05222026Headline:

L’ONU réaffirme que l’avenir des villes intelligentes ne dépendra pas de la seule puissance de leurs technologies

Réunis à Bakou à l’occasion du Forum urbain mondial, responsables internationaux, urbanistes et experts du numérique ont plaidé pour des villes intelligentes plus inclusives, estimant que la transformation numérique des espaces urbains ne pourra réussir sans placer les citoyens au centre des politiques publiques.

Des métros automatisés aux jumeaux numériques capables de simuler le fonctionnement complet d’une métropole, les technologies intelligentes bouleversent aujourd’hui la gestion urbaine à travers le monde. Mais malgré les avancées rapides de l’intelligence artificielle, plusieurs intervenants ont averti qu’une ville intelligente ne peut se limiter à une accumulation d’innovations technologiques.

Organisé par ONU-Habitat et l’Azerbaïdjan, le forum a mis en avant plusieurs expériences menées dans de grandes métropoles, notamment à Shanghai, souvent présentée comme l’un des modèles mondiaux de ville intelligente.

Les autorités chinoises y ont présenté une plateforme de « gestion unifiée à réseau unique » intégrant transports, infrastructures, services publics et interventions d’urgence grâce à l’exploitation des mégadonnées et de l’intelligence artificielle.

La métropole chinoise s’appuie également sur un réseau de métro largement automatisé, utilisant l’IA, la technologie 5G et des outils prédictifs capables d’anticiper les perturbations et de surveiller en temps réel l’état des tunnels et des infrastructures.

Parmi les projets emblématiques figure aussi le Lingang Starry Sky Sponge Park, conçu pour absorber jusqu’à 15 000 mètres cubes d’eau de pluie par jour grâce à des systèmes intelligents de drainage et de filtration destinés à renforcer la résilience climatique.

Malgré ces progrès, la directrice exécutive d’ONU-Habitat, Anacláudia Rossbach, a insisté sur la nécessité d’éviter une approche uniquement technologique de la ville intelligente.

« Les villes intelligentes doivent véritablement être centrées sur l’humain », a-t-elle déclaré, estimant que les droits humains, l’inclusion sociale et l’équité doivent demeurer au cœur de la transformation numérique.

Selon elle, les crises du logement, les chocs climatiques, l’expansion des quartiers informels et les inégalités croissantes rendent indispensable une utilisation des technologies au service des populations les plus vulnérables.

La responsable onusienne a notamment rappelé que durant la pandémie de COVID-19, de nombreux habitants de quartiers précaires ont été exclus de l’éducation, du télétravail et des services essentiels faute d’accès à Internet et aux outils numériques.

Plusieurs chercheurs présents au forum ont également mis en garde contre le risque de voir l’intelligence artificielle devenir « un outil de contrôle » plutôt qu’un levier d’émancipation.

La chercheuse colombienne Gynna Millan a souligné que la plupart des citoyens perçoivent encore les villes intelligentes comme des projets essentiellement technologiques, alors que la véritable question reste leur capacité à améliorer concrètement le quotidien des habitants.

L’intelligence artificielle s’impose désormais dans la gestion urbaine quotidienne. À Moscou, les autorités exploitent déjà un vaste système de jumeaux numériques comprenant plus de 9 000 couches analytiques destinées à modéliser le trafic, les infrastructures et les projets d’aménagement urbain.

Des experts de l’Union internationale des télécommunications ont également présenté plusieurs tendances appelées à transformer les villes dans les prochaines années : agents numériques autonomes, robots urbains, drones intelligents, environnements virtuels immersifs et systèmes de simulation en temps réel.

Mais cette hyperconnexion accroît également les vulnérabilités des infrastructures urbaines.

Les autorités azerbaïdjanaises ont ainsi insisté sur l’importance croissante de la cybersécurité dans la gestion des villes intelligentes, rappelant que plusieurs réseaux de transport ont déjà été visés par des cyberattaques dans différents pays.

« Aujourd’hui, la confiance n’est plus un luxe, c’est une infrastructure », a résumé Nicholas You.

Pour les experts réunis à Bakou, l’avenir des villes intelligentes dépendra donc moins de la seule puissance des technologies déployées que de leur capacité à répondre aux besoins sociaux, environnementaux et humains des populations urbaines.

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