En RDC, la Haute Cour militaire a rendu son verdict dans l’affaire du double assassinat des experts des Nations unies, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, tués en mars 2017 alors qu’ils enquêtaient sur les violences dans la province du Kasaï central à la suite de l’insurrection de la milice Kamwina Nsapu, réprimée par les forces de sécurité. Siégeant en appel et dernier ressort, la juridiction a condamné à la peine capitale les 54 prévenus poursuivis pour crimes de guerre par meurtre, contre 49 en première instance.
Cette décision met fin à près de 9 années de procédures judiciaires, dont les 4 dernières à Kinshasa devant la haute cour. Parmi les condamnés figurent plusieurs responsables de la milice Kamuina Nsapu, des exécutants ainsi que le colonel Jean de Dieu Mambweni, officier de l’armée congolaise. En première instance, le colonel Mambweni n’avait été condamné qu’à dix ans de prison faute de preuves. En appel, la Cour a affirmé qu’il avait piégé les experts et a porté sa peine à la mort. Un crime « d’une gravité exceptionnelle ».
Selon l’arrêt, les experts de l’ONU Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été interceptés le 12 mars 2017 sur le pont d’une rivière proche du village Moyo – Musila où ils avaient été conduits avec leurs accompagnateurs congolais.
Malgré leur identification comme experts, ils avaient été accusés d’être des traîtres puis emmenés dans la brousse où ils ont été exécutés par balles avant que la tête de la Suédoise ne soit tranchée. Certains accusés ont été condamnés pour leur rôle dans la planification. D’autres ont été formellement identifiés comme ayant influencé les assassins, d’autres encore ont directement exécuté ou participé de manière déterminante au double meurtre sur le terrain.
« Le verdict rendu en appel n’est qu’un début, pas le chapitre final »
Un verdict qui clôt l’affaire mais qui est fortement critiqué par la commission nationale des droits de l’homme, qui estime que les commanditaires hautement placés de ce double meurtre n’ont jamais été inquiétés. « Le jugement rendu va s’ajouter à la liste des documents que la CNDH examine actuellement dans le cadre de notre mission d’établissement des faits, explique Paul Nsapu, président de la CNDH. Nous allons essayer d’accélérer nos enquêtes afin de jeter les bases des futurs procès dans cette affaire. Les éléments de preuve en notre possession indiquent que le procès ouvert à Kananga en 2017 a délibérément exclu des individus qui avaient pourtant été cités au cours des auditions comme étant des commanditaires et autres auteurs intellectuels du double meurtre, des experts onusiens et des violences au Kasaï. Ces individus n’ont jamais été inclus dans aucun procès. L’exécution des experts ne pouvait pas être décidée par une simple milice. »
Pour la sœur de Zaida Catalan, Elisabeth Morseby, la procédure judiciaire évolue dans le bon sens pour faire la lumière sur ce drame, mais elle ne doit pas s’arrêter là : « Après plus de neuf ans de deuil, d’incertitude et de bataille judiciaire pour obtenir la vérité, nous sommes à la fois soulagés et tristes. C’est un soulagement, car c’est une étape importante pour reconnaître enfin leur responsabilité. Et de la tristesse, car aucun verdict ne pourra ramener ma sœur Zaida, ni Michael Sharpe, ni leurs collègues congolais ou toutes les victimes innocentes des violences dans le Kasaï. Nous pensons qu’avec toutes les preuves collectées, notamment ces enregistrements attribués au colonel Mambueni, qui dévoile que la présence d’experts onusiens pourrait compromettre l’autorité de l’État, ce qui interroge sur les circonstances de ces meurtres. Pour nous, il reste beaucoup de questions. Nous ne sommes pas intéressés par les spéculations. Il est important d’enquêter sur ces individus plus haut dans la hiérarchie, qui auraient pu détenir des informations capitales ou participer à cette conspiration. Le verdict rendu en appel n’est qu’un début, pas le chapitre final. »



