des tensions ethniques, géopolitiques et économiques. Son épicentre se situe dans l’est de la RDC, où opère le mouvement rebelle du M23 (Mouvement du 23 mars). Majoritairement tutsi, ce groupe s’était rebellé en 2012 avant d’être largement démantelé en 2013. Depuis fin 2021, il a repris ses offensives militaires contre l’armée congolaise dans le Nord-Kivu. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23 en lui fournissant armes et appui logistique, ce que le Rwanda dément catégoriquement.
Il devra relancer un dialogue crédible entre les parties, en s’appuyant sur les processus diplomatiques existants, tels que celui de Luanda (Angola) et de Nairobi (Communauté d’Afrique de l’Est).
De son côté, Kigali reproche à la RDC de collaborer avec les FDLR, un groupe armé hostile au régime rwandais. Les violences s’intensifient, provoquant des milliers de déplacés et exacerbant les tensions diplomatiques. C’est dans ce contexte explosif que Faure Gnassingbé entre en scène. Sa mission sera délicate : il devra relancer un dialogue crédible entre les parties, en s’appuyant sur les processus diplomatiques existants, tels que celui de Luanda (Angola) et de Nairobi (Communauté d’Afrique de l’Est). Il lui faudra aussi rassurer sur sa neutralité et obtenir des engagements concrets de désescalade. Avec cette désignation, le Togo consolide son rôle d’acteur discret mais influent dans la gestion des crises africaines. Elle confirme la confiance que ses pairs accordent à Faure Gnassingbé pour son équilibre diplomatique et sa capacité à bâtir des ponts. La tâche est ardue, mais une médiation réussie pourrait offrir un tournant décisif pour la paix dans l’est de la RDC, une région meurtrie depuis des décennies.



