Interpellé à l’aéroport d’Abidjan avec un passeport français, un cadre de Fidelis Finance complique le dossier de son établissement. La tentative de fuite du témoin clé dans l’affaire Fidelis Finance vs SOGETRA / ADAMTP pourrait amener la BCEAO à muter sa position sur l’agrément bancaire. Alors que la banque était à deux doigts d’une mutation exemplaire, un de ses dirigeants tentait de quitter la Côte d’Ivoire sans autorisation judiciaire.
Le compromis est désormais grand et l’affaire Fideidelis Finance va connaître un nouveau rebondissement avec la tentative d’évasion d’un des responsables de l’établissement financier, placé sous contrôle. Le jeudi 05 février dernier, Sieur Boubacar Barry tentait de quitter le territoire ivoirien sans l’autorisation du juge d’instruction. Une initiative qui risque de peser lourd dans la balance, alors que la banque espérait obtenir son agrément pour se transformer en établissement bancaire. Ce jour-là, Boubacar Barry, responsable Risque et Conformité de Fidelis Finance, se présente à l’aéroport d’Abidjan. Il s’apprête à embarquer sur un vol international. Mais son voyage va s’arrêter net. Selon des sources proches du dossier, il a été interpellé par les services de sécurité alors qu’il s’apprêtait à passer les contrôles. L’homme aurait utilisé un passeport français pour tenter de quitter le pays. Un détail qui a son importance : ce document n’avait pas été déclaré au juge d’instruction. Or, Boubacar Barry est placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l’affaire qui oppose Fidelis Finance aux sociétés SOGETRA et ADAMTP. À ce titre, il ne peut se déplacer à l’étranger sans autorisation préalable.
Une tentative de départ qui tombe mal
Cette tentative de départ intervient dans un contexte particulièrement délicat pour l’établissement financier. Deux jours plus tôt, le 3 février, la chambre d’instruction avait rejeté l’appel de la banque et de ses dirigeants, qui exigeaient la levée de leur contrôle judiciaire. Le timing interpelle. Selon nos informations, Boubacar Barry aurait tenté de quitter le territoire quelques heures seulement après que le juge lui a refusé une autorisation de voyage. Une attitude qui ressemble fort à une volonté de passer outre les décisions de justice. Les choses pourraient être encore plus graves. Une source proche du dossier affirme que le mis en cause aurait abandonné son poste depuis novembre 2025. Depuis cette date, la banque n’aurait plus d’informations fiables sur sa situation. De quoi jeter un doute sur la gestion interne de l’établissement. Cette nouvelle péripétie judiciaire arrive au pire moment pour Fidelis Finance. L’établissement est déjà sous le coup d’une ordonnance de renvoi en correctionnelle pour plusieurs chefs d’accusation : violation du secret bancaire , subornation de témoins et suppression de preuves.
Le spécialiste du leasing peaufine les derniers détails de sa transformation en banque
Nouveau siège, à capital doublé, Fidelis Finance prépare discrètement son passage en banque universelle. Le leader burkinabè du leasing et de l’affacturage enclenche sa mue pour mieux financer les PME. Fidelis Finance soumet une demande de licence bancaire pour élargir son offre et mobiliser l’épargne. Tout est prêt. Le leader burkinabè du leasing et de l’affacturage, Fidelis Finance, mûrit son projet de transformation en banque traditionnelle. Nouveau siège flambant neuf à Ouagadougou, nouvel actionnariat, doublement du capital : les ingrédients sont réunis. En septembre dernier, les organes statutaires de la société ont autorisé la soumission d’une demande de licence bancaire aux autorités monétaires et réglementaires. L’objectif ? Mobiliser davantage l’épargne et proposer une gamme élargie de produits financiers pour soutenir les PME et les économies des pays d’implantation. « Notre objectif est de rester concentré sur le financement des PME, explique un porte-parole de l’établissement. Grâce à l’expérience acquise et à nos nouvelles capacités, nous pourrons mieux financer les besoins des entreprises et des États. » Cette mue vers la banque traditionnelle entre dans le cadre de la stratégie de développement baptisée Cap 25. Discret mais déterminé, l’établissement peaufine les derniers détails avant le grand saut.
Pour obtenir le statut bancaire, un établissement doit respecter des critères stricts en matière de probité, de contrôle interne et de gestion des risques. La BCEAO ne peut plus accorder l’agrément bancaire à un établissement dont les dirigeants tentent de quitter le pays sans autorisation judiciaire
Ce renvoi concernait près de 90 % de la direction exécutive de l’établissement. Déjà, à l’époque, les observateurs s’interrogeaient sur l’avenir du projet « Cap 2025 », qui visait à transformer Fidelis Finance en banque de plein exercice. Avec cette tentative de fuite d’un des principaux responsables, le projet semble désormais compromis. Les textes de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) sont clairs. Pour obtenir le statut bancaire, un établissement doit respecter des critères stricts en matière de probité, de contrôle interne et de gestion des risques. La tentative de départ non autorisée d’un dirigeant mis en examen, placé sous contrôle judiciaire, constitue un signal d’alarme majeure. Du côté du régulateur, observer la situation avec attention. La BCEAO et la Commission bancaire de l’UMOA ont été saisies du dossier depuis août 2025. Elles doivent désormais intégrer ce nouvel élément dans leur enquête. « La BCEAO ne peut plus accorder l’agrément bancaire à un établissement dont les dirigeants tentent de quitter le pays sans autorisation judiciaire », confie un expert en réglementation bancaire. Selon lui, passer outre ce signal reviendrait à ignorer les risques évidents et à mettre en péril la stabilité du système financier régional.
Comment un responsable placé sous contrôle judiciaire a-t-il pu conserver un passeport étranger sans le déclarer ? Comment a-t-il pu abandonner son poste depuis novembre sans que l’établissement réagisse ?
La Commission bancaire pourrait désormais prononcer des sanctions disciplinaires et pécuniaires à l’encontre de Fidelis Finance et de ses dirigeants. L’établissement, qui espérait franchir un cap en devenant banque, se retrouve aujourd’hui dans une position plus fragile que jamais. Hormis le cas individuel de Boubacar Barry, c’est toute la gouvernance de Fidelis Finance qui est interrogée. Comment un responsable placé sous contrôle judiciaire at-il pu conserver un passeport étranger sans le déclarer ? Comment a-t-il pu abandonner son poste depuis novembre sans que l’établissement réagisse ? L’affaire, qui avait débuté par une simple plainte pour violation du secret bancaire, a pris une toute autre dimension. Elle précise les failles de contrôle interne au sein de l’établissement. Elle pose également la question de la responsabilité des régulateurs dans la surveillance du secteur financier de l’UMOA. Pour Fidelis Finance, l’avenir s’annonce compliqué. La tentative de fuite d’un de ses cadres risque de peser lourd dans la balance au moment où la justice et le régulateur doivent se prononcer sur son sort. Le projet de transformation bancaire, lui, s’éloigne un peu plus chaque jour. Nous avons tenté sans succès de joindre l’avocat burkinabè en charge du dossier.



