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Paul Biya, du MENA à la Primature puis au Palais : Le règne sans fin d’un « Jules César » africain

Celui que le Conseil Constitutionnel camerounais vient de confirmer sa réélection à 53,66% pour un 8e mandat, ce lundi 27 octobre 2025, est un homme qui vient de très loin. Paul Barthélémy Biya n’est sans doute pas né de la dernière pluie. Le nonagénaire devra encore « bienveillamment » régner sur le Cameroun jusqu’en 2032. A 92 ans, l’enfant prodige de Mvomeka’a honore la classe des hommes d’Etat des périodes d’indépendance.

Ses tout premiers pas sécurisés en politique, ont commencé sous le premier Président du Cameroun, Ahidjo. Il se fait une place de cadre au département de l’éducation nationale. Les échelons s’enchainent et le jeune Paul Biya se voit hisser dans la haute sphère du ministère, puis à la primature et enfin accède au pouvoir d’Etat en 1982 à la suite de démission de son leader : Ahmadou Ahidjo. En 2025, face à 11 prétendants au fauteuil présidentiel, Paul Biya remporte l’élection présidentielle du 12 octobre à 53,66 %.

Paul Biya : Une longévité exceptionnelle à la tête du Cameroun
Paul Biya, né le 13 février 1933 à Mvomeka’a, est un homme d’État camerounais qui préside aux destinées de son pays depuis 1982. Son parcours, son ascension au pouvoir et son long règne font de lui un dinosaure politique, mais aussi très controversée, en Afrique. Formé en France dans des institutions prestigieuses (lycée Louis-le-Grand, Sorbonne, Institut d’études politiques de Paris), Paul Biya gravit les échelons administratifs sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo. Il occupe successivement des postes clés tels que chargé de mission à la présidence, directeur de cabinet et, en 1968, ministre secrétaire général de la présidence. En 1975, il est nommé Premier ministre.

L’accession au pouvoir suprême intervient le 6 novembre 1982, suite à la démission surprise d’Ahidjo. Biya consolide son autorité après une tentative de coup d’État en 1984, perpétrée par la garde présidentielle. La répression qui suit élimine ses rivaux, et l’ancien président Ahidjo est condamné à mort par contumace avant d’être gracié. Biya transforme ensuite le parti unique en Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), dont il prend la tête. Dans les années 1980, Biya introduit des réformes politiques et, sous la pression de mouvements de contestation comme les « Villes mortes » au début des années 1990, il accélère la mise en œuvre du multipartisme. Il restaure la liberté d’association et permet l’émergence d’une presse indépendante.

Cependant, ses victoires électorales sont systématiquement entachées d’accusations de fraude. Élu sans opposition en 1984 et 1988, il remporte de justesse la présidentielle de 1992 face à John Fru Ndi. Il est ensuite réélu avec de larges majorités en 1997, 2004, 2011, 2018 et 2025. À chaque scrutin, l’opposition et des gouvernements occidentaux dénoncent des irrégularités. Une révision constitutionnelle controversée en 2008, qui supprime la limitation du nombre de mandats présidentiels et accorde l’immunité au chef de l’État, provoque de violentes émeutes sévèrement réprimées.

Une longévité record mêlée à la corruption
Le régime de Biya a dû faire face à plusieurs défis sécuritaires majeurs. À partir de 2014, l’insurrection de Boko Haram, venue du Nigeria, s’est propagée dans le nord du Cameroun, conduisant à un engagement militaire contre le groupe terroriste. À partir de 2016, une crise séparatiste éclate dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les revendications, initialement portées sur la marginalisation des anglophones, ont évolué vers des demandes d’indépendance et la proclamation symbolique de l’« Ambazonie ». La réponse militaire vigoureuse du gouvernement et la radicalisation des séparatistes ont plongé la région dans un conflit violent. Biya a qualifié les séparatistes de « terroristes » et a prôné le dialogue, mais uniquement « dans le cadre de la légalité républicaine ».

Le régime de Paul Biya est souvent qualifié d’autoritaire par les observateurs internationaux. Les libertés fondamentales sont restreintes, et des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent des violations des droits de l’homme, la répression de l’opposition et l’incarcération de journalistes et d’activistes.
La corruption reste un fléau majeur. Si l’opération « Épervier » (lancée en 2006) a conduit à l’arrestation de hauts fonctionnaires, elle est aussi perçue comme un outil pour éliminer des rivaux. Le Cameroun est régulièrement mal classé dans les indices de perception de la corruption. La gestion personnelle du pouvoir par Biya est également critiquée. Ses fréquents et longs séjours privés à l’étranger, notamment en Suisse, ainsi que la rareté des réunions du conseil des ministres, alimentent les accusations d’absentéisme. Ces absences prolongées donnent régulièrement lieu à des rumeurs sur son état de santé, voire sur son décès, comme lors d’une absence inexpliquée de 50 jours à l’automne 2024. Malgré les critiques et les défis, Paul Biya demeure solidement au pouvoir. En 2025, à 92 ans, il est réélu pour un huitième mandat, devenant le plus vieux dirigeant élu en exercice au monde et l’un des chefs d’État à la longévité la plus importante. S’il termine ce mandat, il aura près de 100 ans. Son règne, marqué par une stabilité politique certaine mais aussi par des contestations récurrentes et des crises profondes, a indéniablement marqué l’histoire contemporaine du Cameroun.

