Longtemps reconnue comme premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire cherche désormais à mieux valoriser sa fève sur son propre territoire. Coopératives, chocolatiers artisanaux et industriels multiplient les initiatives pour développer des produits finis « made in Côte d’Ivoire », faisant progressivement émerger un véritable écosystème du chocolat local.
Des tablettes aux produits dérivés, en passant par les créations inspirées du terroir et les distinctions internationales, le chocolat ivoirien gagne en visibilité. Une dynamique soutenue par l’ambition gouvernementale de porter la transformation locale du cacao à 60 % à l’horizon 2030.
Le cacao change de visage
Pendant longtemps, le cacao ivoirien a surtout été associé à la plantation, à la fève et à l’exportation. Aujourd’hui, une nouvelle dynamique se dessine. Tablettes de chocolat, poudres, beurres, pâtes à tartiner, confiseries et autres produits dérivés sont de plus en plus fabriqués localement. Cette évolution concerne aussi bien les ateliers artisanaux que les unités de transformation des coopératives et les chocolateries industrielles. En 2024-2025, le Conseil du Café-Cacao indiquait que le taux de transformation locale avait atteint 39 %, alors que le gouvernement vise 60 % à l’horizon 2030. En juillet 2026, le ministre de l’Agriculture Bruno Koné rappelait encore la nécessité de créer davantage de valeur avant l’exportation.
Cette transformation se traduit également dans les salons et les événements professionnels. Les Journées nationales du cacao et du chocolat et le SARA permettent au public de découvrir une offre locale de plus en plus diversifiée. Gingembre, sésame, soumala, petit-cola, noix de cajou, café, piment ou fruits tropicaux sont désormais associés au cacao pour créer des recettes inspirées du terroir. Le chocolat ivoirien ne cherche donc plus seulement à reproduire les standards internationaux. Il commence à construire sa propre identité.
Les producteurs se transforment
La Société Coopérative Ivoirienne de Négoce des Produits Agricoles (SCINPA), basée à Agboville, illustre cette évolution. À l’origine organisation de producteurs, la coopérative a progressivement développé une activité de transformation à travers la marque « Les Saveurs d’Agboville ». Elle commercialise notamment du chocolat, de la poudre et du beurre de cacao. Certaines de ses créations, notamment au sésame et à la noix de cajou, ont obtenu des distinctions internationales. En 2025, ses produits ont également été présentés au Salon du Chocolat de Paris. Une expérience qui traduit une volonté nouvelle : ne plus s’arrêter à la production de fèves, mais participer directement à la création de valeur.
À Issia, la Société Coopérative Chocolat des Planteurs (SOCOPLAN) suit une trajectoire similaire. En juillet 2022, le Conseil du Café-Cacao inaugurait à Dépa une unité de transformation portée par cette coopérative. Le projet, initié par le producteur ZIGRO LOGBO David, avait mobilisé près de 100 millions de FCFA, avec l’appui notamment de Project Hope and Fairness et de CNFA-MOCA. L’objectif est de rapprocher la transformation des bassins de production et de permettre aux producteurs de prendre une place plus importante dans la chaîne de valeur du cacao. L’iniative de la coopérative Scoop SAHS qui a lancé le Chocolat de Daloa montre bien les ambitions des coopératives de producteurs à valoriser localement le cacao.
Les chocolatiers ivoiriens innovent
À côté des coopératives, les artisans contribuent fortement à cette nouvelle dynamique. Fulbert KOFFI, journaliste et fondateur de L’IVOIRIENNE Chocolats & Confiseries, s’est lancé dans l’aventure en 2020 après plusieurs années consacrées à la promotion de la transformation locale du cacao et du café. Avec un concept assez original le Chocoladrome (Temple du Chocolat) en se formant à travers des tutoriels en ligne, il se perfectionne auprès d’un maître chocolatier de la Pâtisserie Abidjanaise. Son atelier de Cocody s’impose ensuite comme l’une des attractions du SARA 2023. Aujourd’hui, L’IVOIRIENNE Chocolat propose également des ateliers, des visites et des dégustations, faisant du chocolat un produit à découvrir autant qu’à consommer.
À Abidjan, MonChoco défend également une approche fondée sur le chocolat de terroir. La maison met en avant une fabrication artisanale à partir de fèves et de matières premières issues de plantations ivoiriennes biologiques et équitables. En juillet 2025, ses chocolats à 70 % et 100 % de cacao ont obtenu deux médailles d’or à l’African Chocolate of Excellence. D’autres acteurs comme Chocovi, Le Chocolatier Ivoirien, Suzanne Kabbani, Choco+ et Alain Porquet participent à cette effervescence. Cette diversité montre que le chocolat ivoirien ne repose plus sur une seule entreprise, mais sur une nouvelle génération d’artisans qui développent chacun leur identité.
Une filière à structurer
Cette multiplication des initiatives pose toutefois un défi : structurer durablement la filière. Créée en juin 2025 à Grand-Bassam, l’Association des Artisans Transformateurs Locaux de Cacao de Côte d’Ivoire (AATLC-CI) indique fédérer une trentaine d’artisans et de transformateurs. Son ambition est notamment de donner davantage de visibilité aux produits locaux, avec l’ouverture annoncée d’un showroom à Grand-Bassam. Mais l’artisanat ne constitue qu’un maillon de cette transformation. La Côte d’Ivoire dispose également d’un acteur industriel majeur avec CEMOI Côte d’Ivoire, dont la chocolaterie de Yopougon, inaugurée en 2015, représente un investissement annoncé de plus de 4 milliards de FCFA et une capacité annuelle de transformation de 10 000 tonnes.
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L’enjeu est désormais de consolider cet écosystème. Financement, équipements, qualité, conservation, packaging, distribution et accès aux marchés restent autant de défis à relever. Le chocolat local doit aussi parvenir à transformer l’intérêt observé dans les salons en une consommation régulière auprès des Ivoiriens. Les participations aux grands rendez-vous internationaux, notamment au Salon du Chocolat de Paris et au Salon du Chocolat de New York en 2025, montrent toutefois que le savoir-faire ivoirien gagne progressivement en visibilité.
De la SCINPA à Agboville à la SOCOPLAN à Issia, de MonChoco à L’IVOIRIENNE Chocolat, de Chocovi à CEMOI, une même tendance se dessine : le cacao ivoirien ne veut plus seulement être exporté sous forme de fèves. Il veut aussi devenir un produit fini, identifiable par son goût, son origine et son histoire. Le véritable défi sera désormais de transformer cette dynamique en une industrie chocolatée compétitive, capable de faire du « chocolat ivoirien » une référence en Côte d’Ivoire comme à l’international.



