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Push en Guinée-Bissau: Le Gouvernement Vieira Té 1 remanié après les 02 démissions rapides


En Guinée-Bissau, la mise en place du premier gouvernement de transition, annoncée au lendemain du coup d’État du 26 novembre 2025, n’aura pas tardé à rencontrer ses premières secousses. Deux personnalités attendues dans l’équipe dirigée par le Premier ministre Ilídio Vieira Té dont Catarina Rafael Mendonça Taborda et Elísio Gomes Sa, se sont desistés.
Les deux cadres ont renoncé à leurs fonctions en moins de vingt-quatre heures, choix qui déclineleur position sur la légitimité de la junte en place. Des tensions grandissent autour de l’exécutif civilo-militaire piloté par le major-général Horta N’tam. Au même moment, le président de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO , Juluis Maada Bio est en Guinée-Bissau pour dialoguer avec les dirigeants militaires au sujet de la situation politique actuelle.

Le profil singulier de Catarina Taborda
Etoile montante de la scène politique bissau-guinéenne, Catarina Taborda est de cette génération de responsables qui ont voulu porter une approche plus ouverte du développement. Née en novembre 1989, diplômée en commerce, elle a occupé divers postes dans l’administration : direction générale de l’Artisanat, pilotage des services de promotion touristique, puis secrétariat d’État au Tourisme et à l’Artisanat dans le gouvernement d’Aristides Gomes. En 2019, elle s’était fait remarquer par son ambition de renforcer l’image du pays à l’international et de valoriser l’artisanat local. Cette période, bien que courte, avait suffi à installer son nom dans les cercles politiques et économiques. Très investie dans les initiatives associatives, elle préside la Fondation Catarina Taborda et conduit des activités entrepreneuriales tournées vers le social. Elle s’était aussi impliquée au sein d’instances lusophones, notamment à Macao lors d’un colloque de la CPLP.

Dans sa courte déclaration, partagée via ses réseaux sociaux, elle affirme ne pas vouloir faire partie du gouvernement…
Le refus a été public et assumé. Lorsque sa nomination au ministère du Tourisme et de l’Artisanat est annoncée le 29 novembre par le gouvernement de transition, beaucoup y voient une continuité logique. Mais quelques heures plus tard, elle publie un message qui provoque une onde de choc : elle décline la fonction. Dans sa courte déclaration, partagée via ses réseaux sociaux, elle affirme ne pas vouloir faire partie du gouvernement, tout en soulignant son attachement au service du pays travers des engagements sociaux. Une prise de position perçue comme un désaveu pour l’exécutif en formation, d’autant que son nom avait été présenté comme un atout pour un secteur à fort potentiel économique. Son refus s’inscrit dans une séquence où plusieurs acteurs tentent de se démarquer de la transition, jugeant le contexte trop instable pour s’y associer.

Également la démission inattendue d’Elísio Gomes Sa
L’autre départ concerne Elísio Gomes Sa, nommé secrétaire d’État au Budget et aux Affaires fiscales. Lui aussi renonce avant même d’être investi. Dans une lettre adressée au Premier ministre, il évoque des « raisons personnelles et politiques », et explique ne pas avoir été consulté en amont et ne pas souhaiter occuper une fonction gouvernementale. Gomes Sa n’est pourtant pas étranger aux responsabilités publiques : il a déjà collaboré avec Ilídio Vieira Té lorsque celui-ci dirigeait les Finances. S’il se définit aujourd’hui comme un « citoyen non-politique », son retrait confirme la difficulté de constituer une équipe cohérente dans un contexte de transition militaire. Ces deux refus successifs jettent du discret sur le nouvel exécutif de transition. Ils témoignent aussi d’un malaise de certaines personnalités civiles face à une transition dominée par les forces armées, alors que les résultats officiels de la présidentielle n’ont jamais été proclamés.

Des remplacements rapides pour éviter un blocage
Face à ces désistements, la présidence de la transition réagit sans délai. Le 30 novembre, un décret officialise la nomination d’Augusto Fernando Cabi au ministère du Tourisme et de l’Artisanat, et celle d’Alberto João Djata au secrétariat d’État au Budget. Le texte précise que les nouvelles attributions prennent effet immédiatement. Ces nominations visent à combler les vides laissés par Taborda et Gomes Sa, au moment où l’exécutif cherche à affirmer son autorité. Le gouvernement formé la veille regroupe 23 ministres et 5 secrétaires d’État, mélange de civils et de militaires de haut rang. Parmi eux figurent notamment Carlos Pinto Pereira à la Justice, Mamadú Mudjetaba Djaló à l’Économie et au Plan, Stive Lassana Manssaly à la Défense, ou encore le Commodore Quinhin Nantote à la Santé.

Plusieurs ministères sont dirigés par des officiers supérieurs, ce qui rappelle le poids de l’institution militaire
L’équipe mise en place par Horta N’ta traduit la volonté d’encadrer étroitement les affaires publiques pendant la transition, en donnant une place significative à l’armée. Plusieurs ministères sont dirigés par des officiers supérieurs, ce qui rappelle le poids de l’institution militaire. En parallèle, le Premier ministre Ilídio Vieira Té, reconduit après le putsch, tente de maintenir une façade de continuité administrative. Mais la démission de deux responsables avant même leur prise de fonction met en lumière les limites de cette entreprise. Le pays demeure dans une zone de fragilité où chaque décision peut provoquer des réactions en chaîne.

Umaro Sissoco Embaló en exil
La crise institutionnelle est également alimentée par le départ précipité de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, qui a quitté Bissau avec l’appui de partenaires régionaux. Selon plusieurs sources médiatiques, il aurait transité par Dakar avant d’être aperçu à Brazzaville, sans confirmation officielle. Son absence contribue à la sensation d’un pouvoir éclaté, où les acteurs politiques se repositionnent dans l’imbroglio. En formant rapidement son gouvernement et en procédant à des ajustements immédiats, Horta N’ta cherche à projeter une image de maîtrise. Mais les démissions de Taborda et Gomes Sa ravivent les débats sur la légitimité et la solidité de l’exécutif. La Guinée-Bissau aborde une période où chaque portefeuille ministériel devient un champ sensible. Les prochains mois diront si l’équipe en place parvient à diriger un pays habitué aux ruptures institutionnelles et encore secoué par un coup d’État intervenu en pleine période électorale.

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