Candidat à la succession de son mentor Athanase Patrice Talon, Romuald Wadagni a dévoilé, ce samedi 21 mars 2026 à Cotonou, les grands axes de son programme de gouvernance. Le candidat compte combattre l’extrême pauvreté à ses racines et prévoit de réorganiser le territoire. Devant les partisans de la mouvance, Wadagni a déroulé un menu riche et varié pour la destinée 2026-2033 du Bénin.
Le candidat Wadagni a fait un exposé liminaire devant les partis de la mouvance présidentielle, ce samedi au Palais des congrès de Cotonou. Il entend lutter contre l’extrême pauvreté et réorganiser l’action publique autour de six pôles régionaux.
Wadagni à bâton rompu
Romuald Wadagni a choisi de se révéler à ses partisans. Le ministre de l’Économie et des Finances, candidat de la mouvance présidentielle pour la présidentielle d’avril, a présenté son projet de société devant quelques centaines de partisans venus de tout le pays. Les figures de la majorité étaient au rendez-vous : les présidents des partis Bloc républicain, UP et Mouvement pour le développement du Bénin, les anciens présidents de l’Assemblée nationale, plusieurs ministres. Tous ont répondu présent pour soutenir celui qui entend prendre la relève de Patrice Talon. La cérémonie a été réglée comme du papier à musique. D’abord l’entrée en salle de Mariam Chabi Talata, la colistière, qui sera vice-présidente si le ticket l’emporte le 12 avril. Puis celle du candidat, accueillie debout par l’assemblée. Avant même que Romuald Wadagni ne prend la parole, un long film a retracé son parcours : enfance à Lokossa, études brillantes, carrière internationale, retour au Bénin en 2016. Une mise en scène destinée à présenter au grand public celui que l’on connaît surtout comme le technocrate aux manettes des finances publiques depuis près de dix ans.
L’homme qui a défilé à l’écran est loin de l’image du ministre froid que certains lui prêtent. Le film a montré un enfant qui jouait au football sur les plages, un élève sérieux qui déposait ses cahiers chez son ami d’enfance, celui-là même qui est monté sur scène pour témoigner. « Dans les classes, les élèves intelligents étaient automatiquement mes amis. Romuald était attaché à moi. Il me confiait ses cahiers de devoirs et de compositions », a raconté cet ami de plus de quarante ans. Le même témoin a décrit un adolescent qui, dès 17 ans, venait dans son cabinet pour comprendre le métier qu’il exerçait. « Il regardait vers l’horizon non pas pour fuir, mais pour revenir plus fort », a-t-il dit. Après un bac série C obtenu avec mention, le jeune Wadagni est parti étudier en France. Il s’est retrouvé seul Africain dans une promotion de 1 250 élèves. « Il attendait son professeur. Quand elle est arrivée dans la salle, cela lui a permis de travailler et d’être major de promotion », a poursuivi le témoin. La suite du parcours à défilé : carrière internationale, diplôme d’expertise comptable américain décroché à Boston, retour au Bénin à 39 ans. « Il est revenu avec un capital rare, la crédibilité internationale », a souligné son ami. Nommé ministre de l’Agriculture en 2016, il a ensuite pris la tête du ministère de l’Économie et des Finances, où il s’est fait connaître pour sa rigueur.
