Le Burkina Faso a inscrit le cacao parmi ses nouvelles priorités agricoles. Une ambition portée par Ibrahim Traoré qui reste encore loin des performances de la Côte d’Ivoire, leader mondial.
« Si nous décidons aujourd’hui au Burkina Faso d’être dans 3 ans ou 5 ans premier exportateur de cacao, nous le serons parce que nous le pouvons. (…) Tout pousse au Burkina Faso. On nous avait menti. » C’est avec cette ambition que le capitaine Ibrahim Traoré s’adressait, le 17 février 2024, à la Coordination nationale de la veille citoyenne patriotique.
Plus de deux ans plus tard, cette déclaration commence à se traduire dans les décisions du gouvernement. Réuni le 30 juillet 2026, le Conseil des ministres a inscrit le cacao parmi les six filières émergentes de son Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique (OAPH) 2026-2028. Une première pour un pays où cette culture ne figurait jusqu’ici dans aucune stratégie agricole d’envergure.
“Filière émergente à promouvoir”
Cette nouvelle phase de l’OAPH s’appuie sur le bilan de la période 2023-2025, présenté au même Conseil des ministres. Selon le gouvernement, l’offensive a permis de porter la production céréalière à un niveau record de plus de 7 millions de tonnes, de créer 91 027 emplois et d’enregistrer une progression annuelle moyenne de 12,13 % du PIB agricole. Fort de ces résultats, l’exécutif élargit désormais son champ d’action.
Dotée d’un budget de 839,99 milliards de FCFA, l’OAPH 2026-2028 vise à accroître les productions agricoles de 40 % et à créer 125 000 emplois. Dans son communiqué, le gouvernement précise que les nouvelles interventions permettront de « développer de nouvelles filières stratégiques et de promouvoir les filières émergentes ». Le cacao rejoint ainsi la banane plantain, le tournesol, l’ananas et le palmier à huile parmi les cultures appelées à être développées.
” L a cacao-culture est très récente au Burkina Faso. ”
Les premiers pas de cette stratégie sont déjà engagés. Environ 31 500 plants de cacaoyers ont été introduits sur une cinqquantaine d’hectares dans plusieurs localités du Centre-Est et du Sud. À Bagré ou dans la province de la Sissili, des producteurs expérimentent cette culture grâce à l’agroforesterie, à l’ombrage et à l’irrigation afin d’adapter le cacaoyer aux conditions climatiques du Burkina Faso.
Le projet ne repose pas uniquement sur l’action de l’État. Les autorités s’appuient également sur des Burkinabè ayant acquis une expérience de la filière en Côte d’Ivoire. C’est le cas d’Abdoulaye Sawadogo, PDG de NAFASO et parrain de la filière café-cacao. Dans un entretien accordé le 12 juin 2026 à Libération Burkina, il saluait « une bonne initiative prise par les plus hautes autorités d’introduire le café et le cacao au Burkina Faso ». Ancien exploitant de plantations de cacao en Côte d’Ivoire, il estime que cette expérience pourrait servir au développement de la filière burkinabè, à condition d’investir dans l’irrigation, l’ombrage des jeunes plants grâce à la banane plantain et l’encadrement technique des producteurs.
Une ambition encore loin des standards ivoiriens
Pour autant, cette nouvelle stratégie ne place pas encore le Burkina Faso sur le terrain de la concurrence avec la Côte d’Ivoire, les deux pays évoluant aujourd’hui à des niveaux très différents. « L a cacao-culture est très récente au Burkina Faso. Elle est en phase d’expérimentation avec une logique de produire uniquement pour transformer sur place », explique à Linfodrome André Bayala, plus connu sous le nom de Chef André , artisan chocolatier, pâtissier et entrepreneur burkinabè, élu meilleur chocolatier d’Afrique en 2016.
Le Burkina Faso ne dispose pas encore d’une production commerciale de cacao et reste dépendant des importations pour approvisionner son marché. En 2024, le pays a importé près de 2,4 millions de dollars de cacao et de produits dérivés, principalement en provenance de la Turquie, de la France, de la Tunisie, de l’Inde et du Sénégal.
À l’inverse, la Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial avec une récolte comprise entre 1,8 et 2,2 millions de tonnes par an, soit près de 40 % de l’offre mondiale. Selon la BCEAO et le Conseil du Café-Cacao, la filière représente entre 15 % et 20 % du PIB ivoirien, génère près de 30 % des recettes d’exportation et fait vivre environ six millions de personnes. Le pays dispose également d’une organisation structurée autour du Conseil du Café-Cacao, d’un prix garanti aux producteurs et de l’un des appareils de transformation les plus développés d’Afrique.
L’écart se mesure aussi à l’échelle du continent. L’Afrique assure près de 75 % de la production mondiale de cacao, dominée par la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun et le Nigeria. Derrière ces quatre grands producteurs figurent des pays comme Madagascar, l’Ouganda, la Tanzanie, Sao Tomé-et-Principe, le Togo ou encore la Sierra Leone, reconnus notamment pour leurs fins de cacao. En inscrivant le cacao parmi ses filières émergentes, le Burkina Faso affiche à son tour son ambition d’intégrer, à terme, cette carte des pays producteurs.



