Le Premier ministre a mis en place une politique de maîtrise des dépenses dans la fonction publique. Alors que Ousmane Sonko doit présenter le vendredi 1er août un plan de redressement économique au Grand Théâtre de Dakar, des mesures fortes sont déjà engagées dans l’administration publique. Ces dernières semaines ont vu s’opérer un important nettoyage visant à réduire les dépenses liées aux contrats temporaires dans les ministères et services de l’État.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement sénégalais, confronté à une crise économique qui ne cesse de s’aggraver, cherche à contenir ses coûts. Une circulaire datant du 29 août 2024 avait déjà instamment demandé aux services publics de réduire la consommation de fournitures ainsi que l’usage modéré de certains équipements électroménagers dans les bureaux.
La période de l’austérité budgétaire
Dans ce cadre plus large de rationalisation, une consigne claire aurait été donnée par le Premier ministre Ousmane Sonko : ne pas renouveler les contrats à durée déterminée (CDD) ni les contrats spéciaux arrivant à échéance. Cette décision a été prise dans une logique d’économie budgétaire et de resserrement des effectifs, selon Le Quotidien.
Plusieurs contractuels se seraient ainsi vus refuser toute prolongation, certains sans recevoir les indemnités de fin de contrat qui peuvent atteindre jusqu’à six mois de salaire.
À l’origine de cette situation délicate, plusieurs responsables pointent du doigt un volume excessif de ces contrats, résultat, selon un inspecteur du Travail interrogé, de pratiques instaurées sous l’ancien président Abdoulaye Wade. À cette époque, des ministres et directeurs généraux auraient procédé à des recrutements massifs, destinés davantage à consolider des réseaux politiques qu’à répondre à des besoins réels de fonctionnement administratif.
Cette accumulation de contractuels, souvent sans affectation précise, pèse aujourd’hui lourd sur les finances publiques. La décision de ne pas renouveler ces contrats s’inscrit donc dans un effort plus large visant à mettre fin à un « pilotage budgétaire à vue » et à réduire un train de dépenses jugé insoutenable.
La crise économique et son plan d’urgence
Cette opération de resserrement des effectifs intervient alors que le Sénégal traverse une période particulièrement difficile. L’audit des finances publiques mené depuis l’arrivée du duo Diomaye-Sonko a révélé une dette publique beaucoup plus importante que celle annoncée sous la présidence Macky Sall. Le Premier ministre Ousmane Sonko avait dénoncé en septembre 2024 une « dette cachée » de près de 7 milliards de dollars, affirmant que l’État était « en ruine ».
Ces chiffres sont confirmés par le président Bassirou Diomaye Faye, qui souligne un déficit réel dépassant les 10% du PIB en 2023, deux fois plus que les données officielles précédentes. Par ailleurs, la dette publique a atteint presque 100% du PIB, avec un ratio revu en 2024 à 118%, soit environ 8 300 milliards de FCFA (13 milliards de dollars).
La dégradation des notes souveraines par les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s en 2025 a aggravé la situation, limitant l’accès à des financements extérieurs et provoquant la suspension du programme FMI en cours de négociation. Face à ce contexte, le gouvernement prépare un plan de redressement économique jugé nécessaire pour redresser les comptes publics, soutenir l’investissement et stimuler l’emploi.
Le nouveau plan orienté sur la rigueur et la relance
Aligné avec l’Agenda Sénégal 2050, ce plan doit permettre d’assainir les finances, de relancer des secteurs productifs et de favoriser la création d’emplois durables. L’économiste Mor Gassama le considère comme « pertinent », notamment dans la priorisation de la production locale et la maîtrise des dépenses publiques. L’urgence est soulignée : il faut des mesures « choc » et « concrètes », combinant rigueur budgétaire et suppression des doublons administratifs.
Selon lui, une révision attentive de la Stratégie nationale de développement (SND) 2025-2029 s’impose, en redirigeant les ressources vers les besoins essentiels avant de lancer des investissements dans des domaines plus innovants comme l’industrialisation.
Le plan devra aussi restaurer la confiance des citoyens et des partenaires financiers. Cela implique de répondre favorablement aux attentes sans créer de tensions sociales supplémentaires. Certains observateurs estiment cependant qu’une simple révision ciblée des projets aurait suffi plutôt qu’un redressement d’ensemble, soulignant la nécessité d’une concertation fine avec les différents acteurs.