Lutter contre l’extrême pauvreté
Quand Romuald Wadagni a enfin pris la parole, il a d’abord salué le bilan du président sortant. « Ce que nous avons accompli ces dix dernières années, beaucoup croyaient que c’était impossible », a-t-il lancé, citant la gestion de la crise de la covid. « Quand beaucoup exigeaient l’annulation de la dette, le Bénin a été quasiment le seul à dire non . » Puis, il a listé ce qui reste à faire. « Nous réagirons de plus en plus de jeunes, de femmes, de populations rurales dire qu’ils patientent. Tant qu’il reste un Béninois qui n’a pas senti les fruits de la croissance dans son ménage, il reste du travail », a-t-il martelé. Il a ensuite longuement décrit la pauvreté extrême , celle qui empêche d’avoir accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins, à un toit, à un emploi. Il a raconté avoir croisé à deux reprises le même jeune homme assis au bord de la route. « Son dernier repas remontait à plus de vingt-quatre heures. La réalité de la souffrance, de l’extrême pauvreté, ce n’est pas loin de nous. »
Une nouvelle organisation du territoire
Le candidat a annoncé une réorganisation de l’action publique autour de six pôles de développement régionaux, correspondant aux anciens départements. Chaque région disposera d’un plan spécifique basé sur ses atouts, avec quatre piliers transversaux : agriculture, industrie, tourisme et innovation. « Visuellement, vous aurez un cercle, le moteur du développement de chaque région, avec ces quatre axes cardinaux », a-t-il expliqué. Sur l’agriculture, il a détaillé un programme visant à sortir trois millions de producteurs de la pauvreté. Actuellement, le rendement du maïs au Bénin est d’une à deux tonnes par hectare. « Avec un bon encadrement, nous pouvons aller à plus de cinq tonnes. » Le mécanisme proposé : accompagner le paysan, lui fournir intrants et mécanisation, puis prélever une partie de l’excédent pour financer sa santé et sa retraite. « Le paysan qui récolte et qui a l’argent en main, ne lui demande pas de contribuer pour demain. Aujourd’hui, c’est déjà assez difficile. Mais s’il a trois à quatre fois plus de produits à l’hectare, on peut prélever un peu pour sa retraite. » Chaque région devra également accueillir au moins une nouvelle industrie et un village ou une ville de splendeur pour développer le tourisme local. « Celui qui est à Cotonou et qui a quelques jours de repos doit avoir envie de dire : je vais à Dassa. Pas ailleurs », a plaidé le candidat. Sur l’innovation, il a promis que tous les jeunes, où qu’ils soient, disposeraient d’un écosystème leur permettant de se former au numérique.
Trois innovations dans le secteur de la santé
Le projet de société repose également sur trois piliers : le capital humain (éducation, santé, cadre de vie), la création de richesse et les institutions. Dans le secteur de la santé, Wadagni a annoncé trois mesures. La première : après le Centre hospitalier international de Calavi (CHIC), un centre du même type sera construit à Parakou. « Pour que nos concitoyens du septentrion qui ont des pathologies complexes n’étaient pas à faire des centaines de kilomètres. » Deuxième mesure : pour les urgences vitales, les malades seront soignés avant d’effectuer les formalités administratives ou de payer. « Il n’y aura plus au Bénin de décès lié au fait qu’on attend de faire les formalités. » Troisième mesure : une pharmacopée moderne sera développée pour encadrer l’usage des plantes médicinales. Inclusion financière et soutien aux artistes : Sur la création de richesse, le candidat a présenté une plateforme nationale d’inclusion financière qui permettra d’obtenir un crédit de 50 000 à 50 millions de francs CFA en moins de 48 heures, via un téléphone mobile et l’intelligence artificielle. « Quand on prend un téléphone, on met son visage, on sait exactement qui vous êtes grâce au croisement des données. Plus besoin d’amener sa carte d’identité, son certificat de résidence, toutes ces pièces que l’État fournit déjà. » Il a également dévoilé un programme d’excellence pour les artistes. Chaque année, un certain nombre d’entre eux sera choisi pour recevoir un salaire mensuel et un accompagnement.
« L’artiste qui a faim ne peut pas réfléchir. S’il cherche de l’argent pour soigner son enfant, il va arrêter son art. On va lui donner un salaire pour qu’il se concentre sur l’excellence . »
Sécurité et relation avec les voisins : Sur le volet des institutions et de la sécurité, Wadagni s’est engagé à être le garant des libertés individuelles et du respect de la démocratie. Il a annoncé le renforcement des équipements des forces de défense, l’opérationnalisation rapide des polices municipales dans les communes frontales et une coopération renforcée avec les pays voisins. « Les enjeux de sécurité, de pauvreté de masse et de jeunesse sont communs à tous les pays de la sous-région. Nous n’avons pas le choix, il faut collaborer. » Il a conclu en rappelant son bilan à la tête des finances publiques, passé de 1 000 à plus de 3 000 milliards de francs CFA en dix ans, avec un taux de croissance désormais supérieur à 7 %. « J’ai eu l’honneur de gérer votre argent. Vous avez vu comment je l’ai fait, avec sérieux et rigueur. Si vous me faites confiance, je ferai le travail avec la même énergie. » Les militants sont repartis avec une brochure détaillant le projet de société. Reste à savoir si les électeurs béninois donneront leur onction à ce technocrate qui, pour la première fois, sort de l’ombre pour se présenter en homme d’État.



