Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale entre 2001 et 2011, a levé le voile sur les raiso
ns de son divorce d’avec le camp de Laurent Gbagbo, au plus fort de la crise post-électorale de 2010-2011.
Resté longtemps discret sur les circonstances de cette rupture avec son ex-patron, Pr Mamadou Koulibaly s’est enfin expliqué lors d’une rencontre avec la diaspora ivoirienne en France, dont la vidéo a été abondamment relayée sur la toile. « Ce qui me gène c’est que de nombreux militants ne savent pas dans le fond ce qui s’est passé. Moi, je suis légaliste », a fait savoir l’ancien maire d’Azaguié, rappelant son attachement strict aux textes et au fonctionnement régulier des institutions de la République.
Le désaccord autour du Conseil constitutionnel
Selon ses explications, la séparation d’avec ses ex-compagnons de lutte est partie d’une décision prise par le Conseil constitutionnel le 2 décembre 2010, en violation du cadre légal en vigueur. Suite à une requête introduite par le candidat Laurent Gbagbo, le juge constitutionnel avait retiré à la Commission électorale indépendante (CEI) ses prérogatives au motif que celle-ci était forclose ; une décision qui, selon l’universitaire, ne reposait sur aucune base juridique solide.
Les textes disent que la commission électorale a trois jours pour transférer les PV au Conseil constitutionnel. Nulle part il n’est dit qu’elle a trois jours pour proclamer les résultats
« Les textes disent que la commission électorale a trois jours pour transférer les PV au Conseil constitutionnel. Nulle part il n’est dit qu’elle a trois jours pour proclamer les résultats », rappelle Mamadou Koulibaly. Et de préciser que le fait « qu’une institution de la République prenne sur elle, à la demande d’un candidat, la responsabilité de décharger une autre institution de ses pouvoirs, dans notre disposition constitutionnel, ça n’existe pas. »
Le lendemain, poursuit-il, une nouvelle décision du Conseil constitutionnel proclamant Laurent Gbagbo vainqueur, après annulation des résultats dans plusieurs localités du nord du pays, a renforcé son malaise. « Je vous assure et je vous le dis plus clairement, ces deux décisions n’ont jamais fait partie de mon consentement, de mon assentiment. Pour moi, ce n’était pas normal », a-t-il déclaré.
« Là, on est allé trop loin »
L’ancien président intérimaire du Front populaire ivoirien (FPI) indique avoir alerté ses camarades de parti dès les premières heures de cette crise. Selon lui, les accusations de fraudes et les graves irrégularités qui ont émaillé le second tour de la présidentielle de novembre 2010 auraient dû aboutir à la reprise du scrutin, conformément à la législation.
« À partir de ce moment-là, j’ai dit à mes compagnons : “les gars, là, on est allé trop loin. Je ne peux pas.” Mon problème était le suivant : Ouattara a triché, il y a eu cafouillage, alors conformément aux dispositions de l’article 64, on annule tout et on reprend. On m’a dit : “non, Mugabe a l’habitude de faire ça il ne se passe rien, donc on va le faire aussi” », a-t-il regretté, insistant sur le fait que ces choix n’étaient pas « réguliers ».
Une rupture devenue définitive
La crise post-électorale de 2010-2011 s’est ensuite muée en de violents affrontements entre les forces fidèles à Laurent Gbagbo et les forces pro-Ouattara, adossées aux ex-Forces nouvelles. Au moins 3 000 personnes y ont perdu la vie selon le bilan officiel des Nations Unies.
Figure de la gauche ivoirienne et longtemps considéré comme l’un des cerveaux idéologiques du régime de Laurent Gbagbo, Mamadou Koulibaly, qui assurait alors l’intérim de la présidence du FPI, a finalement claqué la porte du parti au lendemain de la chute du régime, actant des divergences devenues irréconciliables.



