
L’Association du transport aérien international (IATA) et le cabinet de conseil américain Oliver Wyman tirent la sonnette d’alarme. Dans une étude conjointe publiée à Xiamen le 13 octobre, les deux institutions estiment que les perturbations persistantes dans la chaîne d’approvisionnement de l’industrie aérospatiale pourraient coûter plus de 11 milliards de dollars aux compagnies aériennes en 2025.
Ce coût, colossal, résulte principalement des retards dans la production de nouveaux aéronefs, des difficultés d’accès aux pièces détachées et de la flambée des coûts de maintenance et de carburant.
« Les compagnies aériennes ont besoin d’une chaîne d’approvisionnement fiable pour exploiter et agrandir leurs flottes efficacement. Nous faisons face à des temps d’attente sans précédent pour les aéronefs, les moteurs et les pièces », a souligné Willie Walsh, directeur général de l’IATA.
Des avions vieillissants, des coûts en hausse
Selon le rapport Reviving the Commercial Aircraft Supply Chain, le carnet de commandes mondial a atteint 17 000 aéronefs en 2024, un record historique, contre une moyenne de 13 000 sur la période 2010-2019. Ces retards obligent les compagnies à prolonger l’utilisation d’avions anciens, moins économes en carburant et plus coûteux à entretenir.
Les analystes d’Oliver Wyman chiffrent à 4,2 milliards de dollars la hausse des coûts liés au carburant, conséquence directe de l’exploitation prolongée d’avions vieillissants. Les coûts de maintenance supplémentaires s’élèveraient à 3,1 milliards, tandis que la location de moteurs coûte 2,6 milliards de dollars supplémentaires, en raison d’un recours accru aux moteurs loués et d’une hausse des taux de 20 à 30 % depuis 2019. Enfin, la constitution de stocks plus importants de pièces de rechange alourdirait la facture de 1,4 milliard de dollars.
Un effet domino sur le trafic mondial
Cette tension logistique limite la capacité des compagnies à répondre à la demande croissante de passagers. En 2024, le trafic mondial a progressé de 10,4 %, alors que la capacité n’a augmenté que de 8,7 %, faisant grimper le taux d’occupation à 83,5 %, un record.
La conséquence directe : les compagnies aériennes peinent à aligner leurs appareils sur la demande, ce qui contribue indirectement aux pertes estimées de 11 milliards $.
L’instabilité géopolitique, la pénurie de matières premières, les tensions sur le marché du travail et la concentration des fournisseurs aggravent cette fragilité, accentuant le risque financier pour les compagnies aériennes.
Des solutions pour limiter les pertes
Face à cette situation, l’IATA et Oliver Wyman recommandent une refonte du modèle économique de l’aéronautique. L’ouverture du marché de l’après-vente permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis des fabricants d’origine et de favoriser la concurrence sur les pièces et services. L’amélioration de la visibilité de la chaîne d’approvisionnement, grâce au partage des données entre acteurs, aiderait à anticiper et réduire les blocages.
La valorisation des données de maintenance prédictive est un levier essentiel pour optimiser les stocks et limiter les temps d’immobilisation des appareils, contribuant ainsi à réduire les coûts. Parallèlement, le renforcement des capacités de réparation et de production de pièces, via des techniques de fabrication avancées, est crucial pour atténuer les perturbations et améliorer la résilience globale du secteur.
Pour Matthew Poitras, associé chez Oliver Wyman, « la flotte mondiale est aujourd’hui plus moderne et plus économe qu’elle ne l’a jamais été, mais les problèmes actuels montrent qu’il faut repenser collectivement la structure du secteur. Transparence, innovation et collaboration seront les clés d’une relance durable. »
Pour les compagnies africaines, déjà confrontées à des coûts élevés et des marges réduites, ces perturbations risquent de freiner les projets d’expansion et d’alourdir les charges d’exploitation, au moment où la demande régionale en transport aérien repart fortement. Selon les experts, une meilleure intégration des acteurs africains dans la chaîne d’approvisionnement mondiale — via la maintenance locale et la fabrication de pièces — pourrait réduire l’impact de cette crise à moyen terme.


