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Niger : Les Eurodéputés exigent la libération immédiate de Mohamed Bazoum et des élections


Près de 36 mois après le coup d’État du 26 juillet 2023, la question de la détention de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum continue d’agiter les instances internationales. Le mercredi 11 mars 2026, le Parlement européen a examiné une proposition de résolution dénonçant son maintien en captivité par la junte du CNSP nigérien et la répression par les autorités militaires. Le texte doit être soumis au vote demain, jeudi.

La résolution, qui s’appuie sur les articles 150 et 136 du règlement intérieur de l’institution, condamne avec la dernière énergie la situation faite à l’ancien chef de l’État et à son épouse, détenue depuis le putsch. Selon les informations disponibles, le couple serait privé d’accès à un avocat, de visites familiales, et ne bénéficierait que de soins médicaux très limités. Depuis plus d’un an, aucune information vérifiable sur leur état n’a été rendue publique.

Une procédure judiciaire aux accents de vengeance
La résolution s’inquiète également de la décision des autorités judiciaires nigérianes de lever l’immunité présidentielle de Mohamed Bazoum. La junte a annoncé son intention de le poursuivre pour haute trahison , une accusation qui pourrait théoriquement aboutir à la peine de mort. Une perspective qui alerte les eurodéputés, d’autant que les conditions de détention et l’absence de garanties procédurales laissent craindre un procès expéditif. Le Parlement européen voit dans ces poursuites une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Il demande donc, sans surprise, la libération immédiate et inconditionnelle de l’ancien président, de son épouse et de toutes les personnes arrêtées lors du coup d’État. Le texte rappelle que le Niger était, avant le putsch, un partenaire de l’UE au Sahel dans divers domaines de coopération. Une coopération aujourd’hui interrompue, avec des conséquences concrètes sur la stabilité régionale.

Les eurodéputés notent que depuis le coup d’État, la situation au Niger s’est aggravée et que les risques pour la sécurité se sont accumulés, notamment le trafic d’êtres humains et d’armes et les flux migratoires irréguliers à travers le Sahel.
Une analyse partagée par de nombreux observateurs, qui constatent que le départ des forces européennes et la rupture des partenariats sécuritaires ont créé un vide propice à l’expansion des groupes djihadistes. Le Niger, qui était jusqu’alors un pilier de la lutte antiterroriste dans la région, est aujourd’hui fragilisé. La résolution dénonce la dérive autoritaire de la junte. La junte s’est engagée dans une répression plus large, imposante des restrictions croissantes aux défenseurs des droits de l’homme, à l’opposition politique, à la société civile et à la liberté des médias , peut-on lire dans le texte. La suspension de la Constitution a éteint les dernières garanties démocratiques. Le Parlement européen condamne fermement cette répression et appelle les autorités nigériennes à accélérer le processus de rétablissement de l’ordre démocratique, y compris le rétablissement des partis politiques et l’organisation d’élections libres et régulières. Un vœu pieux à ce stade, alors que la junte semble au contraire s’installer durablement au pouvoir.

La menace d’un retrait de la CPI
La résolution met également en lumière la dégradation dramatique de la situation humanitaire. Près d’un million de personnes ont été déplacées, et trois millions ont besoin d’une aide d’urgence. Mais l’accès humanitaire a été sévèrement restreint, en raison de la dissolution massive des ONG et de l’expulsion des principaux acteurs internationaux. Les eurodéputés insistent sur l’importance de continuer à fournir et à assurer l’accessibilité de l’aide humanitaire et des services de base de l’UE dans les zones de conflit au Niger. Un appel qui risque toutefois de rester lettre morte tant que les autorités de Niamey maintiendront leur hostilité envers les organisations internationales. Il est également constater l’intention annoncée par le Niger de se retirer de la Cour pénale internationale. Le Parlement européen se déclare profondément préoccupé par cette perspective et “demande instamment aux autorités nigériennes de respecter le droit international. Un tel retrait priverait les victimes de violations des droits humains de toute possibilité de recours judiciaire international, et isolerait un peu plus le Niger sur la scène diplomatique. Il s’établit dans une tendance régionale inquiétante, plusieurs pays du Sahel ayant manifesté leur hostilité envers la CPI.

Le Parlement européen appelle à la synergie
La résolution remplace en effet la situation nigérienne dans un contexte plus large. L’évolution de la situation au Niger s’inscrit dans une tendance régionale plus large et inquiétante à la régression des droits de l’homme au Sahel , souligne le texte. Les eurodéputés établissent un lien direct entre l’absence de légitimité démocratique, la mauvaise gouvernance et l’aggravation de l’insécurité. “La légitimité démocratique, la gouvernance responsable et le respect des droits de l’homme sont essentiels pour lutter contre l’insécurité et protéger les civils” , affirment-ils. In fine, le Parlement européen demande à la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, aux États membres, à l’Union africaine et à la communauté internationale d’intensifier leurs efforts diplomatiques pour obtenir la libération du président Bazoum.

L’Union européenne n’a pas oublié Mohamed Bazoum, et qu’elle continue de suivre de près l’évolution de la situation au Niger
Le texte, une fois adopté, sera transmis à la Commission européenne, au Conseil, aux autorités de l’Union africaine, à la CEDEAO, ainsi qu’aux autorités du Niger et de l’Alliance des États du Sahel. Son impact réel sur la junte de Niamey reste cependant incertain, les dirigeants militaires ayant jusqu’ici fait preuve d’une grande indifférence aux pressions internationales. Cette résolution du Parlement européen a avant tout une valeur symbolique. Elle rappelle que l’Union européenne n’a pas oublié Mohamed Bazoum, et qu’elle continue de suivre de près l’évolution de la situation au Niger. Mais elle ne dispose pas de moyens coercitifs pour contraindre la junte à libérer l’ancien président. Pour les partisans de Mohamed Bazoum, ce texte est cependant important. Il maintient la pression médiatique et diplomatique sur Niamey, et témoigne de la solidarité internationale envers celui qui fut le dernier président démocratiquement élu du Niger. En attendant, l’ancien chef de l’État reste enfermé, sans contact avec l’extérieur, dans des conditions que les eurodéputés qualifient de détention arbitraire.

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