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Blanchiment de capitaux : 90 milliards de dollars quittent le circuit légal chaque année

En blanchiment d’argent est un fléau profond qui continue de priver les États de plusieurs milliards de dollars. Les enjeux de la lutte contre les flux financiers illicites face au terrorisme et à la criminalité financière, deviennent de plus en plus étouffante et insoutenable. 90 milliards de dollars. C’est la somme qui, chaque année, selon la Banque africaine de développement, est blanchie sur le sol africain.

Pour donner une mesure de ce phénomène, il faut se représenter que 2.854 dollars quittent le circuit légal chaque seconde, l’équivalent de 1.712.329 francs CFA. Derrière ces chiffres, des économies en récession, des États privés de ressources et une jeunesse qui paie le prix fort. C’est dans ce contexte que se tenait à Abidjan la 6e édition du concours d’art oratoire organisé par le GIABA, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest. Parmi les candidats, un étudiant béninois, HOUNKPATIN Jean Silas Etienne, livre une analyse documentée sur un sujet qui concerne directement l’avenir de toute une génération : « La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme : quels enjeux pour la jeunesse ? »

Le 11 septembre et la prise de conscience mondiale
Une attaque, une seule, et en l’espace de quelques secondes, deux grandes tours broyées, 3.000 âmes emportées, 6.000 autres blessés. Les attentats du 11 septembre 2001 ont rappelé une vérité aussi simple que terrible : le financement du terrorisme, mais aussi le blanchiment de capitaux et la prolifération des armes de destruction massive constituent une menace insidieuse pour toutes les nations. Ce jour-là, le monde a compris que la guerre contre le terrorisme ne se gagnerait pas seulement sur le terrain, mais aussi et surtout dans les circuits financiers où se préparent et se financent les attentats. Une prise de conscience qui a conduit à la mise en place d’un arsenal juridique et institutionnel sans précédent.

Blanchiment et financement du terrorisme : Deux réalités très distinctes
Avant d’aller plus loin, il convient de poser les définitions. Le blanchiment de capitaux, c’est le fait de faciliter, par tout moyen, la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenus provenant d’un crime ou d’un délit. Classiquement, ce processus comporte trois phases. La phase de placement d’abord, où les fonds d’origine illicite sont introduits dans le système financier. La phase d’empilement ensuite, où de multiples opérations sont effectuées pour rendre difficile le traçage de ces fonds. La phase d’intégration enfin, où l’argent, ayant perdu toute trace de son origine criminelle, est réinvesti dans le circuit légal avec une apparence tout à fait respectable. Le financement du terrorisme, lui, désigne la collecte de fonds par des moyens licites ou illicites destinés à soutenir des actes ou des organisations terroristes. Quant à la prolifération des armes de destruction massive, elle fait référence au financement ou au conseil donné en vue de l’achat d’armes chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires. Dans les États membres de la CEDEAO, ces phénomènes prennent une dimension particulière. En privant les États de ressources, le blanchiment de capitaux les met dans l’impossibilité de satisfaire aux droits fondamentaux des citoyens, ces droits de la deuxième génération dont ils sont pourtant débiteurs.

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La corruption, qui est l’une des sources les plus importantes de capitaux à blanchir, illustre parfaitement ce mécanisme. Des études menées par la Banque africaine de développement ont révélé que la dette extérieure totale de l’Afrique s’établissait en 2023 à 1.152 milliards de dollars, et que l’équivalent de 163 milliards seraient payés au titre du service de cette dette. Plus inquiétant encore : pour chaque dollar d’emprunt étranger, en moyenne 50 cents quittent le pays emprunteur par le blanchiment la même année. Le secteur bancaire, nœud gordien de la stabilité financière des États, n’est pas épargné. L’impact direct du blanchiment s’y manifeste par une instabilité financière qui prend la forme de déséquilibres extrêmes, forte inflation ou forte déflation.

 

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