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SNC Bobo 2026 : Les troupes Tamasheq et Gourounsi défendent les burkinabè de la Côte d’Ivoire

 

Pour la première, la culture Tamasheq va porter la voix de la diaspora burkinabè lors de la 22e édition de la semaine nationale de la culture (SNC) Bobo 2026. Parmi la forte délégation artistique de la communauté burkinabè établie en Côte d’Ivoire, il y a Rissa Assalek et ses frères Tamasheq constitués en troupe musicale. A la SNC Bobo Dioulasso 2026, la diaspora burkinabè de Côte d’Ivoire montera sur scène avec ses tambours et ses guitares avec la culture tamasheq et gourounsi qui porteront la voix des Burkinabè de l’extérieur.

La 22e édition de la SNC se tiendra à Bobo-Dioulasso du 23 avril au 3 mai 2026. Cette année, parmi les délégations venues des quatre coins du Burkina Faso et de la diaspora, il faudra compter sur la troupe Yipènè et celle des frères Tamasheq, basée à Abidjan. Pour la première fois, la culture tamasheq, celle de ce peuple nomade souvent appelé Touareg, sera représentée sous les couleurs de la communauté burkinabè vivant en Côte d’Ivoire. Une présence parmi les classiques de la culture qui en dit long sur l’ancrage et la diversification des héritages culturels en terre ivoirienne.

Rissa Asalek et la culture Tamasheq
Rissa Assalek, l’un des encadreurs de la troupe, pour une grande ambition pour sa culture. « Mon rôle aujourd’hui, c’est d’aller participer à la Semaine nationale de la culture à Bobo-Dioulasso. » Interrogé sur l’importance numérique des Tamasheq en Côte d’Ivoire, il botte en touche avec un sourire : « On est nombreux, je ne peux pas t’estimer. » Une façon de dire que la communauté est bien vivante, disséminée dans toutes les communes d’Abidjan et au-delà. Leur présence, selon lui, ne se cantonne pas à un quartier ou une ville précise. Ce qui les unit, au-delà du lien ethnique, c’est un goût partagé pour la danse, l’habillement traditionnel, les turbans, et une certaine manière d’être au monde. Côté musique, la troupe tamasheq compte sur des instruments évocateurs comme la guitare et la calebasse. L’apprentissage et les répétitions se sont fait chaque week-end, samedi et dimanche, dans une discipline qui n’a rien à envier aux grandes scènes professionnelles. « Même dimanche passé, on était dedans », précise Rissa Assalek, ce qui laisse entendre que l’engagement ne se dément pas.

Ils aiment cette culture, mais ils ont du mal à la soutenir activement
L’homme ajouta que « La Côte d’Ivoire entière nous soutient, pas seulement la diaspora burkinabè. Si Dieu le veut, on va fêter ça ensemble. » C’est la toute première fois que sa troupe participe à la SNC. Les tenues vestimentaires ont été spécialement confectionnées au Burkina Faso, « pour s’habiller comme les Burkinabè qu’on est ». Le geste est de revêtir ses origines, c’est aussi se les rappeler. « Ça nous rappelle qu’on est vraiment des Burkinabè », insiste-t-il. Derrière la troupe, un bailleur discret mais essentiel, M. Daou, un commerçant de la diaspora, qui finance une partie des déplacements et du matériel. Interrogé sur ses motivations, ce dernier répond sobrement : « C’est pour se sentir à l’aise avec sa famille, être ensemble avec tout le monde. »

Yipèné, « Dieu donné », ou la fierté gourounsi à Koumassi
À côté des Tamasheq, une autre formation fait parler d’elle, la troupe Yipèné, basée à Koumassi, dans le sud d’Abidjan. Son responsable, Bationo Balé Yipènè, se présente comme artiste, réalisateur et promoteur. Le nom Yipèné signifie « Dieu donné » en langue gourounsi. Le groupe, emmené par la chanteuse Momo Martine, se consacre exclusivement à la musique traditionnelle gourounsi, une culture originaire du centre-ouest du Burkina Faso, présente en Côte d’Ivoire dans plusieurs communes, Yopougon, Abobo, les Deux-Plateaux, sans oublier le centre-ouest ivoirien. L’histoire de Yipèné est celle d’une résilience. Avant elle, il y avait « Le Tout Petit », une troupe composée d’enfants de moins de sept ans. Mais l’école et la gestion du temps ont eu raison de cette expérience. « Nous avons mis cela en stand-by pour leur permettre de se concentrer sur leurs études », explique Bationo. C’est ainsi que Yipèné a vu le jour, avec quatre musiciens accompagnant la lead vocale. Le répertoire repose sur des chants traditionnels aux messages simples : amour, solidarité, cohésion sociale, et bien sûr promotion de la culture gourounsi, et plus largement burkinabè.

