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Pêche : la Côte d’Ivoire signe un accord que d’autres pays refusent

Alors que plusieurs pays africains rompent leurs accords de pêche avec l’Union européenne, la Côte d’Ivoire choisit de renouveler sa coopération, misant sur un protocole présenté comme durable et bénéfique localement.

La Côte d’Ivoire et l’Union européenne ont signé, le 6 juin 2025, un nouveau protocole d’accord sur la pêche, relançant une coopération suspendue depuis près d’un an. D’une durée de quatre ans, ce protocole permettra à des navires européens d’accéder aux ressources halieutiques ivoiriennes en échange d’une contribution financière estimée à près de 3 millions d’euros, soit environ 1,9 milliard de francs CFA.

Des garanties sociales intégrées
Concrètement, l’Union européenne versera chaque année 740 000 euros (environ 485 millions FCFA) pour pouvoir pêcher jusqu’à 6 100 tonnes de thon et d’autres espèces migratrices dans les eaux ivoiriennes. L’accord s’inscrit dans le cadre du partenariat de pêche durable engagé depuis 2007 entre les deux parties, régulièrement renouvelé.

Outre cet accès, Bruxelles entend mettre en avant les retombées positives de cet accord pour le développement local. Une part importante de la contribution – 435 000 euros par an – sera dédiée au renforcement de la pêche artisanale, à la formation des pêcheurs, à l’appui scientifique et à la gestion durable des ressources marines. Le port d’Abidjan devrait également bénéficier d’un appui pour renforcer son attractivité régionale.

Autre priorité du protocole : la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. L’Union européenne accompagnera la Côte d’Ivoire dans la mise en place de dispositifs de suivi et de contrôle maritime afin de mieux protéger ses ressources.

Les armateurs européens, quant à eux, devront verser une redevance fixée à 80 euros par tonne de poisson pêchée, montant qui passera à 85 euros à partir de la troisième année. Des garanties sociales ont également été intégrées, notamment le respect des normes internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’Organisation maritime internationale (OMI).

Un choix ivoirien qui tranche
La signature de ce protocole intervient cependant dans un climat régional de plus en plus critique envers ce type de partenariat. Le Gabon, par exemple, a mis fin à son accord avec l’Union européenne deux jours plus tôt, le 4 juin, dénonçant « un partenariat déséquilibré dont les retombées économiques restent largement insuffisantes par rapport aux richesses extraites par les flottes européennes ». Le poisson pêché est en effet directement expédié en Europe depuis la mer alors que Libreville souhaite désormais privilégier la transformation locale des produits de la mer et renforcer ses capacités de surveillance.

De son côté, le Sénégal avait déjà pris ses distances en novembre 2024, reprochant à l’accord des retombées économiques insuffisantes et une pression accrue sur les ressources halieutiques, au détriment des pêcheurs locaux.

« Au terme de la durée d’exécution de l’accord de pêche, le Sénégal n’a reçu qu’un montant global de 9,9 millions d’euros, soit 6,5 milliards de francs CFA sur les 10 milliards de francs prévus pour la période 2019-2024. Et avec les reliquats et redevances, cela ne va pas dépasser les 7 milliards de francs CFA », révélait lors d’une conférence de presse le 28 novembre 2024, la ministre des Pêches et des Infrastructures maritimes et portuaires, Fatou Diouf.

Dans ce contexte, le choix de la Côte d’Ivoire de renouveler sa coopération avec l’Union européenne apparaît comme un contre-pied assumé.

 

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