
Également candidat au scrutin du 12 octobre prochain, Akere Muna a déposé, hier 19 août 2025, une requête devant le Conseil constitutionnel pour tenter d’empêcher Paul Biya de briguer sa propre succession. Avec l’âge avancé et son état de santé jugé incompatible avec l’exercice du pouvoir, Paul Biya serait donc face à la justice et à la contestation de l’opposant Akere Muna. Dans la même foulée, Akere Muna présente une vision de discernement pour un Cameroun renouvelé, articulée autour de cinq chantiers prioritaires.
Un recours contre la candidature de Paul Biya
Candidat au scrutin présidentiel, Akere Muna a déposé une requête devant le Conseil constitutionnel afin d’écarter Paul Biya de la course pour un huitième mandat. À 92 ans, Paul Biya est l’un des chefs d’État au monde qui détient le plus longtemps le pouvoir, cumulant désormais 43 ans à la tête du Cameroun. L’avocat et opposant fait valoir que l’âge avancé du président et son état de santé diminué l’empêcheraient d’exercer correctement ses fonctions. Akere Muna s’appuie sur l’article 118 de la loi électorale, qui impose que les candidats doivent jouir de leurs libertés et ne pas se trouver dans une situation de dépendance vis-à-vis d’une autre personne ou organisation étrangère.
Il estime que, lors de ses rares apparitions publiques, Paul Biya donne l’impression d’être « sous influence » et ne pouvoir « véritablement gouverner », notamment en raison de l’absence de renouvellement effectif au sein du gouvernement. Selon lui, plusieurs ministres seraient restés non remplacés depuis plusieurs années, traduisant une absence de dynamisme au sommet de l’État.
Bien conscient que sa requête pourrait être considérée comme irrecevable ou non fondée, Akere Muna souhaite surtout mettre le débat sur la capacité effective du président à diriger le pays au centre des discussions publiques. « Nous devons nous interroger : est-ce que Paul Biya a encore toutes les capacités nécessaires pour être candidat ? », demande-t-il. Face à cette requête, le secrétaire général adjoint du Comité central du parti présidentiel (RDPC), Grégoire Owona, assure que le parti travaille déjà à une réponse destinée au Conseil constitutionnel.
Les propositions d’Akere Muna pour un « Cameroun nouveau »
Outre cette contestation, Akere Muna dévoile sa vision pour le Cameroun au lendemain de la présidentielle. Le candidat, investi par le parti Univers et soutenu par plusieurs formations d’opposition, s’est fixé cinq priorités à réaliser dans les 100 premiers jours de son éventuel mandat. La première priorité concerne le développement local. Akere Muna souhaite lancer un programme d’urgence pour évaluer les besoins spécifiques des 360 communes que compte le pays. L’objectif est de répondre aux nécessités fondamentales des populations, notamment en matière d’accès à l’eau potable, de soins de santé primaires, d’établissement d’écoles fonctionnelles et de construction d’infrastructures routières.
La deuxième priorité porte sur la « multinationalité » : faciliter les démarches et déplacements des Camerounais de la diaspora. Le candidat promet des mesures immédiates dès son entrée en fonction pour améliorer les conditions des citoyens vivant à l’étranger, un enjeu crucial pour un pays marqué par de nombreux départs.
Troisièmement, Akere Muna veut mener un audit général de l’État afin de faire la lumière sur la gestion opaque des finances publiques, des revenus de l’État et du niveau d’endettement. Cette évaluation devrait permettre de mettre en œuvre des réformes économiques réalistes et d’établir un plan de développement stable. Le quatrième chantier vise à instaurer une paix durable. Le candidat mise sur un dialogue national inclusif pour résoudre les crises sécuritaires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi dans les autres zones du pays frappées par l’insécurité.
Enfin, sa cinquième priorité concerne le renforcement de la démocratie et de la bonne gouvernance. Akere Muna entend s’attaquer au monopole du pouvoir exercé par le Rdpc et à la centralisation excessive qui bride les institutions et administrations. Il veut garantir la séparation des pouvoirs, élargir l’espace pour la société civile et autonomiser le secteur privé.
Un parcours d’avocat et de militant reconnu
Akere Muna est reconnu pour son parcours d’avocat et de juriste engagé dans des causes africaines majeures. Ancien président de l’Union panafricaine des avocats (PALU), il a également présidé le barreau du Cameroun et le Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine. Fondateur de Transparency International Cameroun, il a été vice-président du conseil mondial de l’organisation, consacrée à la lutte contre la corruption. Son expertise juridique est également sollicitée à l’international. Muna a conseillé plusieurs gouvernements africains, notamment au Togo et en République démocratique du Congo, sur des questions de gouvernance et de transparence.
L’avocat a aussi joué un rôle dans l’adoption par l’Union africaine d’une politique commune de recouvrement des avoirs, soulignant ainsi son engagement à lutter contre les flux financiers illicites au bénéfice du développement du continent. Récemment nommé membre d’un comité consultatif au sein de l’African Legal Support Facility (ALSF), Akere Muna s’engage à apporter son expérience et son réseau pour renforcer la gestion et l’efficacité des actions menées en faveur des États africains.


