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Soudan : Un nouveau chef d’état-major en pleine guerre pour déjouer les plans des RSF

Military chief Yasir Alatta dares President Ruto to intervene in Sudan conflict - The Radio Community

Le Soudan vient d’opérer l’un des changements les plus significatifs au sein de son appareil militaire depuis le début de la guerre, il y a trois ans. Le général Yassir al-Atta, membre influent du Conseil souverain et assistant du commandant en chef Abdel Fattah al-Burhan, a été nommé chef d’état-major des forces armées, a annoncé un porte-parole militaire à Reuters ce jeudi. Alors qu’un nouveau front s’ouvre dans l’État du Nil Bleu, au sud-est du pays, ce haut gradé pourrait redessiner la stratégie d’un conflit qui oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (RSF), une puissante milice paramilitaire.

Le général al-Atta, officier de carrière ayant servi plus de quarante ans sous les armes, remplace le soldat Othman al-Hussein à la tête de l’état-major. Ce poste, moins politique que celui qu’il occupait jusqu’ici, lui confère en revanche un contrôle plus direct et plus technique sur les forces armées. Un repositionnement qui, dans le contexte actuel, n’est pas anodin.

Un changement à la tête de l’armée en pleine extension du conflit
La guerre soudanaise, déclenchée en avril 2023 par les affrontements entre l’armée régulière et les RSF, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de huit millions de personnes. Les combats, qui se concentraient initialement autour de Khartoum et du Darfour, s’étendent désormais à de nouvelles régions, dont l’État du Nil Bleu, frontalier de l’Éthiopie et du Soudan du Sud. L’ouverture de ce nouveau front contraint l’état-major à revoir ses dispositifs et à adapter ses chaînes de commandement. La nomination du général al-Atta advient dans ce contexte de pression accrue. Connu pour son hostilité déclarée envers les RSF et pour ses positions intransigeantes, il incarne le prototype d’homme parfait pour tenir la ligne au sein de l’institution militaire. Ses prises de parole publiques, souvent virulentes, lui ont valu une popularité certaine dans une partie de l’appareil sécuritaire. En prenant la tête de l’état-major, il dispose désormais des leviers opérationnels pour traduire cette ligne en actions sur le terrain. Les observateurs s’interrogent sur les conséquences de cette promotion. Certains y voient un renforcement de l’emprise des « faucons » sur la conduite de la guerre, au détriment d’une approche plus politique ou diplomatique. D’autres estiment que ce changement était rendu nécessaire par les difficultés rencontrées par l’armée ces derniers mois, face à des RSF qui ont su gagner du terrain dans plusieurs régions, notamment au Darfour et dans le Kordofan.

Pendant ce temps, la situation humanitaire ne cesse de se dégrader. Les Nations unies alertent régulièrement sur les risques de famine et sur les exactions commises par les deux parties. Le conflit a déjà provoqué l’une des plus grandes crises de déplacement au monde, avec des populations entières fuyant les combats vers les pays voisins, Tchad, Soudan du Sud, Éthiopie, Égypte, ou tentant de survivre dans des zones de plus en plus restreintes contrôlées par l’armée. L’ouverture du front du Nil Bleu pourrait aggraver encore cette situation. Cette région, déjà fragilisée par des tensions ethniques et des conflits locaux, voit affluer des combattants et des armes. Les populations civiles, prises en étau, subissent des violences croissantes. Les organisations humanitaires peinent à accéder aux zones de combat, faute de garanties sécuritaires et d’un accès diplomatique négocié. La crise régionale s’amplifie. Le Soudan du Sud, voisin et déjà fragile, est lui-même menacé par une dérive sécuritaire. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé vendredi à une « action urgente » pour éviter une « guerre civile généralisée » dans ce pays. Devant le Conseil des droits de l’homme, il s’est dit « horrifié » par l’attaque contre des civils dans le comté d’Ayod, dans le nord de l’État de Jonglei, où des soldats auraient ouvert sur la foule, tuant 21 personnes non armées, dont des femmes et des enfants.

Quel stratégie militaire pour l’armée soudanaise
La nomination du général al-Atta intervient à un moment charnière. L’armée soudanaise, bien que numériquement supérieure, a montré des limites face à une guérilla mobile et bien équipée menée par les RSF. Les paramilitaires, dirigés par Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », disposent d’un ancrage territorial profond au Darfour et dans d’autres régions périphériques. Ils ont su exploiter les failles de l’armée régulière et bénéficient, selon plusieurs rapports, de soutiens extérieurs. Al-Atta devra relever plusieurs défis : restaurer la cohésion des troupes, améliorer la coordination entre les différentes branches des forces armées, et reconquérir les territoires perdus. Mais aussi, peut-être, poser les bases d’une sortie de crise, si la pression militaire s’accompagne d’une ouverture politique. Rien n’est moins sûr. Le nouveau chef d’état-major a bâti sa réputation sur la fermeté, pas sur la négociation. Le front du Nil Bleu sera le premier test. Les semaines à venir diront si ce changement de personnel annonce une inflexion tactique ou un simple réaménagement de façade. Pour les millions de Soudanais pris dans les violences, l’urgence est ailleurs : faire cesser les combats, permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, et ouvrir un processus politique crédible. La nomination d’un général à la réputation d’intransigeant n’est pas, à première vue, le signe d’une paix imminente. Mais dans une guerre où les équilibres sont mouvants, chaque nouvelle donne est à prendre avec sérieux.

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