Son programme pour le septennat
Le programme de société de Paul Biya pour 2025-2032, est intitulé « Grandeur et Espérance – Le Septennat des Grandes Espérances ». Ce programme électoral, présenté comme une réponse aux attentes des citoyens, dresse une vision ambitieuse pour le Cameroun autour de 11 piliers principaux. 1. Fondations : Paix, Sécurité et Stabilité Nationale. Le programme place la préservation de l’unité nationale et de la sécurité comme condition préalable à tout développement. Il s’engage à : poursuivre les actions de restauration de la paix dans les zones en crise, renforcer la lutte contre le grand banditisme, la criminalité et les trafics, rationaliser les institutions pour une stabilité durable, lutter contre le tribalisme et promouvoir la cohésion nationale, adopter une législation renforcée contre la cybercriminalité.

2. Gouvernance : Consolidation de la Démocratie et des Libertés. Le projet promet de renforcer le cadre démocratique et les libertés par l’amélioration des règles pour des élections transparentes et inclusives, la protection de la liberté d’expression et des journalistes, la facilitation d’un statut pour les partis politiques représentés au Parlement ; le renforcement des droits des personnes vulnérables. 3. Économie : Croissance, Émergence et Assainissement. L’objectif est d’accélérer la marche vers l’émergence économique via une réforme du code des investissements pour relancer l’industrialisation, un soutien accru à l’entrepreneuriat et aux TPE/PME (accès au financement, allègement fiscal), la création d’une banque de développement rural et un soutien aux secteurs agricole, halieutique et de l’élevage, le renforcement de la politique d’import-substitution pour booster la production locale, le relèvement du niveau de lutte contre la corruption.

4. Social : Pouvoir d’Achat et Qualité de Vie. Pour améliorer le quotidien des populations, le programme propose l’amélioration continue des rémunérations dans tous les secteurs, la régulation des prix des produits de première nécessité, la mise en œuvre d’un tarif social pour l’eau, l’électricité, le logement et le transport, un allègement de la fiscalité sur les produits « Made in Cameroon », des mesures de soutien pour les secteurs informel, agricole et de l’artisanat. 5. Services Publics : Santé, Éducation et Accès aux Bases. L’offre de services sociaux doit être améliorée grâce à la construction de centres de santé et le renforcement des plateaux techniques hospitaliers, la garantie d’un accès effectif à la Couverture Santé Universelle, un encadrement renforcé de la santé maternelle et infantile, la modernisation du modèle éducatif et la revalorisation des conditions des enseignants, le développement des réseaux d’eau potable et d’un mix énergétique durable.

Pour moderniser le pays et préserver son environnement, le projet prévoit de faciliter la création de solutions numériques locales, d’associer innovation numérique et décentralisation, de faire voter une grande loi sur l’économie durable pour préserver la biodiversité
6. Inclusion : Épanouissement des Femmes et des Jeunes. Le programme vise une meilleure intégration des femmes et des jeunes par leur responsabilisation accrue dans les secteurs public et privé, un soutien à l’entreprenariat et à l’auto-emploi, une lutte soutenue pour l’emploi des jeunes, le renforcement de la législation contre les violences faites aux femmes, la finalisation du code de la famille et le développement de crèches publiques. 7. Avenir : Numérique et Écologie. Pour moderniser le pays et préserver son environnement, le projet prévoit de faciliter la création de solutions numériques locales, d’associer innovation numérique et décentralisation, de faire voter une grande loi sur l’économie durable pour préserver la biodiversité, de renforcer l’économie circulaire et la gestion des déchets, de faire de l’écologie une « grande cause nationale ».

8. Infrastructures : Transport et Urbanisation. Le programme mise sur la modernisation des infrastructures pour désenclaver le pays : Rénovation et extension du réseau routier, avec priorité aux routes rurales, Développement et sécurisation du réseau ferroviaire, Renforcement des infrastructures portuaires pour un hub logistique régional, Réhabilitation et modernisation des aéroports, Réorganisation des transports en commun en milieu urbain. 9. Gouvernance Territoriale : Parachèvement de la Décentralisation. Pour renforcer l’autonomie des territoires, l’engagement est d’accélérer le transfert des compétences et des ressources aux collectivités locales, de mettre en place des mécanismes de contrôle citoyen et de participation populaire, d’améliorer le cadre légal de la coopération décentralisée, de finaliser le statut des personnels de la fonction publique locale. 10. Rayonnement : Culture, Sport et Diplomatie. Le programme souhaite promouvoir l’identité camerounaise et son influence via la modernisation des infrastructures sportives et culturelles, la stimulation des industries créatives, la restauration du rôle des chefferies traditionnelles, la protection des ressortissants à l’étranger et le renforcement de la coopération sécuritaire avec les pays voisins.

11. Vision Sociétale : Pour une Nouvelle Citoyenneté. Enfin, le projet aspire à forger une nouvelle citoyenneté, incarnée par des Camerounais : bien formés, compétents et alliant savoir-faire et éthique, engagés au service de la collectivité, attachés aux valeurs de paix, de rigueur, de probité et de travail, tolérants, solidaires et soucieux de l’harmonie communautaire, fiers de leur histoire et de leur culture, ouverts sur le monde mais fidèles à leurs racines. En synthèse, ce programme se présente comme un projet de société complet et ambitieux, visant à transformer le Cameroun en une nation émergente, unie et prospère, en s’appuyant sur une gouvernance renouvelée, une économie dynamique et une citoyenneté active.

 

 

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