À Abidjan, le forum sur les corridors Abidjan-Lagos et Abidjan-Ouagadougou s’achève sur des engagements financiers concrets, dont un milliard d’euros annoncé pour accélérer les infrastructures et l’intégration régionale.
Après trois jours d’échanges intenses au Sofitel Hôtel Ivoire, le Forum d’affaires Union européenne–Afrique de l’Ouest sur les corridors stratégiques s’est achevé le 1er avril avec des résultats tangibles. Au-delà de la mobilisation – près de 700 à 800 participants issus de six pays africains et d’une dizaine de pays européens – la rencontre a surtout permis de sécuriser des engagements financiers et de poser les bases de projets structurants pour la sous-région.
« Ce forum a permis (…) d’identifier des pistes concrètes de coopération », a souligné Coné Dioman, directeur de cabinet et représentant du ministre des Transports, lors la cérémonie de clôture. Aussi a-t-il insisté sur une étape décisive : « Ces engagements doivent désormais se traduire en actions tangibles », a appelé M. Dioman.
Des financements déjà annoncés
Le principal acquis chiffré concerne le programme Global Gateway Support Project (GGSP-CALAO). Doté de 45 millions d’euros sur la période 2025-2029, ce mécanisme vise à améliorer la coordination, la gestion et la fluidité des échanges sur les axes Abidjan–Lagos et Abidjan–Ouagadougou.
À cela s’ajoute une enveloppe plus large annoncée par l’Union européenne. Selon l’ambassadeur Irchad Razaaly, « un paquet de 1 milliard d’euros [est] destiné à soutenir la matérialisation concrète » des projets liés aux corridors. Une annonce qui confirme le positionnement de l’UE comme partenaire de long terme dans le financement des infrastructures régionales.
Ces montants viennent appuyer un portefeuille de projets déjà identifiés : autoroute Abidjan–Lagos, prolongement de l’autoroute du Nord, métro et BRT d’Abidjan, modernisation de la ligne ferroviaire vers Ouagadougou, ou encore développement de ports secs.
Des corridors au cœur des flux économiques
Le forum a également permis de rappeler le poids économique de ces axes. Le corridor Abidjan–Lagos traite plus de 50 millions de tonnes de fret par an, contre environ 4 millions de tonnes pour l’axe Abidjan–Ouagadougou en 2025. Des volumes qui illustrent leur rôle central dans les échanges régionaux.
Dans un contexte de croissance démographique rapide et d’urbanisation accélérée, ces infrastructures apparaissent comme des leviers essentiels pour soutenir le commerce intra-africain. « Les corridors (…) sont des axes vitaux pour nos économies », a insisté Coné Dioman.
Une dynamique de partenariats public-privé
Au-delà des annonces financières, le forum a servi de plateforme de mise en relation. Les rencontres B2B et B2G ont favorisé la conclusion de premiers accords entre États, investisseurs et entreprises.
Plusieurs formes de coopération ont émergé : partenariats public-privé, contrats commerciaux, transferts de technologies ou encore projets de coentreprises. Les institutions financières régionales et internationales – BAD, BOAD, UEMOA ou CEDEAO – ont également présenté leurs pipelines d’investissements, renforçant la crédibilité des projets.
Pour l’ambassadeur de l’UE, l’enjeu est désormais opérationnel : lever les blocages et accélérer l’exécution. Il rappelle une approche pragmatique : être « un partenaire (…) qui veut voir les routes se faire et les camions circuler ».
Entre ambition et défis de mise en œuvre
Si les résultats financiers sont jugés encourageants, la question de l’exécution reste centrale. Les discussions ont mis en lumière plusieurs contraintes : gouvernance des corridors, lenteurs administratives, financement de projets bancables ou encore résilience face aux chocs climatiques.
Dans cet environnement, la coordination régionale apparaît comme un impératif. L’intégration économique dépendra de la capacité des États à harmoniser les politiques de transport, fluidifier les frontières et sécuriser les investissements.
En filigrane, ce forum marque une étape dans la structuration des corridors ouest-africains. En combinant financements européens, projets nationaux et implication du secteur privé, il ouvre la voie à une accélération des investissements.
La réussite de cette dynamique dépendra désormais de la transformation des annonces en réalisations concrètes. « Poursuivons la dynamique engagée (…) et accélérons la mise en œuvre des projets prioritaires », a plaidé Coné Dioman.



