Après sa restitution le 20 février 2026 au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac de Paris, le tambour parleur Djidji Ayokouè est arrivé en Côte d’Ivoire ce vendredi 13 mars. Tout savoir sur cet instrument hautement symbolique.
Long de 3,50 mètres, pesant 430 kilogrammes, capable de porter sa voix à plus de 20 kilomètres, le Djidji Ayôkwé n’est pas un simple tambour.
Chez les Atchans et plus précisément la phratrie bidjan, il représentait à la fois un instrument de communication, outil stratégique et objet mystique.
Sculpté dans un unique tronc, il servait à convoquer la communauté à Adjamé, à annoncer les décisions majeures, y compris la guerre.
Autour de lui se tissait l’unité spirituelle et politique d’un peuple.
1916 : la voix réduite au silence
Pendant la colonisation, le tambour devient un instrument de résistance. En 1916, alors que l’administration française impose le travail forcé, les Bidjans refusent de s’y soumettre.
Grâce aux messages codés du Djidji Ayôkwé, les villages sont avertis de l’arrivée des colons. Quand ceux-ci surgissent, ils ne trouvent personne.
Le stratagème est découvert.
Sous l’autorité de l’administrateur colonial, Robert Paul Marie Simon, le tambour est confisqué.
Cet arrachement marque bien plus qu’une saisie matérielle : il symbolise, selon les mots des responsables culturels ivoiriens, « la capitulation d’un peuple ».
En privant la communauté de son instrument de communication et de son centre spirituel, le colon impose le silence comme arme de domination.
Mais comment parvient-on à dompter avec aisance un objet sacré quand on connais la délicatesse de la spiritualité africaine ?
12 ans de dégradation
Le tambour est transporté à Bingerville, exposé aux intempéries comme un objet lamda dans les jardins du Palais du gouverneur jusqu’en 1928.
Les insectes creusent le bois, la polychromie s’altère. Repéré par l’écrivain Paul Morand, il est signalé à l’ethnologue Paul Rivet, qui obtient en 1929 son transfert au musée d’ethnographie du Trocadéro à Paris. Il rejoindra ensuite le musée de l’Homme, puis le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac où il est conservé aujourd’hui.
Le savoir-faire ancestral s’est éteint avec les générations de sculpteurs.
1958 – 2018 : la mémoire réclame justice
Dès 1958, deux ans avant l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, le tambour est officiellement réclamé. Mais il faut attendre 2019 pour que la question des restitutions prenne une nouvelle ampleur avec la remise au président français du rapport Savoy-Sarr. La Côte d’Ivoire établit alors une liste de 148 objets à restituer, en tête de laquelle figure le Djidji Ayôkwé.
Le 8 octobre 2021, le président français, Emmanuel Macron, annonce la restitution du tambour.
Le 12 mai 2022, une visioconférence réunit responsables français et représentants bidjans pour définir un protocole de restauration respectueux des dimensions cultuelles.
Le 25 mai 2022, une délégation ivoirienne se rend à Paris. Le 7 novembre 2022, une cérémonie dite de « désacralisation » est organisée au musée.
En juillet 2025, le parlement français adopte une loi spéciale de restitution.
Après la restitution : Que vaut le Djidji Ayokouè?
Les démarches se poursuivent. Grâce à une diplomatie active entre la Côte d’Ivoire et la France, le Djidji Ayoukouè est restitué au cours d’une cérémonie officielle le 20 février 2026.
Le 23 février 2026, une autre cérémonie de libation est effectuée par les chef Bidjans au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, à Paris en présence des autorités ivoiriennes et françaises.
Une polémique sur son authenticité éclate sur les réseaux sociaux. Au-delà des critiques de formes, l’indignation d’un peuple qui dénonçait la manipulation de son histoire.
L’ex-ministre de la Culture et actuel Ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, fait taire la polémique en décrivant l’authenticité du tambour restitué. Depuis ce vendredi 13 mars 2026, Le tambour est de retour sur sa terre. Une cérémonie officielle a été organisée à l’aéroport international d’Abidjan pour son accueil.
Aujourd’hui, que vaut le Djidji Ayokouè au delà d’un simple objet d’art?
Le tambour ne retrouvera sans doute jamais sa voix originelle. Selon les informations, à son retour, il sera la pièce maîtresse du musée des civilisations de Côte d’Ivoire.
Le Djidji Ayokouè représente aujourd’hui un centre de gravité identitaire. Il n’émettra plus le son de la résistance, de la spiritualité mais celui des blessures coloniales.