La fierté est perceptible. Participer à la SNC hors des frontières du Burkina constitue, selon Bationo, un honneur et une reconnaissance. « Beaucoup parlent et pratiquent la culture gourounsi ici avec une grande maîtrise », assure-t-il. La troupe entretient des liens avec d’autres groupes traditionnels en Côte d’Ivoire, mais aussi au Burkina et jusqu’au Togo. Pourtant, le chemin est semé d’embûches. Le principal défi reste le financement. « La diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire ne perçoit pas toujours la valeur de la culture, regrette Bationo. Lorsqu’on sollicite un soutien, certains pensent qu’il s’agit d’un intérêt personnel. » Alors Yipèné avance avec ses propres moyens, sans trop attendre des promesses non tenues. La question de la transmission à la nouvelle génération est également au cœur des préoccupations. Les jeunes, nés en Côte d’Ivoire pour beaucoup, manifestent un certain intérêt pour leurs racines, les réseaux sociaux y contribuent, mais peinent à s’engager concrètement dans la pratique traditionnelle, plus attirés par les musiques modernes. « Ils aiment cette culture, mais ils ont du mal à la soutenir activement », résume Bationo, appelant à un accompagnement plus structuré.

Une délégation de 33 âmes et la quête d’un prix pour la mémoire
Savadogo Mamadou, lui, est né en Côte d’Ivoire. À Abengourou précisément. Il a fait ses études, travaillé, pris sa retraite sans jamais quitter le pays. « Ici, c’est chez moi », dit-il simplement. Pourtant, c’est bien la diaspora burkinabè qu’il représente en tant que chef de délégation à la SNC. Pour lui, participer à cet événement relève de l’honneur. « Depuis que la SNC existe, la diaspora a toujours participé », rappelle-t-il, avant de reconnaître une parenthèse après la crise ivoirienne, où la participation a marqué un temps d’arrêt. Cette année, la délégation compte 33 personnes, toutes sélectionnées à l’issue d’une présélection minutieuse. Le ministère burkinabè de la Culture, via la direction générale de la SNC, a envoyé une équipe en Côte d’Ivoire, en collaboration avec le consulat et l’ambassade. Plusieurs villes étaient en lice : Yamoussoukro, Soubré, Abidjan. Seules Abidjan et Yamoussoukro ont fourni des troupes retenues. Au final, trois formations représenteront la diaspora : une vedette de la chanson, une troupe instrumentale (guitare, calebasse, tambour) et une troupe de danse traditionnelle basée à Yamoussoukro.

 

L’objectif de l’équipe est de ramener un prix. « La SNC est une vitrine qui appelle tous les enfants du Burkina à valoriser la culture burkinabè et à la faire connaître au-delà des frontières », souligne Savadogo. Cette année, les troupes sélectionnées participent pour la première fois, après plusieurs tentatives infructueuses par le passé. Les répétitions ont été suivies, encadrées, conseillées. L’équipe se dit prête. C’est toute la question de la structuration de la culture burkinabè en Côte d’Ivoire qui affleure. Plus d’une soixantaine de groupes ethniques composent le Burkina Faso ; plus d’une vingtaine seraient représentés en Côte d’Ivoire. Chaque groupe vit sa culture selon ses affinités, par localité ou par talent. Il n’existe pas de centres formels d’apprentissage : les groupes se forment spontanément dans les communes, comme des poumons culturels autonomes. Le Liwaga, danse du nord, côtoie les percussions bissa du Boulgou ou les chants gourisis.

Cet engouement, pourtant réel, se heurte à un manque de moyens et de vision politique. Les autorités des deux pays, estiment plusieurs acteurs rencontrés, gagneraient à mieux accompagner ces initiatives qui irriguent le lien mémoriel entre générations et entre rives. Car la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire est l’une des plus importantes du continent. Sa vitalité culturelle, exposée sur la scène de Bobo-Dioulasso ces jours-ci, mérite mieux que des efforts isolés. Les tambours résonneront du 23 avril au 3 mai. Et l’espoir, chez les Tamasheq comme chez les Gourounsi, est que cette participation ne reste pas une simple pépite oubliée, mais qu’elle ouvre la voie à une reconnaissance plus large. En attendant, les guitares s’accordent, les calebasses se creusent, et les voix se lèvent pour dire, de part et d’autre de la frontière, qu’être Burkinabè en Côte d’Ivoire n’est pas seulement une condition administrative, mais un héritage que l’on danse, que l’on chante et que l’on transmet, coûte que coûte.

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