Les acteurs de la filière cacao ouest-africaine se sont réunis ce mardi 14 avril 2026 à Abidjan pour un atelier régional consacré à la lutte contre le Cocoa Swollen Shoot Virus (CSSV), considéré comme la principale menace sanitaire pesant sur la cacaoculture ivoirienne.
Longtemps circonscrit à certaines zones, la maladie s’étend à l’ensemble des bassins de production. Selon une étude d’Enveritas publiée en février 2026, plus de 41 % des exploitations étaient infectées lors de la campagne 2024-2025, contre 33 % deux saisons auparavant. Le virus met en péril environ 15 % de l’offre nationale, avec des pertes de rendement pouvant atteindre un niveau dès les premières années.
Un besoin de données
Représentant le ministre de l’Agriculture, Coulibaly Ali a souligné l’importance stratégique du cacao pour le pays. « La Côte d’Ivoire est consciente du rôle central qui joue la culture du cacao dans son économie nationale et dans la vie des millions de producteurs », at-il déclaré, avant d’ajouter que « cette maladie représente une menace grave pour la pérennité du verger cacaoyer africain. »
Dans un pays où la filière pèse environ 15 % du PIB et fait vivre près de 8 millions de personnes, l’enjeu dépasse le cadre agricole.
« La lutte contre le Swollen Shoot conditionne notre capacité à garantir un revenu décent, durable et équitable aux producteurs », a insisté le représentant du gouvernement.
Présent à Abidjan, le directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), Michel Arrion, a mis l’accent sur la nécessité de disposer de données fiables. « Le point principal est de quantifier l’impact des différentes maladies du cacao, en particulier en Afrique de l’Ouest », at-il expliqué. Selon lui, cette approche est essentielle pour améliorer les prévisions et orienter les politiques publiques. « Nous avons besoin de données des États et des autres acteurs pour avoir une vision globale du système. »
Partenaire de l’initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, l’Union européenne a réaffirmé son engagement. Son représentant, Irchad Razaaly, a évoqué « un défi considérable sur la productivité, les revenus et l’avenir de toute une filière ». Il a détaillé les leviers mobilisés : coordination des acteurs, financement et instruments commerciaux. « Nous mobilisons un soutien financier important qui a permis la mise en place de systèmes de traçabilité fiable », at-il indiqué, tout en soulignant que ces efforts devront s’appuyer davantage sur le secteur privé.
Une stratégie régionale sur 5 axes
Au centre de cette dynamique, l’initiative conjointe Côte d’Ivoire-Ghana met l’accent sur les producteurs. « La clé, c’est d’améliorer la production en comprenant les maladies et en renforçant la recherche », a résumé son secrétaire exécutif, Alex Assanvo. « La question n’est pas seulement de contenir la maladie, mais de la comprendre et de la juguler durablement », a-t-il ajouté.
Présentée par le Centre national de recherche agronomique (CNRA), la stratégie régionale repose sur plusieurs axes. « Le premier pilier est la réhabilitation des vergers dégradés », a expliqué François N’Guessan, avec un objectif de 50 000 hectares en Côte d’Ivoire et 20 000 hectares au Ghana sur cinq ans. À cela s’ajoutent la cartographie de la maladie, la sensibilisation des producteurs, la surveillance des parcelles replantées et la recherche de variétés tolérantes.
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Depuis 2018, plus de 105 000 hectares ont déjà été arrachés en Côte d’Ivoire, mais environ 70 000 hectares restent supplémentaires à traiter. Malgré les indemnisations, certains producteurs hésitent encore à éliminer les arbres infectés.
Face à l’ampleur de la menace, les participants ont insisté sur la nécessité d’une réponse coordonnée et durable. « Les décisions prises ici traduiront la responsabilité de notre historique », conclut Coulibaly Ali.



