
Membre de la SADC depuis 2005, Madagascar accueillait pour la première fois cette rencontre des chefs d’État de l’organisation. Andry Rajoelina devient par ailleurs le premier dirigeant malgache à en assurer la présidence, pour un mandat d’un an.
Une vitrine pour Madagascar
Pour Elias Magosi, secrétaire exécutif de la SADC, ce sommet a constitué « une vitrine exceptionnelle pour la Grande Île, tout en renforçant sa visibilité sur la scène internationale. (…) Le développement des partenariats et des échanges commerciaux n’est pas en reste ».
Les représentants des 16 États membres ont salué « l’hospitalité irréprochable » de la population locale. « Nous avons été touchés par les sourires et la chaleur du peuple malgache », a déclaré Cyril Ramaphosa. Le président sud-africain a également salué les qualités d’Andry Rajoelina : « En vous regardant œuvrer, nous avons pu constater que vous possédez les qualités essentielles d’un grand dirigeant. La SADC est entre de bonnes mains ».
La présidence d’Andry Rajoelina va également accroître l’influence régionale de Madagascar, puisqu’il entend jouer un rôle moteur dans les orientations politiques de la SADC. Le thème qu’il a choisi pour le sommet — « Promouvoir l’industrialisation, la transformation du système agricole et la transition énergétique pour une SADC résiliente » — guidera l’ensemble de son mandat.
« Ce thème n’est pas un simple slogan. C’est un pacte. C’est un engagement. C’est la feuille de route d’une région qui veut écrire son destin avec ses propres mains et pour ses peuples », a-t-il déclaré. Ce thème figure d’ailleurs dans la 24e des 31 résolutions adoptées par les États membres.
Une intégration régionale renforcée : une chance pour Madagascar ?
Pour tenir ce cap, Andry Rajoelina compte s’appuyer sur « un renforcement de la cohésion politique et économique » de la SADC. Il souhaite avant tout que l’institution « parle d’une seule et unique voix, notamment pour mener des négociations auprès des grandes puissances ».
La présidence malgache entend aussi stimuler le commerce intrarégional, lever les barrières douanières et développer les infrastructures essentielles. Comme le rappelle Elias Magosi, « nous avons plus de chances de réussir en comptant sur nos propres ressources qu’en dépendant d’un soutien extérieur sur lequel nous n’avons aucun contrôle ».
Très dépendante de ses exportations, Madagascar résistera mieux aux guerres douanières s’il s’appuie sur la position commune des 16 États membres. De plus, le développement de l’agriculture, de l’industrie et des échanges commerciaux dans l’Afrique australe soutiendra l’activité de tous les pays membres. Madagascar pourrait notamment réduire ses importations en provenance de pays non-africains, renforçant ainsi son autonomie économique.
Pour la ministre malgache des Affaires étrangères, Rafaravavitafika Rasata, cette coopération bénéficiera aux entreprises locales et aux organisations paysannes. « L’intégration régionale (…) est notre outil collectif pour bâtir des économies robustes, des sociétés résilientes et un avenir plus équitable », a-t-elle ajouté, en appelant l’Université d’Antananarivo à s’engager « dans les décisions liées à l’intégration régionale, puisqu’elle forme les futurs leaders, experts et innovateurs capables de porter les projets structurants de demain ».
Un levier pour l’industrialisation
Priorité de la SADC, l’industrialisation est au cœur du développement et de la modernisation de Madagascar. La part du secteur manufacturier dans le PIB de la Grande Île atteint 19 %, au-dessus de la moyenne des États de la SADC (11 %). Le pays ne part donc pas d’une page blanche, mais doit moderniser cette base industrielle.
La présidence malgache soutiendra ainsi le programme One District, One Factory (ODOF), qui vise à encourager l’industrialisation à l’échelle locale. Elle devrait également appuyer le développement nécessaire de l’agro-industrie malgache, pour les cultures vivrières (riz, miel…), les produits d’exportation (vanille, clous de girofle, huiles essentielles…) et les filières mixtes (crevettes, légumes…). La SADC pourrait enfin aider Madagascar dans ses projets énergétiques, en particulier les deux barrages hydrauliques de Volobe et Sahofika.
Une présidence au service de tous
Ces résolutions dynamiseront l’activité nationale et ouvriront de belles perspectives pour la jeunesse malgache – le présent et l’avenir d’un pays où près de 40 % des habitants ont moins de 14 ans. L’égalité femmes-hommes n’est pas oubliée : la résolution 20 appelle à « promouvoir la participation pleine et effective des femmes aux processus politiques et décisionnels », et à lutter contre les violences fondées sur le genre.
Le mandat d’Andry Rajoelina à la tête de la SADC pourrait ainsi faire de Madagascar un acteur régional influent, et un modèle d’intégration et de résilience pour l’Afrique australe.


